Histoire de Calama
Eugène Grellois
Rues et habitations de Calama.

Rues.
- Toutes les rues de Calama affectaient une direction régulière de l'Est à l'Ouest et du Nord au Sud ; la ville actuelle coupe donc à angle droit la direction de la cité romaine. Ces rues étaient toutes alignées, mais étroites ; leur largeur moyenne n'a pas paru dépasser cinq m ; nous avons trouvé plusieurs pavés, de larges dalles (de 0 m 60 à 0 m 80 de long, sur 0 m 40 à 0 m 50 de large).
L'ancienne ville est au-dessus du niveau du sol actuel, de sorte que la plupart des ruines ne paraissent à découvert que lorsque on a enlevé deux ou trois m de terre et même davantage. Il paraît, d'ailleurs, à l'inégalité du sol de la cité romaine, que ses possesseurs prenaient peut de souci de niveler le terrain sur lequel ils construisaient leurs villes.

Habitations.
Les maisons particulières dont on a retrouvé les traces paraissent avoir eu, en général, peu d'étendue. La plupart des chambres étaient carrées, de six à sept m de côté..
Les murs extérieurs offrent une épaisseur moyenne de 0 m 40 ; souvent les murs intérieurs ont les mêmes dimensions, cependant ils sont habituellement plus faibles : aussi ont-ils généralement disparu et ne laissant plus que de simples traces sur le sol.
Ces murs, tant intérieurs qu'extérieurs, se composent de pierres de taille de 0, 60 à 1 m de longueur, superposées suivant cette direction, dans toute la hauteur du bâtiment, et ne laissant entre elles des espaces variables de deux à quatre mètres, comblés par une forte maçonnerie de moellons..

Portes.
Les portes sont formées ordinairement d'une une ou deux pierres de taille qui constituent chaque montant, et d'une seule pierre pour linteau.
Chacun des montants offres à sa partie interne une rainure profonde qui indique que la porte fermait en dedans au moyen d'une forte barre de bois qui était fixée et retenue dans ses rainures.
On voit encore dressés, auprès des thermes, quatre monolithes en marbre rose, de 2 m 50 de hauteur, qui avaient, évidemment, une semblable destination.

Citernes.
Dans un grand nombre de maisons, on trouve des citernes bien conservées, et qui peuvent être encore appropriées à nos besoins. Le ciment qui les enduit est en tout semblable à notre ciment moderne.

Toits.
Les maisons étaient couvertes de tuiles d'argile plates, beaucoup plus grandes que les nôtres (0 m 45 de long, 0 m trente trois de large), recourbées sur les bords, un peu rétrécies en bats pour pouvoir plus facilement s'adapter l'une à l'autre ; plus rarement de tuiles creuses, ressemblant parfaitement aux nôtres, je serais porté à croire que celles-ci étaient exclusivement réservées au faîte des toitures.
Ces tuiles ressemblent tant, quant à leur pâte, à celle que nous fabriquons, qu'il est permis de croire que les Romains employaient pour leur confection et la même matière que nous et des procédés analogues. Sur aucune nous avons remarqué d'inscription.

Voûtes.
Les chambres étaient fréquemment voûtées ; on a trouvé un grand nombre de pièces de poterie qui étaient destinées à entrer dans la construction de ces voûtes et les rendre à la fois légères et solides. Ce sont des tubes creux déterminés par une extrémité conique pleine ou percée d'une ouverture, longs de 0 m 15 avec un diamètre intérieur de 0,05 ; l'épaisseur moyenne du tube est de 0 m 010. J'en connais deux variétés représentées à la planche cinq numéros trois et quatre.

Pavés.
Retrouve dans les maisons quatre sortes de pavages :
1. Un béton, dans lequel la brique pilée entre comme élément principal ;
2, des dalles plus ou moins large ;
3, des plaques en marbre rose, blanc ou veiné de diverses nuances ;
4, des mosaïques.

Mosaïques.
Ce dernier genre de pavimentum a été rencontré sur divers points de la ville, mais surtout aux environs du théâtre, où l'on a trouvé des mosaïques morcelées couvrant une étendue d'au moins 40 m ; sur certains points elle était assez intacte pour qu'on pût tenter de l'utiliser pour paver l'abside de la nouvelle église ; les fragments considérables ont été conservés à cet effet..
Ces diverses mosaïques sont formées de petits cubes d'un centimètre (volume moyen), de couleurs extrêmement variées et empruntés, presque toujours, aux productions du pays ; cependant, on y trouve quelques échantillons de lapis-lazuli, évidemment apporté de loin.
La plupart des dessins sont d'une grande correction et offrent surtout des fleurs, des guirlandes, des rosaces ; on n'en a point trouvé représentant des sujets animés.
Ces mosaïques étaient, sans doute, l'œuvre d'artistes byzantins qui excellèrent, comme on le sait, dans les travaux de ce genre.
Il est impossible de reconnaître, dans les vestiges que nous avons pu étudier, aucune des divisions indiquées par Vitruve pour les maisons particulières des romains. Nous doutons même que les plans laissés par le célèbre architecte aient jamais été appliqués ici, grâce au peu de développement que nous avons reconnu aux habitations.

Égout.
Au dessous du niveau de la ville romaine se trouvent des égouts bien conservés, cimentés, et dans lequel un homme peut circuler. Plusieurs peuvent encore être adaptés à nos besoins.

Aqueduc.
À peu de distance de la ville on voit aussi des vestiges d'aqueducs, qui apportaient les eaux de diverses sources de la montagne (djebel Mahouna) ; offrent rien de remarquable ; ce sont, le plus souvent des pierres creusées et juxtaposées sur le sol, dans lesquels l'eau courait à ciel découvert.

Routes.
On ne trouve aucun vestige de voies romaines qui aient fait communiquer Calama avec les autres villes de la Numidie. Il existe bien, aux environs de hammam Berda, une route parfaitement indiquée, qui conduisait d'Hippone à Cirta, en passant par Ashkhoure (ruines de l'ancienne nom est inconnu) ; mais cette route tournait au nord, et ne passait pas par Calama, dont elle restait éloignée d'environ cinq milles.
Cette absence de grandes voies de communication donne raison de l'oubli dans lequel est restée cette ville sur les anciens routiers (itinéraire d'Antonin, table de Peutinger, etc.)
La figure représentée planches sept, numéro quatre, indique un bord militaire trouvé dans les environs.

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