LE MEDRACEN;
Madghasen; Madghès
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MONUMENTS ANTIQUES DE L’ALGÉRIE
PAR
STÉPHANE GSELL 1901

Un autre tombeau de la province de Constantine témoigne aussi de l'influence exercée par la civilisation carthaginoise en Numidie.

C'est le Médracen - il vaudrait mieux écrire Madghasen, - situé dans la région de Batna, à 9 kilomètres au sud-sud-est du village d'Aïn Yagout, sur une petite éminence voisine du lac Djendeli(1).

Il a la forme d'un grand cône à gradins, reposant sur une base cylindrique. Le cylindre, relativement très bas (4m,43 de hauteur), est orné de soixante colonnes engagées, d'ordre dorique, à fût non cannelé, portant une architrave lisse et une corniche dont le profil est celui de la gorge égyptienne.

Le cône offre vingt-quatre degrés, de 0m, 58 de hauteur sur 0m, 97 de large. Au sommet, s'étend une plate-forme de 11m, 40 de diamètre, que surmontait peut-être autrefois quelque motif d'architecture ou de sculpture.

L'édifice mesure 18m, 35 de hauteur totale; le diamètre de la base est de 58m, 86.

Le revêtement est en pierres de taille d'un fort bel appareil. Dans la partie cylindrique, un mur en petites pierres plates, très régulièrement agencées, s'élève par derrière. Le noyau du monument est fait de blocs grossiers et d'éclats de pierres, matériaux informes, entassés sans ordre.

L'entrée, découverte en 1850, consiste en une petite (haute de 1m, 60, large de 0m, 70), ménagée à l'est, derrière la troisième marche à partir de l'entablement. Elle était fermée par une dalle, qui glissait le long de deux rainures verticales, taillées dans le parement du mausolée. Des pierres, appartenant à la troisième et à la quatrième marche, la dissimulaient entièrement, et il fallait les écarter pour pénétrer à l'intérieur.

On parvenait ainsi dans une longue galerie droite. Elle est aujourd'hui en fort mauvais état et des éboulements récents l'ont rendue impraticable.

Construite en pierres de taille près de l'entrée puis en petites pierres sèches, elle présente d'abord un escalier de onze degrés, puis se continue en pente. Elle mène à la chambre qui occupe le centre de l'édifice.

C'est une salle assez exiguë, de 3m, 30 de long sur 1m, 45-1m, 59 de large ; de chaque côté règne une banquette, large seulement de 0m, 20 et haute de 0m, 30. Les parois sont en pierres de taille, doublées par derrière d'un mur en pierres sèches. Le plafond est formé de dalles plates.
Lorsqu'on explora cette chambre en 1873, au cours des fouilles faites par la société archéologique de Constantine, on n'y trouva absolument rien ; il faut ajouter que les archéologues français avaient été précédés, à une époque inconnue, par des indigènes, qui, de crainte d'éboulements, avaient pris soin de consolider le ciel du couloir avec des charpentes en bois(1).

Le sol de la galerie, celui de la chambre et les banquettes portaient des traces d'un enduit de couleur rouge. Au dehors, sous l'entrée, on distingue quelques vestiges d'une sorte d'avant-corps, mesurant 24 mètres de long sur 15 de large ; peut-être y avait-il là un sanctuaire, analogue au temple qui s'élevait à l'est de chaque pyramide royale, en Égypte.

Le dallage de cet espace était recouvert d'une couche de rouge. La muraille extérieure du monument offre des dessins très enfantins, déjà signalés par l'écrivain arabe El Bekri, au XIe siècle.

Ils représentent des quadrupèdes et des cavaliers. Il s'y mêle des inscriptions, dont une libyque et plusieurs néo-puniques(2). Ce sont là des souvenirs laissés, il y a bien des siècles, par des visiteurs indiscrets.

Le Médracen est certainement un tombeau. C'est un énorme tumulus, de même type que ces sépultures coniques en pierres sèches, que l'on rencontre en tant de lieux de l'Afrique du Nord et que nous avons décrits au chapitre précédent.

Pour voir des tumulus semblables, il suffit d'ailleurs de jeter les yeux autour du Médracen, qui s'élève dans un cimetière indigène, clos en partie par une enceinte.

Dans celles de ces tombes que l'on a fouillées, on a trouvé, au milieu, soit une fosse creusée à travers le tuf et contenant un squelette, soit un trou renfermant un récipient plein de cendres.

La chambre centrale du Médracen représente le réduit qui abrite le dépôt funèbre dans les tumulus ordinaires c'était sans doute là que se trouvaient jadis les ossements ou les cendres du mort.

Il est à croire que ce tombeau fut préparé à l'avance par celui qui devait y être enseveli, ou qu'il fut destiné à plusieurs personnes ; il avait donc été nécessaire d'établir une communication entre la chambre du milieu et le dehors : de là, l'existence de l'entrée et de la galerie.

Mais si le Médracen est un monument indigène, il est revêtu, pour ainsi dire, d'une chemise gréco-punique.

En effet, le parement, décor luxueux jeté sur un vaste amas de pierraille, est construit dans le style mixte que nous avons signalé plus haut : la colonnade est grecque, la corniche est phénicienne.

On a ingénieusement rapproché ce nom de Madghasen, donné au tombeau depuis des siècles(1), de celui de Madghès, qui fut, selon des généalogistes africains, l'ancêtre d'une des deux souches principales des Berbères(2).

Notre mausolée ou, d'une manière plus générale, le cimetière dont il est le principal monument, serait donc le lieu de sépulture des descendants de Madghès.

Il n'est pas douteux, du reste, que le Médracen n'ait été un tombeau de roi. C'est pour cette raison que le lac voisin s'appelait encore à l'époque romaine le lac royal, lacus regius.

Quelques-uns attribuent cet édifice à Syphax(1), d'autres à Masinissa. Ce sont là de simples hypothèses. Mais, assurément, celui qui fit construire un mausolée aussi grandiose était un souverain puissant, comme ce Syphax, qui régna sur presque toute l'Algérie, comme ce Masinissa et son fils Micipsa, qui étendirent leur domination depuis les bords de la Moulouïa jusqu'aux rives du golfe de Gabès.

1. El Békri l'appelle Ksar Madghous. 2. La descendance de Madghès passait pour avoir peuplé l'Aurès, massif de montagnes voisin du Médracen.

Aujourd'hui encore, la tribu qui occupe la région du Médracen s'appelle Harakta Madghès

Mardi, 26 février 2008:
À quand la restauration de Medracen vieux de 24 siècles ?
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Le Medracen, presque le même style que le Tombeau de la chrétienne de Tipasa, est localisé entre Constantine et le village de Timgad à Batna, soit une halte par excellence pour les touristes. Son chantier s'éternise au risque de coûter cher à sa… valeur historique.

Érigé au sommet d'une terre élevée, sur le chemin reliant le village de Boumia (daïra d'El-Madher) à la RN3, Medracen, ce mausolée typiquement numide, vieux de plus de 24 siècles et édifié vraisemblablement à la fin du IIIe siècle avant J-C, attend encore l'opération de la restauration de ses pierres de taille éboulées avec le temps.

Effectivement, la restauration du tombeau du Medracen, engagée par la direction de l'urbanisme et de la construction (DUC) de la wilaya de Batna, est à l'arrêt depuis des mois. Aucune évolution n'est constatée sur le chantier.

La situation semble ankylosée. L'échafaudage monté à la fin de l'année 2006 pour la réfection du monument semble s'éterniser et le chantier de l'Ecotec semble avoir évacué les lieux depuis belle lurette.

Aux interrogations pour obtenir des informations concernant les raisons de l'arrêt des travaux de réfection ou de remise en état du monument antique, c'est motus et bouche cousue. Plusieurs questions restent posées sur la cause de cet état des lieux.

En absence d'une communication officielle, toutes les rumeurs sont avancées. On avance pêle-mêle, le manque de budget, la non-faisabilité technique de l'opération qui risque de menacer tout l'édifice ou, encore, le déficit en spécialistes en restauration.

Dans l'attente d'une relance du chantier, avant que le temps n'accomplisse son œuvre funeste, le gigantesque et arrogant Medracen continue, malgré les blessures qu'il porte, à toiser du regard le temps et les hommes en attendant héroïquement ce que lui réserve le sort.

Tel un mutilé de guerre, Medracen attend qu'on le débarrasse de ses pansements, soit ces feuilles de zinc qui coiffent quelques-uns des vingt-quatre gradins, et de ses béquilles sur lesquelles il s'appuie, ces madriers qui soutiennent et renforcent quelques-unes de ses 60 doriques. Son état physique n'a pas changé.

C'est le même décor d'antan qui persiste et la situation se dégrade de pis en pis. Ce sont les mêmes pierres de taille qui gisent à ses pieds et les mêmes blessures qui stigmatisent son corps.

Pourtant, à l'époque l'ex-DUC de la wilaya de Batna nous a affirmé que "les travaux étaient en phase d'urgence" et que la DUC avait fait appel à des spécialistes, en la matière, de la ville de Tlemcen pour restituer son état d'origine à ce mausolée numidien en dégradation. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et la restauration du Medracen, ce gigantesque cône de pierres à gradins, posé sur un socle cylindrique, cette base, peu élevée de 4,43 mètres et ornée de soixante colonnes engagées, surmontées de chapiteaux doriques, est restée en souffrance.

Le temps semble s'acharner contre ce monument antique pour le mettre à genoux. D'ailleurs, l'auteur du livre intitulé. L'Algérie septentrionale écrit que le tombeau de Medracen avait fait objet d'assauts de la part des autochtones pour le terrasser mais sans y parvenir. Résistera-t-il devant le dédain et le mépris de l'homme du XXIe siècle ?

Source : Liberté
Commentaire : Il ya aussi des chances que le budget s'est limité à une opération comptable dans les registres du département ou détourné pour financer la grande mosquée du monarque à Alger. Imadghassen a résisté 24 siècles, un siècle de plus ne lui ferait pas de mal d'autant plus que la pensée unique et uniformiste du XXIieme siècle prépare l' "homo-theologus".

Photo Medracen crédit : Cyril PREISS
Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE