DÉCOUVERTE DE GUELMA ET DE SON HISTOIRE
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 Lors de l'invasion romaine, le général qui commandait la troupe arrivant au Fedjouz déclara apercevant les cimes enneigées de la Mahouna :

Soldats vous avez devant vous les Alpes africaines !.

        Guelma est située au milieu de la féconde vallée de la Seybouse, la ville s'étend coquette comme pour prélasser sur les dernières pentes de la chaîne de Mahouna.

        À ses pieds la Seybouse tortueuse se déroule, des serpentements glauques ou boueux, au milieu des touffes de tamarins et de lauriers rose. Dans le fond, les crêtes, diversement bleuté, verdâtre ou argileuse de se découpent sur un ciel ordinairement bleu de turquoise. Le maréchal Clauzel avait remarqué la valeur de la situation stratégique et, en 1837, il ordonna d'y établir un camp retranché dont le commandant Duvivier depuis lors général, eu la direction pendant assez longtemps.

Coloriage & recherches G M

          Guelma fut alors pourvu de fortifications, élevées à la hâte, par les soldats du génie, qui n'avait d'ailleurs pas à compter à l'époque avec l'excellence d'une artillerie perfectionnée.
La vie et s'est développée dans cette enceinte.

        Aujourd'hui Guelma est une ville en voie de prospérité, dont les marchés, lorsque les années sont bonnes, regorgent de céréales et de bestiaux.
        Sa population totale atteinte 10 214 habitants, dont 3513 européens et 6265 indigènes, plus la population comptée à part conformément au décret du 20 janvier 1906.
Le maire est M. Mas avocat.

       La ville de Guelma, à proprement parler, et de construction récente et de belles maisons à trois et quatre étages y ont été élevées. Les voies et les principales artères de la ville y sont larges et propres, constamment aérées par un souffle bienfaisant. Les jardiniers, des places et à un très beau square font l'ornementation de cette ville moderne.
       Mais à côté de notre cité contemporaine, il convient de mentionner la ville de Calama, dont le théâtre alors en ruines, un des plus célèbres de l'Antiquité, vient d'être restaurée.
Nous développerons plus loin la splendeur de Calama.

       Guelma est desservie par le Bône Guelma : elle, se trouve à 64 kilomètres de Bône et à 110 km de Constantine. La gare est située à 800 mètres environ du port de Bône. À cet endroit l'avenue de la gare de se poursuit jusqu'à la place principale, par une rue bordée d'allées, délicieusement ombragées, qui constitue une agréable promenade en été. Au milieu de la place une fontaine des plus coquette représente un groupe charmant de tritons perchés sur cygnes ; l'eau jaillit en germes irisés, nées de ces oiseaux pour retomber en panache dans une vasque de marbre, éparpillant gaiement de légers embruns qui, au soleil, perlent comme des diamants de la plus belle eau.

       C'est dans cet endroit de la place Saint Augustin, qu'il y a trente ans, ont mis à découvert un Triomphe d'Amphitrite, mosaïque du genre de celle de M. Chaillot et que M. Papier, le sympathique président l'Académie de Bône écrivit avec beaucoup de précision.

Enfin de la place, et en bordure de la grande rue Saint-Louis, l'église dresse son clocher sévère comme pour perpétuer le souvenir du rhéteur Posidonius qui en est le saint ; et, qui fut, comment le sait, le disciple et le biographe de Saint Augustin.

        Chaque année, vers la fin de décembre, les cigognes que recherchant des régions plus clémentes, une température plus douce font leurs nids.

        Tout en face, de l'autre côté de la place Saint Augustin, le square de la République, jardin public fort bien entretenu, ouvre ses portes et offre ses bosquets.
        Ce square possède une variété considérable d'essences exotiques ; les lianes nombreuses semblent embrasser en une longue étreinte, et, comme accolées par d'invisibles tentacules, les troncs gigantesques des araucarias et des magnolias s'épanouissent. Autour même de la nature : la flore y est variée et les rossignols y mêlent leurs trilles égrenés aux doux gazouillements des fauvettes, alors qu'en une assourdissante cacophonie les pierrots piaillent espiéglement.

         De nombreuses statues de marbre blanc surgissent çà et là des bosquets, en des nymphes avenantes. On rencontre contre les murailles des fortifications du quartier militaire des débris encore assez riche de la civilisation romaine, de nombreuses inscriptions et latine et quelques stèles puniques. En effet, Calama est une ancienne cité punique que Carthaginois appelèrent Mellaka ou Malaka, d'où les Romains ont tiré Calama par transposition sans doute ? Débouchant sur la face gauche du square de la République, la rue Sainte-Hélène passe devant la mairie qui est une simple maison à un étage, mais qui bientôt, espérons-le, avec les guelmois sera transformée en note un hôtel digne de l'importance de ce chef-lieu d'arrondissement.

         Puis, plus bas, la place du théâtre où un palais des muses, quoique de dimensions restreintes, a été élevées il y a quelques années, et, réunit toutes conditions de confort et d' élégante solidité. À un pas de là, à gauche, un groupe scolaire porte le nom d'école d'Alembert, et un important d'établissements d'enseignement primaire.
         A l'Ouest de la place passe la route de la pépinière qui aboutit à la porte de la pépinière d'une part, et, de l'autre extrémité à la place du marché aux grains. C'est précisément en face de cette place, et, sur la limite Nord que le Théâtre romain nouvellement restauré expose son entrée. Sur cette même place vient déboucher, parallèlement à la rue Saint-Louis l'immense rue d'Anouna a qui a plus d'un kilomètre de longueur.
         Comme monument ou bâtiments modernes, n'oublions pas de citer le palais de justice, d'une architecture aussi élégante qu'imposante, le nouvel hôtel de la sous-préfecture, les immenses casernes ou casbah, la mosquée etc..

         Guelma ne possède pas de ville arabe comme Philippeville, Sétif ou Batna, elle est l'une des villes algériennes les plus exclusivement française ; et, où l'élément indigène ne s'est implanté après la conquête sur invitation pressante des militaires.
Revenons donc aux vestiges de la civilisation ou tout au moins à l'occupation romaine.

         Il est acquis que Guelma à bien été construit sur l'emplacement de l'ancienne Calamae, qui elle-même, succéda à Malaka des carthaginois et fut voisine de Suthul l'ancienne capitale des rois de Numide, avant la domination romaine.
L'ancienne Calama fut une cité très riche ; ou Céres et Flore était en honneur. Les muses s'y disputaient les bravos de la foule enthousiaste.Les arts, lettres y avaient leur place et leur règne. Le principal monument encore assez bien conservé fut le Théâtre romain. Ce théâtre est à l'époque de Valentinien ou plus précisément il fut transformé et amélioré par Valentinien au IVe siècle de notre ère.

         Voici, en effet, l'origine qui semble la plus exacte de ce monument, qui a prit aujourd'hui rang parmi les monuments historiques du gouvernement français, et qui vient d'être intelligemment restauré par les soins de M. Joly architecte archéologues de l'arrondissement de Guelma.

         Donc, vers la fin du second siècle de notre ère la fille du célèbre Marc Aurel, Vivia Aurelia Sabina, patron et la ville de Calama que gouvernait son fils adoptif, le général empereur septime sévère(193-211).

        Calama était alors dans toute sa splendeur prospère, des richesses y affluaient, et, l'existence y était pleine de charme et de délices.
        Parmi les représentants de la cité étaient un membre d'une des plus anciennes familles :Lucilies Annius alius Clemens, augure flamine du culte impérial. À cette époque l'Afrique pro consulaire avait atteint une extension considérable; l'empereur s'y était appliqué à assurer le bon ordre et la prospérité du pays à châtier la débauche et les prévarications. Les prêtres et les magistrats rivalisaient de dévouement et déployaient leurs efforts pour embellir la ville. Le peuple reconnaissant leur élevait des statuts et des monuments comme gage de reconnaissance. Ce fut ainsi que la fille du grand Lucius Annius, la vertueuse Annia-Aelia Restitua, devenue à son tour flaminique du culte impérial, voulant témoigner sa gratitude au peuple de Calama qui avait élevé une statue commémorative à son père résolue de gratifier sa ville d'un théâtre remarquable. .
Elle consacra 411.000 sesterces quelques années plus tard Alors que le farouche Caracalla, fils de Septime Sévère, s'était rallié à l'empire, les sénateurs de la commune romaine décernèrent à la bienfaitrice des honneurs spéciaux. Ils lui élevèrent une statue, le représentant dans toute sa grâce,. Cette statue se trouve actuellement au musée de Guelma.
        Au mois de mai dernier, le théâtre entièrement restauré avait les honneurs de la Comédie Française, qui, par son précieux interprète Sylvain donnait Electre, Cette pièce fut jouée une première fois Carthage en 1906.
Nous ne nous étendrons pas sur la composition du théâtre ancien, celui de Calama fut comme tous les établissements antiques de ce genre, on y représentait surtout des scènes vivantes ne manquant ni d'actualité ni de .......piquant..

         Pour en terminer avec les nombreux vestiges Calamenses, englobons dans ce chapitre de Calama, les autres ruines remarquables de la région : citons le Hammam Breda d'Héliopolis, à quelques kilomètres de Guelma, sur la route de Bône. L'ancienne piscine romaine sur les bords de laquelle on a découvert des pierres portantes des inscriptions Libyque et Puniques.
C'est sur cet endroit que semble avoir existé le vaste domaine antique de la villa Servillana, créée par un une noble famille, celle des Servillius dont un des membres Quintus Servilius Pudens fut un des personnages les plus influents de son époque en 165 de notre ère. C'est de cette propriété que dépendait, un Pugus dont les traces sont encore visibles au-dessus du village de Guelaat bou sba.
         C'est toujours sur la même route, en allant vers Bône, que l'on retrouve des ruines ayant appartenu à la ville d'Ascurus, que Cneius, fils de Pompée prit, en l'an 46.
Sans contredit, les ruines véritablement intéressantes de cette région sont Announa. Ce sont celles de l'antique cité Thibilis.
         Cette partie du territoire Constantinois porte le nom du cours d'eau l'oued Announa, un peu plus en amont, il y à sa jonction avec l'oued Bou Hamdam.

         L'antique Thibilis est à une vingtaine de kilomètres de Guelma ; ses lignes disparaissent sous les lianes et les convolvulus sont nombreuses et fort bien conservées. L'emplacement de l'ancienne ville jouissait d'une situation stratégique remarquable tant au point de vue de l'hygiène que comme ville militaire. À une altitude de plus de 700 mètres, elle occupait tout le plateau dominant la vaste vallée de l'oued -Cherf, du côté de l'est où le plateau se termine presque à pic, tandis que sur l'autre versant il sera raccorde avec la chaîne abrupte du djebel Ras-el-Akbat.
         D'importantes fouilles ont été opérées, il y a quelques années, sous la direction de M.Bernelle, administrateur de l'oued Cherf . On a aussi mis le découvert des vestiges de cirque et un nombre considérable inscriptions ou votives tumulaires en latin, en lybique et en punique; et un extraordinaire forum, une basilique merveilleusement conservée, qui date de l'époque byzantine sans doute, deux portes de Thibilis conservées presque entièrement ; un arc de triomphe à deux baies. Outre cela, une quantité de ruines de villas, des travaux de défense; de grandes citernes presque intactes etc., etc..
La direction des monuments historiques s'est enfin décidée, il y a quelques années seulement, à s'occuper de ses précieuses reliques archéologiques ; elle a tenté de mettre enfin un terme aux dépradations et au pillage des indigènes et autres habitants, qui ont enlevé des monolithes afin de construire maisons, gourbis et bordj. Il arrive souvent que dans cette région on rencontre comme base d'un mur un chapiteau magnifique en marbre de la Mahouna, ou comme siège, le torse d'une cariatide marmoréenne.
         Thibilis comme toutes les villes anciennes, possédait des termes remarquables ; les siens étaient à quelques kilomètres, au hameau Hammam Meskoutine actuel qu'on appelait Aquae Thibilae.
Ce fut à Thibilis qu'habitait Antistius Adventus, qui fit partie de l'expédition de Lucius Vérus contre les Parthes, en 164, en qualité de légat de la sixième légion Ferrata de Palestine. Antistius Adventus se distingua particulièrement ; et, après avoir remporté une éclatante victoire, on lui décerna des honneurs militaires exceptionnels et le titre de gouverneur de l'Arabie. Plus tard il fut appelé à commander les troupes couvrant l'Italie contre les invasions germaniques ; et, il obtient ensuite le gouvernement de la Bretagne.
         Pour compléter l'exposé archéologique de cette région citons les ruines importantes de Khémissa et de M'daourouch ; qui ne sont point pourtant de cette région administrative
Khémissa n'est autre que l'antique cité numide Thuburcicum Numidarum. Ces ruines très bien conservées représentent encore un forum ; des arcs de triomphe à une ou plusieurs baies, des nécropoles aux sarcophages entier , etc.. Comme toutes les vieilles cités, les ruines ont été fouillées et pillées par les indigènes et, même, par les colons de la première heure qui les ont dévasté sans discernement. Ce vandalisme moderne à gaspillé les restes remarquables de ces riches cités.
        M'daourouch qui est l'ancienne Madaure, ville antique d'une importance considérable, ou de puissants rhétoriciens et de célèbres professeurs étudièrent les lettres et enseignèrent la rhétorique et l'art de l'éloquence. Ce fut la patrie d'Apulle, auteur de l' " Ane d'or, " et dans le Gynécée saint Augustin, le grand prélat d'Afrique, puisa les bases solides de son puissant enseignement.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE