ÉGLISE PRÉSUMÉE RUINES DIVERSES DE KALAMA.

         En quittant, le théâtre, nous suivîmes le bord du ravin où coule la rivière de Guelma, et nous arrivâmes auprès d'une enceinte en pierres, flanquée de treize tours carrées. A l'angle nord-est de cette espèce de forteresse s'élevait un grand bâtiment en ruine, qui se trouve reproduite dans la planche qui est jointe à ce texte. Les restes de l'ancienne Kalama gisaient dans le fond et sur les Cotés d'un ravin, dont les pentes ont été jadis disposées en gradins, ainsi qu'il est encore facile de le reconnaître. Une muraille existait vers la montagne, depuis la citadelle dont nous avons parlé plus haut jusqu'à la crête d'un mamelon qui sépare le ravin de la rivière de celui où était construite la ville; elle servait à protéger celle-ci du côté où, par la nature du terrain, elle aurait été trop aisément abordée.
         La simple description des parties essentielles de la cité antique n'offrirait pas beaucoup d'intérêt si nous ne la faisions précéder de quelques notions générales empruntées à l'histoire, ou déduites de l'étude des principaux monuments écrits que nous avons trouvés dans ces ruines.
         Les restes qu'on observe à Guelma sont évidemment ceux de Kalama. Le rapport qui existe entre le nom ancien et la désignation moderne n'est pas la seule preuve que l'on puisse donner à l'appui de cette assertion. Les expressions KALAMEHSES, habitants de Kalama, CURIA KALAMENSIVM, corps municipal de Kalama, qui se lisent sur plusieurs pierres votives ou tumulaires, ne laissent aucun doute à égard de celle synonymie.
         Enfin un passage de saint Augustin, déjà cité par M. Dureau de la Malle, achève de donner à celte opinion tous les caractères de l'évidence. Dans sa dispute contre Petilianus et Crispinus, évêques donatistes, l'un de Constantine et l'autre de Kalama, saint Augustin s'exprime en ces termes : Inter Constantinam ubi tu (Petilianus) es et Hipponem ubi ego ( Augustinus ) sum, KALAMA, ubi ille Crispinus) est, vicinior quidem nobis, sed tamen interposita. Il résulte de cette phrase que Kalama était entre Hippone et Constantine, plus rapprochée cependant de la première de ces deux villes que de l'autre; ce qui répond exactement à la position des ruines que l'on trouve aujourd'hui à Guelma.
         Les Romains avaient bâti tant de villes en Afrique, que l'histoire n'a pu suffire à les mentionner toutes. Kalama est une de celles dont elle ne s'est guère occupée, quoique ses restes annoncent qu'elle a dû avoir quelque importance. Paul Orose raconte que ce fut sous ses murs, qui renfermaient tes trésors des rois de Numidie, que le propréteur Aulus Poslliumius, venu pour s'en emparer, fut défait par Jugurtha. Salluste, qui rapporte le même événement, désigne la ville que le général romain se proposait d'assiéger, sous le nom de Suthul. De là, on a conclu, et il était naturel de le faire, que Suthul et Kalama étaient une seule et même ville. Mais la description circonstanciée que donne Salluste de la situation et du terrain, n'est nullement applicable à la Kalama dont nous nous occupons. Peut-être y avait-il en Afrique deux villes de ce nom ?; peut-être aussi Paul Orose s'est trompé; car on ne peut guère admettre que Salluste, qui connaissait le pays, ait mal décrit une localité aussi importante.
         Kalama a été plus d'une fois un sujet d'affliction pour le saint évêque d'Hippone. Les chrétiens qui l'habitaient étaient en grande partie des donatistes; et un évêque de cette secte, Crispinus, occupait le siège épiscopal. En outre, les païens s'y trouvaient en nombre assez considérable, et ils montraient contre le nouveau culte un acharnement que toute la sévérité des édits impériaux était souvent. impuissante à contenir.
         Le premier min 408, leur fureur éclata dans une émeute dirigée principalement contre l'église chrétiens. Comme nous pensons que ce monument est précisément celui dont le dessin accompagne notre texte, le récit que nous allons donner ne peut être considéré comme une digression. Saint Augustin, dans sa réponse à Neclarius qui intercédait pour les païens de Kalama, nous en fournira détails.
         Une loi de l'empereur Honorius, rendue en novembre 407, défendait aux païens de faire aucune leurs cérémonies religieuses (quidcjuam solernnitatis agifare'). Celle prohibition exaspéra les partisan l'ancien culte, et amena, en beaucoup d'endroits, des scènes de violence semblables à celles qui se massacrent à Kalama, et que l'évêque d'Hippone décrit en ces termes :
         Le jour des kalendes de juin, qui est une fête païenne (1), une cérémonie de ce culte eut lieu à Kalama, sans que personne y mît opposition; et cela avec une audace si insolente qu'une troupe bruyante de danseurs passa dans la rue et jusque devant la porte de l'église, chose qui ne s'était mais faite, même du temps de Julien l'Apostat. Les clercs ayant tenté d'empêcher celte action indigne, l'église fut lapidée. Environ huit jours après, l'évêque notifia au corps municipal de Kalama les lois de l'empereur, ce qu'elles ordonnent et la manière dont elles exigent qu'on l'accompli (toutes choses très-connues déjà), et l'église fut de nouveau lapidée. Le lendemain, les nôtres, purent imposer à ces scélérats, voulurent en appeler aux tribunaux; la justice publique leur fut refusée. même jour, et comme si le ciel eût voulu effrayer les auteurs de ces crimes, une grêle vint succès a leur pluie de pierres; mais celle grêle ne fut pas plutôt passée que les païens lapidèrent l'église une troisième fois, et mirent le feu au toit de l'édifice sacré où se trouvaient alors plusieurs personnes. des serviteurs de Dieu, qui cherchait à fuir le danger, vint à tomber parmi eux, et ils le massacrent; les autres se cachèrent comme ils purent ou parvinrent à s'éclipser. L'évêque, poursuivi, serré de très-près, se réfugia en un lieu d'où il entendait les vociférations de ceux qui l'accablait' d'injures, et demandaient sa mort à grands cris, et ils l'eussent tué volontiers, si ce n'est qu'ils ne purent trouver.
         Ces désordres ont eu lieu depuis la dixième heure jusqu'à une époque assez avancée de la nuit et aucuns de ceux dont l'autorité pouvait être efficace, n'ont essayé d'arrêter le mal, ni de secourir ceux qui en étaient les victimes. Un étranger seul intervint, et il a délivré plusieurs serviteurs de Dieu des mains de ceux qui voulaient les tuer. Par lui beaucoup d'objets ont été arrachés à ceux qui les avaient pilles. Ce fait montre clairement combien il eût été facile de prévenir le désordre ou au moins de l'arrêter dès l'origine, si les citoyens de Kalama, et surtout les principaux d'entre les délurions, avaient pris à temps des mesures convenables."
         On voit, par le récit que nous venons de reproduire, combien les rapports étaient hostiles entre les chrétiens et les païens de Kalama. Les relations des chrétiens entre eux n'étaient pas d'une nature beaucoup plus pacifique, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en lisant ce que saint Augustin raconte des violences exercées contre Posidius, son collègue dans l'épiscopat d'Hippone, par les ordre de Crispinus, évêque donatiste de Kalama. Avant de donner ces détails, qui appartiennent à l'histoire
(1) Dans ce jour, les païens faisaient des sacrifices à Junon et aux déesses Moneta, Tempestas, Fabaria. Collectif des Guelmois GUELMA FRANCE