LES FÊTES DE CALAMA

EN

1902

DÉFILÉ DE CHARS en 1902 RUE SADI-CARNOT

Depuis quelques années, en France, on voit se développer un puissant mouvement artistique et, tout particulièrement, l'art théâtral cherche à sortir de ses formules ordinaires pour obtenir des effets nouveaux capables d'impressionner profondément le spectateur.

Pour arriver à ce résultat, il était nécessaire de rechercher dans le passé quels étaient les moyens employés par les auteurs et aussi de se rendre compte de leur action sur les auditeurs. On ne pouvait se contenter de la lecture ou de la déclamation, et l'on en vint à la représentation avec mise en scène.

C'est ainsi que l'on vit le théâtre d'Orange, celui de Béziers, ceux de Timgad et de Carthage ouvrir leur enceinte, depuis longtemps silencieuse, à des milliers de spectateurs.

Le succès fut énorme, chacun lésait, et l'on comprit que le théâtre antique nous réservait des émotions dont nous avions, jusqu'ici, négligé la puissance. Mais encore, il faut bienconstater que l'état de ces vieux théâtres ruinés avait obligé les artistes à modifier certains effets de scène, et que le spectateur ne pouvait emporter qu'une notion relative du théâtre d'autrefois.

Les auteurs anciens écrivaient leurs pièces pour un lieu déterminé, disposé d'un façon particulière; à côté ou derrière leur art consommé, il y avait le métier, la science de la scène, de ses effets; et pour bien pénétrer ceux-ci, pour mettre le théâtre antique tout à fait dans son milieu, il faut de toute évidence un monument spécial entièrement reconstruit.

Le grand mur de scène, son auvent, les parois de l'amphithéâtre, le vélum, constituaient un ensemble d'une acoustique particulière, à laquelle il faut peut-être ajouter la résonance provenant du vide laissé sous le plancher de la scène.

La disposition des entrées, celles du décor, donnaient aussi des résultats spéciaux encore peu connus.

Quoi qu'il en soit, on comprend facilement que la résurrection du théâtre antique, son étude, ne peuvent être complètes que si le monument lui-même est guelma : Théâtre Romain (intérieur)fidèlement restitué. Les pièces écrites pour un milieu déterminé ne peuvent être appréciées entièrement que si elles sont représentées dans ce milieu. L'idée semble assez audacieuse : bâtir ou reconstruire un théâtre grec, un théâtre romain, c'est une œuvre coûteuse, que peu de particuliers, peu de sociétés tenteront d'entreprendre. Et pourtant le théâtre de Bayœuth fut édifié pour représenter les œuvres de Wagner; mais il fallut pour cela l'appui d'un souverain. Les vieux auteurs des âges lointains n'ont point d'aussi puissants protecteurs, et les artistes. les lettrés, qui sont leurs fidèles et passionnés admirateurs, n'ont pas à leur disposition la caisse du royaume de Bavière. Cette œuvre a pourtant été entreprise et c'est à Guelma, que depuis plusieurs années se poursuit lentement, sûrement, la reconstruction d'un théâtre dont les vestiges datent de l'époque de Valentinien.Trois mille spectateurs placés dans l'amphithéâtre, sous l'immense vélum aux vives couleurs, verront la fidèle restitution des œuvres d'autrefois.

Deux cents figurants pourront évoluer sur la scène antique où nos meilleurs artistes viendront interpréter les grandes tragédies de l'antiquité ou ses mordantes comédies. Cette restitution est faite sous la surveillance des monuments historiques de l'Algérie, et grâce au concours financier du gouvernement général, du conseil général et de la municipalité guelmoise. Chaque année l'administration algérienne donnait à la ville de Guelma une subvention de trois à quatre mille francs ; le conseil municipal fournissait de son côté une somme importante, et les travaux, dirigés avec la plus grande économie, ont donné des résultats inespérés. Encore un effort et le but est atteint, le monument est à la veille d'être achevé. Un comité d'initiative s'est formé; un comité de patronage groupe les noms les plus considérables, et M. Jonnart, gouverneur général de l'Algérie, en a accepté la présidence. Le programme des organisateurs présente un vif intérêt. I! consiste en deux ou trois représentations classiques : une chaque jour, dans l'après-midi. Les matinées seront occupées par des déniés dans les rues et sur les places publiques; nous verrons une fête religieuse, un sacrifice aux dieux; un mariage aux temps d'Auguste, enfin l'arrivée du proconsul Aulus et de son cortège civil et militaire. Toutes ces restitutions seront faites avec la plus grande exactitude. De pareilles fêtes exerceront une attraction considérable qui amènera guelma : Les Vomitoires. vers Guelma une affluence de touristes et d'Algériens. Elles auront lieu vers la mi-mai; la Compagnie du chemin de fer Bône-Guelma-Constantine fera circuler des trains de plaisir et tout sera organisé de la manière la plus complète pour donner à ces fêtes un éclat exceptionnel. Il faut applaudir à cette originale reconstitution de la vie romaine, il faut encourager cette tentative de décentralisation artistique et littéraire, et nous sommes convaincus que tous les concours et tous les enthousiasmes se grouperont autour de l'œuvre entreprise. Celle-ci vient à son heure et son importance est la garantie de son succès. La petite ville algérienne, qui ne craint pas de chercher dans le passé des éléments pour son avenir, et qui sait oublier à ses heures les nécessités de la vie courante pour célébrer dignement les arts et les lettres, intéressera tous les touristes. C'est un réveil de l'ancien esprit africain qui nous montre une fois de plus la fécondité, la variété des ressources que la France a su tirer de l'Afrique du Nord.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA France bibliographie Guelma ancien et Moderne Ch AL Joly