EVECHE DE CALAMA OU GHELMA
Sommaire 125 éme de Morcelli

Calama, ville intéressante de Numidie, décorée par Auguste du titre et des prérogatives de colonie ; elle était située à quelque distance d'Hippone-Royale (environ dix huit lieues de france) .
Calama possédait plusieurs temples et sanctuaires, parmi lesquels saint Augustin célèbre celui du saint martyr Etienne ( les africains appelaient ces sanctuaires Memoria) ; et il affirme que, dans le même temps, une foule de prodiges y avaient opérés par son intercession.

On n'est pas bien fixé sur le temps de la durée de Calama ; mais Pagius estime qu'en 1013 elle était déjà détruite, d'après le récit du diacre Pierre, moins du mont Cassin, qui raconte comment un certain religieux, du nom d'Azzon, avait été fait prisonnier, avec ses compagnons, par des pirates, et conduit par eux dans la ville de Calama...d'autres ne reconnaissent sous cette dénomination qu'une ville d'Alkala, bâtie du reste je ne sais où, par les Sarrasins.
Le traducteur de Morcelli est tout à fait de l'avis de ceux qui ne peuvent croire à une pareille prolongation de l'éxistence de Calama ; cette ville dont il a étudié les ruines et l'histoire avec soin, avait été déjà saccagée une première fois du vivant de saint Possidius, et peu avant le siège d'Hippône;
Plus tard Bélizaire en relevant les murailles en grande hâte, et dans une proportion beaucoup moins considérable ; mais , elle ne dut pas échapper longtemps à une deuxième et dernière dévastation. Il n'est guère croyable non plus que des pirates ou écumeurs des mers aient conduit leurs captifs aussi avant dans l'intérieur des terres.

Les évêques connus de Calama sont
:
1 DONATUS ; l'un de ceux qui, en 305, subirent dans le concile de Cirta sous Secondus de Tigsi, alors primat de Numidie , un interrogatoire juridique , au sujet de la tradition des livres sacrés dont il étaient accusés. Les actes de cette assemblée en font une mention particulière.
Et, en effet, il répondit d'une manière amphibologique à la question nette et précise qu'il avait posée : "J'ai seulement donné des livres médicinaux (codices medicinales) " pensant ainsi en lui même d'une façon, et essayant de faire comprendre, ou laissant comprendre d'une autre ; et persuadé qu'il pouvait à bon droit désigner du nom des livres médicinaux, des livres, des écritures où les âmes infirmes et malades pouvaient trouver, et trouvaient réellement chaque jour, des remèdes à leur blessure et à leur maux.
Toutefois saint Optat le compte hardiment non seulement parmi les fauteurs des schismatiques, mais encore parmi les traditeurs eux-mêmes :¨Parmi ceux-là, dit-il, qui, " au moment où les édits impies de Dioclétien furent proclamés en Afrique, livrèrent, par une lâcheté sacrilège, ces instruments divins de la loi, sacrifiant misérablement la vie éternelle aux trompeuses et fugitives espérances de cette vie incertaine et caduque "

Au surplus, SECONDUS, qui avait eu le malheur de tomber dans le même crime, ne pressa pas d'avantage Donat ; aussitôt après sa réponse ambiguë, " Passez, lui dit il, de ce côté " Ce qui équivalait à une absolution de l'accusation suscitée contre lui.
2 MEGALIUS ; celui-ci eu la gloire, en qualité d'ancien ou de Primat de Numidie, de consacrer saint Augustin, en 395, selon que l'illustre évêque d'Hippône l'attestait lui même dans la conférence de Carthage ; il nous apprend en outre dans sa lettre à PROFUTURUS que, deux ans après, MAGALIUS était passé à une vie meilleure.

Quoique D. Ruinart ait pu dire, il n'eut point pour successeur Crescentianus cité par Aurelius dans le concile de 397 ; car le vénérable Aurélius n'appel point celui-ci Evêque de CALAMA, mais seulement évêque du premier siège, Episcopus primae sedis, expression honorifique et appliquée seulement au plus ancien des évêques, seniori ; elle ne pouvait donc, en aucune façon, convenir à celui qui venait à peine de monter sur le siège de Calama, vacant par la mort du saint vieillard Mégalius.
Les bénédictins, auteurs de la vie de saint Augustin , placent, quelques mois après la rénumération de ce dernier, l'élévation à l'épiscopat de Calama de
3 Possidius ; Norisius ne suppose pas que ce puisse avoir été avant l'année 397.

A la conférence de Carthage, en 414, Possidius fut un des sept Evêques chargés par les catholiques de défendre leur foi, et la saint unité de leur église contre les attaques ardentes des donatistes ; aussi, après la proclamation de son nom, et au bas de son mandatum il écrivit " j'ai accepté le mandat et j'ai souscrit "
4 .. " Quod-vult-Deus; imitateur de la piété et de la foi courageuse de Possidius, et le Troisième inscrit sur la liste des Evêques de la Numidie., exilés pour la foi, en 484., par le roi Hunéric, après la réunion générale de Carthage.
- L'annotateur de Morcel1i se persuade qu'il ne déplaira pas aux lecteurs de la traduction qu'il essaie, en joignant à ce qu'il a. déjà cru devoir ajouter au texte, à l'occasion de l'épiscopat de Possidius, quelques détails sur l'état dans lequel il a retrouvé les ruines de Calama.
Il le croit d'autant plus volontiers que le docteur Shaw dut se contenter d'écrire, en 1730:
A la vue d'Aquae Tibilitanae se trouve Ghelma ou Kalma suivant la prononciation des Turcs, grand monceau de ruines, où l'on trouve encore des rangs de colonnes et autres antiquités que je ne pus pas examiner, à cause que l'on craignait les hostilités des Beni Salah.

Donc, la reconstruction d'une partie de Calama par Bélisaire est encore sensible; douze tours carrées défendaient la nouvelle ou deuxième enceinte romaine formée, avec précipitation; de toute sorte de débris, et subsistaient en partie en 1841, époque de la première visite pastorale du premier évêque d'Alger dans l'héritage de Possidius devenu le sien. Un soldat français, qui y veillait à la sûreté du camp, dans la place même occupée de longs siècles auparavant par les sentinelles romaines, signala son arrivée en haut de la principale de ces tours.

Parmi ces pierres entassées à la hâte de la seconde enceinte de Calama, les unes étaient ornées de palmes ( c'étaient peut-être d'anciennes couvertures des sépulcres des martyrs ) ; les autres, de figures d'anges ou de génies; celles-ci, d'inscriptions touchantes ou triomphales, celles-là de trophées de victoire; l'une d'entre elles, de très grande dimension, dédiée aux saints martyrs Vincent et Clément, annonce que la ville des douze tours, bis senas turress, quoique défendue par les quartiers de rochers et par de larges· bandes et comme par un baudrier de fer, l'était davantage encore par leur céleste protection.
En avant de Ghelma, des colonnes, d'admirables chapiteaux de granit rose, jonchés sur le sol, non loin de la Seybouse et du gué où l'Administration française vient de faire construire un pont, confondaient avec les souvenirs d'un temple d'Esculape, ceux de l'âge chrétien où il fut consacré au Souverain Médecin des nations, à celui qui les fit guérissables-! (1) (1) Le capitaine de La Marre y a retrouvé des vestiges certains d'antiquités chrétiennes mêlés à ces débris païens.

Tout à l'entour de Calama des aqueducs des arcades l'amphithéâtre avec ses gradins, et la moitié de sa loge du magistrat encore intacte, des mosaïques, des citernes, de curieux fragments de sculpture, de colonnes, de restes de toute sorte gisants et mutilés, témoignent de toutes parts de sa splendeur dans les siècles anciens.
Au-dedans, cc sont les ruines d'une basilique chrétienne bâtie en forme de croix latine; les murailles subsistent, une partie de la corniche, de l'entablement les entoure encore; il est fâcheux qu'on n'ait pu obtenir qu'elle fût restaurée, et restituée à sa ·primitive et sainte destination; quelques-uns ont estimé que ce pouvait avoir été seulement un établissement thermal; mais ce n'est guère probable ... Une sorte de bâton pastoral incrusté dans le marbre, le monogramme du Sauveur Jésus, d'autres symboles chrétiens en bas reliefs, une souche en bronze ou cuivre, une croix grecque de même métal admirablement conservée, les fondations d'une deuxième basilique, en dehors du camp et là où passe la nouvelle route; tels sont, en abrégé, les principaux vestiges de la foi du peuple de Possidius retrouvés par son successeur.

On dit que vers la droite de la montagne de Maouna il existe des grolles sépulcrales ornées de noms chrétiens ... .J'ai seulement visité à gauche de cette même montagne à légendes curieuses, et à deux lieues environ de Ghelma, d'assez belles ruines que, Salluste à la main, j'aurais volontiers prises pour Suthul; les trésors de Jugurtha n'y étaient plus; mais dans une conversation familière avec les hospitaliers habitants de cette solitude émouvante, j'ai pu faire un instant briller l'or mille fois plus précieux du divin trésor à leur cœur, encore plus qu'à leurs yeux.

Un autre jour, aux ruines du temple d'Esculape, tandis que quelques soldats recherchaient péniblement avec moi les traces incertaines de notre commune Foi, une pauvre petite fille vint nous apporter à boire, elle était orpheline mes yeux s'emplirent de larmes, deux jours après, le charriot qui emportait à Bône un chapiteau de granit rose retrouvé par nous, emportait aussi la petite Marie; à l'heure où je trace son nom j'ai la confiance qu'elle prie encore pour son ancien Évêque en même temps que pour son nouveau Pasteur et père ... mon Dieu, n'avez-vous pas dit:
Esto pupillis misericors uf pater et miÎserebor tui magis quam mater.
Ce qui signifie :
j'accorde un peu de compassion au père beaucoup plus qu'à la mère

Source: Mireille Foglia. Extraits du livre de A A Dupuch" Essaie sur l'Algérie Chrétienne Romaine et Française
à suivre

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