ENCEINTES FORTIFIÉES DE KALAMA

      Nous allons maintenant exposer, aussi brièvement que possible, ce que les ruines de Kalama ont de remarquable. L'enceinte fortifiée, dont nous avons déjà parlé, étant, sans contredit, ce qu'elles offrent de plus considérable et de mieux conservée, nous nous en occuperons d'abord.

Il suffit d'un coup d'œil rapide jeté sur ces remparts, pour deviner sur-le-champ à quelle époque doit en rapporter l'édification. Ces murailles, composées de matériaux hétérogènes , qu'on ne s'est donné la peine d'accommoder à leur nouvelle destination, et où l'on trouve pêle-mêle inscrits sur la pierre, des inscriptions votives ou tumulaires, souvent placées à contre-sens, des fragments de reliefs, des débris de statues et jusques à des mortiers, humbles ustensiles domestiques! ces murs n'ont pu être élevées, ou, pour mieux dire, relevées que dans une époque de confusion .
Le tracé est sans doute antique; mais, tout ce qui dépasse le sol ne saurait d'ailleurs remonter au delà de Bélisaire; car Genséric, roi des Vandales, avant l'arrivée de ce lieutenant de Justinien ; fait démanteler toutes les villes d'Afrique, excepté Carthage, qui était le siège de la domination, barbares.

Au reste, nous allons donner une inscription, curieuse sous plusieurs apports, qui pourra a résoudre ce problème chronologique.

VNA. ET. BlSSENAS. TVRRES. CRESCEBANT: lN. ORDINE. TOTAS.
MIRABILEM. OPERAM. CITO. CONSTVCTA. VIDETVR. POSTICIVS.
SVB. TERMAS. BALTEO. CONCLVDITVR. FERRO. NV .. VS. MALORVM.
POTERlT. ERiGERE. MAN.PATRICI. SOLOMON. INSTITVTION. NEMO. EXPVGNARE.
VALEVlT. DEFENSIO. MARTlRo. TVET .. R. POSTIClVS.
LE. CLEMENS. ET. VINCENTIVS. MARTIR. CVSTOD. INTROITVM. PPvl.

Il suffit de parcourir ce latin obscur et barbare, rendu plus inintelligible encore par les mutilations, que le temps a fait subir aux caractères dans lesquels il a été écrit, pour comprendre qu'il n'est pas aisé d'en donner une traduction complète et exacte.
Nous nous contenterons d'essayer de saisir le sens général, en tant que cela est nécessaire pour déterminer l'époque de la construction de la forteresse de Kalama.

La première ligne fait allusion aux treize tours qui s'élevaient toutes en ordre,ce qui se rapporte évidement à l'enceinte de Guelma, qui présente en effet treize tours carrées.
La deuxième ligne renforce une exclamation admirative motivée par la promptitude avec laquelle elles ont été bâties.
La planche suivante, la plus obscure de toutes, semble vouloir dire que plus tard cet ouvrage Je défense complété par un mur d'enceinte construit sous les thermes. Serait-ce la muraille dont nous avons parlé à la fin du premier paragraphe de cet article?
En présence d'un texte aussi énigmatique, les conjectures, même les plus hardies, peuvent être tolérées.

Ferro nullus malorum poterit erigere man sig : peut-être que la construction des remparts empêchera les méchants, les indigènes païens ou les barbares de se révolter et d'attaquer, le fer en main, les habitants de Kalama.
Patricii Solomonis tutionem nemo expugnare valebit.
Cette phrase, qui est certainement une des plus claires, paraît se traduire ainsi: Personne ne pourra s'emparer de l'ouvrage fait par le patrice Solomon. Ce patrice, un général que Justinien envoya à deux reprises en Afrique pour consolider la conquête de Bélisaire. L'historien Procope, son contemporain et son ami, assure en effet que, pendant son second séjour, fut de quatre années, Solomon s'occupa à relever les murailles de toutes les villes. La fin de l'inscription est une invocation aux martyrs Clément et Vincent, qui sont priés de défendre l'entrée de la forteresse.

D'après document, c'est donc le patrice Salomon qui a relevé les tours et les murs de Kalama (vers 540). Mais, comme la pierre où nous avons lu cette inscription, loin d'être placée dans un lieu apparent, ainsi qu'il convenait à une pierre de dédicace, se trouve au bas de la muraille et confondue avec les matériaux les plus vulgaires, il est à présumer que ce n'est point là l'endroit qu'elle devait occuper primitivement. Il a donc fallu que l'enceinte de Solomon ait été renversée et relevée, depuis la construction que l'inscription signale, pour qu'un pareil déplacement ait pu avoir lieu.

Nous pensons que celle dernière édification a suivi un grand tremblement de terre, dont on peut voir encore les traces sur certaines parties des murailles de Guelma, principalement dans l'endroit où flotte le drapeau. Le dérangement considérable des pierres qui, sans tomber, ont tourné sur elles-mêmes dans une direction uniforme, y présente quelque chose de si singulier, que les moins attentifs en ont fait la remarque. Un tel effet n'a pu être produit que par une violente secousse.
La portion de l'enceinte qui s'était écroulée par suite de ce phénomène, a été soumise à une dernière restauration, celle que nous voyons aujourd'hui j restauration si maladroite et si barbare, exécutée avec si peu de respect pour les monuments du paganisme et du christianisme, indistinctement employés comme simples matériaux de construction, qu'on est tenté de croire, à l'aspect de cet amalgame inhabile et sacrilège, que les barbares qui s'en sont rendus coupables, pourraient bien être les premiers conquérants arabes. Quoi qu'il en soit, elle est certainement postérieure à l'an 540.

Nous avons déjà parlé du monument dessiné en regard de ce texte, et nous avons émis l'opinion que ce pouvait être l'église de Kalama; ajoutons cependant que ceci n'est qu'une simple conjecture. La première fois que cet édifice s'est présenté à nos regards, c'était dans une course rapide où nous étions principalement préoccupés du désir de recueillir des inscriptions; nous n'avions pas pu l'examiner avec toute l'attention suffisante.

Dans le séjour prolongé que nous avons fait plus tard à Guelma, il avait bien changé d'aspect. Une grande partie avait été abattue parce qu'elle menaçait ruine; et le reste venait d'être accommodé aux besoins de la manutention du camp qui s'y était établie. La chute des combles avait amené un tel exhaussement du sol, qu'on a creusé à une profondeur de dix mètres le long d'un pied-droit, sans rencontrer J'ancien niveau. La tâche de l'observateur était donc devenue beaucoup plus difficile. Cependant, malgré ces circonstances défavorables, il nous a semblé reconnaître les dispositions architecturales qui appartiennent aux églises: une nef, des collatéraux et des transepts.
Le mode de construction consiste dans l'emploi de la pierre de grande dimension pour les voûtes et les chaînes des murailles. Le reste est un remplissage en petites pierres noyées dans du ciment, coupé horizontalement de distance en distance par une triple couche de tuiles posées à plat. Nous avons remarqué, à côté de chacune de ces tuiles, une espèce de clou en cuivre enfoncé dans ce mortier et dont l'utilité ne nous a pas semblé très apparente.

 

Ce qui est à observer dans ce monument, c'est qu'il est homogène, et qu'il ne présente aucune trace de la confusion barbare de matériaux que nous avons signalée en parlant de l'enceinte. Ce n'est point une de ces reconstructions maladroites exécutées avec des débris de tout genre, comme on en voit tant dans ce pays, et qui sont de véritables énigmes pour l'archéologue.
Après le théâtre, l'église et l'enceinte, l'édifice le plus remarquable était une fort jolie fontaine qui se trouvait auprès du ravin de Kalama. Mais un village est venu s'installer sur les ruines de la cité antique, à côté de la fontaine, à qui ce voisinage a été fatal.
Les constructeurs des maisons nouvelles l'ont démolie pour utiliser les belles pierres rouges toutes taillées qu'elle leur présentait. Nous avons arraché à ces Vandales d'une nouvelle espèce quelques débris d'inscriptions, entre autres la suivante; elle se lisait sur deux pierres qui provenaient d'une architrave:
M. IVNIVS. RVFINVS. SAD.

C'est peut-être le nom de celui qui a fait élever la fontaine. Ce monument, qui devait avoir quatre bassins pour recevoir l'eau, présentait à sa base la forme (coupe horizontale) . Nous avons trouvé, parmi les matériaux, quelques chapiteaux d'ordre corinthien. Il y aurait encore bien des détails à donner pour compléter la description des rues mais nous croyons en avoir assez dit pour faire connaître les choses principales. Nous de nous être trop étendu et d'avoir', en cédant à l'attrait de décrire une localité à peut-être dépassé les bornes qui nous sont assignées par la nature de cet ouvrage.

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