ETUDES ARCHEOLOGIQUE
SUR GHELMA
PAR EUGENE GRELLOIS.
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Trouvée lors des fouilles de Guelma inscriptions Numides

      L'Algérie présente un si grand nombre de points encore inexplorés, chacun de ces points mériterait d'être étudié sous tant de faces diverses, que les travaux d'un seul homme sur une localité unique ne sauraient apporter qu'un faible contingent à cette masse de connaissances qu'un prochain avenir nous réserve.

        Cependant, bien convaincu que la science complète de nôtre nouvelle France ne peut résulter, que de la réunion, d'un grand nombre de travaux partiels, il m'a semblé que moi aussi, médecin avant tout, antiquaire par circonstance, je pouvais, après avoir acquis du pays une connaissance médicale aussi complète que possible, hasarder quelques pas dans une autre voie, et préparer des matériaux à ceux qui, rapprochant un jour ces lambeaux ,épars, viendront élever le monument que la science réclame

        Notre œuvre coloniale et civilisatrice détruit chaque jour ces précieux vestiges, dont il ne restera plus bientôt que de pâles dessins et de froides descriptions: il est donc important de dresser, au moins, un inventaire exact des richesses archéologiques découvertes sur chacun des points de notre occupation,

        C'est cet inventaire que je dresse pour Ghelma.

        J'ai pu omettre quelques faits importants et m'appesantir sur des détails inutiles. S'il en est ainsi, je le regrette ; mais j'ai compris que les monuments antiques de l'Afrique doivent être mis en parallèle e avec ceux si savamment explorés de notre veille Europe, et ces recherches ne doivent être considérées que comme des matériaux d'archéologie comparée.

       Qu'il me soit permis, en terminant ce prologue, de remercier M. le Commandant Supérieur de Tourville, de l'obligeance avec laquelle il a secondé mes recherches, En numismatique surtout, je dois beaucoup à sa bienveillance, je ferais mieux de dire à sa libéralité.

        Ghelma, chef-lieu du cercle de ce nom, est située dans la province de Constantine, et dépend de la subdivision de Bône, Celle ville naissante, occupée par les Français depuis 1836, s'élève entrer Constantine (Cirta) et Bône (HippoRégius) ; à près de cent kilomètres de la première, à soixante et onze de la deuxième.

A trois kilomètres à l'Est de la ville, coule l'Oued-Seybouse (Rubricatus), qui se dirige du Nord au Sud.

A l'Ouest, s'élève le djebel Mahouna, dont le nom ancien est inconnu; les dernières assises de la montagne viennent se perdre à un kilomètre de Ghelma et se confondre avec la vallée de la Seybouse .

La population actuelle de la population s'élève à 1000 individus environ
L' existence de Calama sous le nom actuel de Ghelma est un des points de géographie ancienne les plus sûrement établis et cette synonymie est tellement acquise à la science qu'aucun doute ne s'élève à cet égard.

Nous pourrions donc admettre cette identité comme constante et démontrée

L'analogie et la presque identité comme constante et démontrée, sans nous en occuper davantage; mais nous tenons à montrer moins, les sources de cette certitude.

L'analogie et la presque identité des noms Calama et Ghelma en est le premier indice qu'il ne faudrait pas négliger à défaut de renseignements plus précis.

Ce qui prouve d'ailleurs, que c'est le même nom transmis des romains à nous, c'est que le géographe Edrisi indique cette localité sous le nom de Kalma.

Mais c'est saint Augustin lui-même, dans les lignes suivantes, la position de Calama "inter constantnum quippe ..... et hypponama ubii ego sum, calama .....

Calama est donc entre Constantine et Hippone, mais pIus près de elle-ci: telle est, en effet la position de Ghelma..

Mais celle synonymie est démontrée d'une manière irrécusable par les inscriptions nombreuses qui ont été trouvées dans les ruines de la ville romaine. Je ne pense pas les connaître toutes, et cependant j'ai pu en réunir six sur lesquelles on lit le nom de Calma

Ce nombre est assez imposant pour qu'on ne puisse objecter que ces inscriptions ont été transportées ici ou qu'elles s'adresserait à quelque autre localité; mais cette cause d'erreur doit être indiquée, car elle s'est présentée quelques fois.

Ainsi, j'ai trouvé à Ghelma un fragment portant les inscriptions sur lesquels on lit le nom de LARES; à défaut d'autres renseignements, ce serait donc une cause d'erreur, et cette pierre trouvée dans des ruines inconnues pourrait faire supposer 'qu'elles portaient le nom de Lares.

C'est encore ainsi qu'à Constantine on a trouvé une inscription dédiée à Marc-Aurèle par la colonie des Siguitains. Mais pour Calama ou Kalama, les documemts sont trop précis et trop nomhreux pour ne poinl revêtir un caractère de certitude.

Calama était une colonie romaine, et était décorée de ce titre, ainsi que le démontre l'inscription numéro l, planche 1.

ÉTIMOLOGIE DE CALAMA,

- Le mot Calama semble tellement être d'origine latine, que personne, je crois, n'avait jusqu'ici à songer à chercher sa racine dans une autre langue.

Cependant le docteur Judas vient de démontrer, d'une manière qui me semble fort rationnelle, que Calama, ville numide avant d'être ville romaine, reconnait une étymolologie phéniciènne.
Voici les considéralions sur lesquelles se fonde mon savant ami : Sur six inscriptions phéniciennes de Ghehna, envoyées à Paris, soit par M. de La Marre, soit par moi, ou M Judas, qui, avec l'interposition des voyelles, qui manquent dans les langues sémites, afi A M A L A C. Ce groupe de lettres ne se trouvent, exclusivement, que dans les inscriptions envoyées de Ghelma, et manquent même déjà dans celles de Hanchir aïn nechma ( notre Suthul)
or, le phénicien, et c'est encore un caractère des langues sémitiques, se lisait de droite à gauche si on lit de gauche à droite selon la coutume des romains , le clm soit AMALAC a la plus grande ressemblance avec c l m ,soit CALAMA. Calama est donc le nom punique de la ville, mais lu de gauche à droit et non de droite à gauche

Ce qui confirme M. Judas dans cette manière de voir c'est la considération qu'un fait identique à eu lieu sur les confins des deux mauritanies ou le nom de la rivière CHYLEMATH, n'est que le nom MOLACHATE retourné, Mulacha ou Malouia .. On est, tout a fait d'accord pour penser que les deux noms s'appliquent au même cours d''eau.

M. Dureau de la Malle, comparant entre eux un passage de Salluste et un passage de P. Orose, en conclut à l'identité de Suthul et de Guelma; son opinion a prévalu, et c'est un fait admis aujourd'hui par la plupart de ceux qui ont étudié cette question .

Qu'il me soit permis de ne pas partager l'avis de ces savants: Suthul et Calama sont deux villes voisines, mais parfaitement distinctes.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE