CALAMA ....SUTHULL ?
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       Voilà donc suthull entourée d'une plaine marécageuse à l'extrémité d'une montagne escarpée, Eh bien ! en aucune saison la plaine qui s'étend au pied et au N E de Ghelma n'est assez marécageuse pour arrêter la marche d'une armée ou si, contre mon opinion elle devenait telle; l'armée avant d'y arriver aurait eu à traverser bien des plaines des montagnes et des rivières qui lui auraient opposé des obstacles autrement sérieux, ajoutons à cela que les côtés ouest et sud de la ville sont plus élevés que la plaine, repose sur un fond rocheux qui s'étend au loin et ne se laissent pas défoncer par les pluies de l'hiver.

Rien donc n'empêchait l'armée d'Aulus d'arriver jusqu'à Calama, et d'en faire le siége, dès qu'elle avait pu arriver à la plaine. Voilà pour le " planities limosa ".

Quant au " preruptis montis" c'est bien mieux encore : d'abord, par le mot " extremo ", qu'a entendu Salluste ? est-ce à l'extrémité supérieure ou l'extrémité inférieure de la montagne escarpée, qu'était située Suthull ?

Evidemment, c'était à l'extrémité supérieure, car on n'a jamais voulu, je crois, démontrer la force d'une place en disant qu'elle est au pied d'une montagne.
Si la montagne est voisine, la place est dominée; si elle est plus éloignée, elle est sans influence sur la place et ne peut servir à sa défense.
Et cependant, pour accorder la position de Suthull ou Calama avec le texte de Salluste, les savants que je combats ont pensé que le mot " extremo " signifiait l'extrémité inférieure, le dernier gradin de la montagne.

Ajoutons encore que, dans cette hypothèse même, leur manière de voir ne serait pas plus fondée, car entre la montagne elle-même et la ville s'étend un plateau assez vaste qui favoriserait admirablement les opérations d'une année assiégeante.

Une considération d'une autre nature me porte encore à croire que ce n'était point à Calama que le roi numide avait caché ses trésors. C'est que l'art, dans ces temps reculés et chez un peuple à demi barbare, faisait peu pour la fortification, que la plus grande part, au contraire, en était à la nature.

Or Ghelma n'est nullement fortifiée par la nature, et l'inspection des lieux démontre qu'il devait en être de même à l'époque de Jugurtha.
D'ailleurs, il est probable que le roi, pour cacher ses trésors, n'aurait pas choisi une place située dans une plaine ouverte, exposée à toute chance d'évasion près de la route de Carthage et d'Hippone à Cirta; mais la raison indique qu'il avait dû les confier à une ville d'un abord difficile, dans un pays accidenté et peu accessible.
Orose n'accompagne son récit d'aucune description:
Ainsi, Salluste dit bien que la ville de Suthull renfermait les trésors du roi, mais Orose rapporte simplement que Jugurtha défit, auprès de Calama l'armée d'Aulus qui convoitait les trésors cachés du roi. Or, celle citation est loin d'indiquer, comme le fait celle de Salluste, que Calama renfermait le trésor et qu'Aulus les convoitait.

Donc en cherchant d'atteindre Suthull, ou même étant au voisinage de cette place, pour s'emparer des trésors qu'elle l'enfermait, l'armée d'Aulus, attirée dans une embuscade par Jugurtha, fut défaite auprès de Calama.

Cela semble indiquer, au moins, que ces deux villes étaient voisines.

Si l'on se dirige vers l'Ouest, en sortant de Ghelma, et suivant le chemin de la montagne, on arrive, après une heure de marche, à une éminence couronnée de ruines qui attestent l'existence d'un établissement autrefois important. Les Arabes appellent ce lieu, du mot générique Ksar, château : c'était un castellum.

En inclinant à gauche, vers le flanc de la montagne, on tombe bientôt sur un amas de ruines beaucoup plus étendues; mais moins bien conservées que les précédentes. Cette localité est connue sous le nom arabe de Hanchir aïn Nechma. Or, établissons tout d'abord la position de ces ruines .

A droite, s'étend un plateau accidenté, relié à d'autres plateaux voisins par des parties creuses qui ne permettent d'écoulement aux eaux que vers le voisinage des ruines; les abords de la place devaient ou, tout au moins, pouvaient être inondés après de fortes pluies. A gauche, plonge un ravin escarpé d'une grande profondeur, au fond duquel roule un ruisseau que les pluies de l'hiver convertissent chaque année en torrent.

La place était donc entièrement inattaquable de ce côté.

Enfin ces ruines sont situées au sommet, d'un des principaux contreforts de la Maouna (Djebel-Mahouna).

Il existait ainsi, près de Calama, une ville numide munie d'un castellum et cependant l'histoire ne nous a point transmis son nom. D'autre part, Suthull était située non loin de Calama, cela ressort de la comparaison des deux textes, dans des conditions analogues à celles que nous venons de retracer. Le voisinage de ces deux villes a donc été le théâtre de celle bataille dans laquelle l'armée étrangère a succombé. 0r, il est facile de comprendre, à l'inspection des lieux, qu'une bataille étant livrée entre les deux points que nous examinons, la victoire a dût rester à celle des deux armées qui avait la pratique des difficultés du pays.

Enfin, si nous en jugeons par le nombre d'inscriptions lybiques et puniques trouvées dans ces ruines, il faut conclure que ces vestiges sont ceux d'une ville numide plus importante que Calama ne l'était à la même époque.

RECHERCHES DE SIMPLE ÉRUDITION. ORIGINE DE CALAMA

Une obscurité complète entoure le berceau de cette ville, comme celui de la plupart des cités de la Numidie.
Quel fût son fondateur ? on l'ignore à quelle époque a-t-elle surgi? on l'ignore encore. Un seul fait me semble évident, c'est que sa fondation a précédé l'époque de la domination romaine, c'est qu'elle a été ville numide avant d'être une colonie de l'empire.

Le texte déjà cité, d'Orose nous l'indique, puisque, d'après cet écrivain, l'armée d'Aulus fut défaite devant Calama.

Ainsi, la naissance de celle ville remonte à une époque Indéterminée entre la fondation et la destruction de Carthage.
Quel rôle a t-elle joué pendant les époques libyque et punique? rien ne l'indique.
146 avant J.-C. - Lorsque Carthage tombe sous les coups de son heureuse rivale, les conquérants n'occupent d'abord que les possessions carthaginoises, et la Numidie reste à Massinissa.

46 avant J.-C. - Rome ne s'empare de la Numidie qu'un siècle plus tard, après la défaite de Juba l'Ancien. César, pour récompenser les services de Sittius, heureux aventurier romain, lui donne Cirta, annexe au royaume de Bocchus quelques parties du voisinage de la Mauritanie, et fait, du reste de la Numidie, une province romaine dont le préteur Salluste obtient le proconsulat.

Cette province fut appelée nouvelle, par opposition à l'ancienne, qui était l'Afrique propre; on suppose que Zama en fut la capitale.

Cette époque proconsulaire ne parait point avoir été heureuse pour Calama; des plaintes s'élevèrent de toutes parts contre les exactions des gouverneurs; cependant, c'est d'elle que semblent dater les premiers développements de notre cité, qui bientôt acquerra un rang de quelque 'importance parmi les villes romaines de la Numidie.

50 avant J.-C. - Rome donne le gouvernement de la Numidie à Juba le jeune,
25 avant J.-C. - Juba règne cinq ans sur cette province. Auguste la lui enlève, et lui donne en échange la Mauritanie. La Numidie est alors réunie à l'Afrique propre, et confondue avec elle sous l'autorité d'un proconsul.
42 après J.-C. - A u commencement du règne de Claude, elle est de nouveau constituée en province séparée, sous les ordres d'un simple chevalier,avec le titre de procurateur. Cette indication nous est transmise par l'histoire,

Mais nous ne trouvons, à Ghelma, aucun document qui indique cette époque des procurateurs.
Sous le règne suivant nous voyons reparaître les proconsuls. Mais, en tous temps, les plaintes n'ont cessé de s'élever sur l'oppression des gouverneurs, quels aient été leur rangs et leur titre.

Pendant près de quatre siècles, c'est-à-dire jusqu'il la chute de la puissance romaine en Afrique, l'histoire ne mentionne plus le nom de Calama.

C'est, ainsi qu'on l' à fait remarquer, un signe de prospérité; les époques stériles pour l'histoire sont toujours des époques de tranquillité, pour le bonheur pour des peuples.
Le gouvernement proconsulaire subit de fréquentes variations, mais elles sont sans intérêt. pour le sujet qui nous occupe

Pendant ce long espace de temps, le christianisme plante son étendard en Afrique; Carthage est le centre d'où il irradie jusqu'aux extrémités de la proconsulaire, puis en Numidie et dans les Mauritanies

Calama devient le siège d'un évêché, mais l'époque en est inconnue. Dans la liste de ses évêques, un seul a échappé à l'oubli des temps : c'est Possidius, l'historien et l'ami de saint Augustin.

Ces deux écrivains nous parlent des persécutions qui teignent de sang la surface de la Numidie, et ils nous transmettent les plaintes des habitants de Calama sous le joug qui les opprime

En 424 Les Vandales font irruption en Afrique sous le règne de Valentinien III. Pendant le siège d'Hippone, Calama est prise et saccagée par les barbares

Le 11 février 345 - après la prise d'Hippone, Gisèric conclu avec les romains un traité par lequel il garde la Mauritanie et une partie de la Numidie.
On ne connait point au juste les limites du nouveau partage mais, cependant, il parait certain que Calama tomba sous la domination des Vandales (437), car Giséric prononça l'exil de Possidius, évêque de cette ville, et, d'après le texte de saint Prosper, Giséric agissait dans les limites de ses possessions.

533. - Les Vandales tombent eux-mêmes sous les coups de Bélisaire, et Calama renaît de ses cendres; ses murs se relèvent, quelques monuments sont reconstruits, mais les troubles de cette époque ne permettent point aux conquérants de donner à leurs œuvres un cachet immortel. L'empire s'écroule, et avec lui les arts et les sciences.

697. - Les Arabes s'emparent de Carthage. La puissance byzantine est anéantie en Afrique et les sectateurs de Mahomet effacent sous leurs pas jusqu'à la dernière trace de civilisation et de christianisme.

C'en est fait de Calama. Durant une longue période de siécles elle est ensevelie dans le silence de la mort; ses restes inanimés sont couchés sous la poussière.
Edrisi la cite, il est vrai, mais il prononce seulement son nom, Kalama; il ne décrit point les ruines monumentales, il ne fait qu'indiquer l'emplacement d'une ville. Il a vu ; mais qu'écrire, là où il n'y a rien ? que des ruines à pertes de vue sans aucun vestige de civilisation.

Les arabes ne s'arrêteront pas à Calama qui disparaîtra des lieux habités jusqu'à l'arrivée des Français

Extrait de l'étude archéologique sur Guelma; Eugène Grellois

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE