ANNIA ÆLIA RESTITUTA

           
                Aux temps de Septime Sévère (193-211),Calama brillait dans toute sa splendeur. Patronnée par Vibia Aurélia Sabina, fille de Marc Aurêle, dont l'empereur se déclarait le fils adoptif, elle voyait croître sa fortune, augmenter sa population. Ses monuments dressaient orgueilleusement leurs colonnades, leurs frontons, montrant aux contrées environnantes sa puissante influence et sa féconde activité.

    
La photo est de mauvaise qualité elle date de 1908, nous regrettons de ne pas avoir retrouvé cette statue en 2006
     
             Une des plus anciennes familles de la ville était celle des Annius, qui depuis de longues années occupait les plus hautes fonctions municipales. Elle était alors représentée par Lucius Annius Alius Clemens, augure, flamine perpétuel du culte impérial. A cette époque, l'Afrique romaine était à l'apogée de sa richesse. L'empereur prodiguait ses faveurs à son pays d'origine Parvenu par la force des armes au pouvoir suprême, il faisait régner partout l'ordre et la loi, adoucissant les rigueurs de cette dernière, mais inflexible pour les mauvaises mœurs et la prévarication. Jamais, pendant son règne, l'Afrique proconsulaire ne vit troubler la paix romaine.

              A l'envi, les magistrats, les prêtres, édifiaient dans les cités de fastueux monuments, et les citoyens reconnaissants érigeaient en leur honneur des statues commémoratives. Il en fut ainsi chez Annius Ælius, qui avait rendu des services considérables.

             Sa fille Annia Ælia Restituta hérita de ses richesses et d'une part de son influence ; elle devint à son tour flaminique perpétuelle du culte impérial. C'était une femme généreuse, représentant dignement cette puissante aristocratie qui dominait dans les cités du monde romain.

              Calama avait élevé une statue à son père Lucius : reconnaissante, elle voulut donner un théâtre à ses concitoyens, les Calamenses A l'édification de ce monument, elle consacra quatre cent mille sesterces et vit avec joie, quelques années après, alors que Caracalla venait d'être associé à l'Empire, les sénateurs de la commune romaine république splendide, lui décerner des honneurs exceptionnels : cinq statues, la représentant, devaient orner les places de la ville. Mais la noble dame, aussi fière que généreuse, se déclara satisfaite de l'honneur, dispensant la cité de cette lourde dépense.On a retrouvé une de ces cinq statues. Elle figure actuellement au musée de Guelma, la petite ville française qui succède aujourd'hui à la cité antique.

            
ANNIA ÆlIA RESTITUTA ?
             Pendant de longues années, le théâtre d'Ælia dressa ses portiques ombreux, sa structure imposante, assistant impassible au lent déclin du grand empire, voyant autour de ses murailles, dorées par le soleil, croître cette religion chrétienne qui devait renverser les dieux vénérés des Annius; ouvrant largement ses portes, offrant ses gradins, les jours de fête, à toutes les populations environnantes.

             Un siècle après sa fondation, alors que Valentinien, Valens et Gratien se partageaient l'Empire, le théâtre fut l'objet de quelques transformations.Julius Rusticius Vesper était alors curateur de la ville, cependant que Flavius Eucsinus, proconsul, présidait aux destinées de la province d'Afrique, assisté, pour l'administration du district, auquel appartenait Calama, de son lieutenant Flavius Clodianus. Depuis, aucun document, aucune inscription, ne nous permettent de préciser les noms de ceux qui furent mêlés aux destinées du vieux monument bâti par Ælia.

             L'invasion des Vandales le trouva probablement fortifié, et, sans doute aussi, consomma sa ruine et celle de la ville romaine (430).Saint-Possidius, qui était évêque de Calama, depuis l'an 397, dut fuir la cité conquise et pillée, pour aller s'enfermer dans Hippone investie. Il y recueillit le dernier soupir de Saint-Augustin, le grand évêque africain. Depuis, des siècles se sont succédés, étendant tour à tour sur l'œuvre d'Ælia, leurs ailes silencieuses; les temps ont accumulé leurs poussières au pied des lourdes murailles; les colonnes brisées, les statues mutilées, ont disparu sous la verdure des broussailles, sous l'humus des printemps écoulés.

Photo 1906

             Après un lourd sommeil de plus de seize cents ans, le vieux théâtre se réveille, il repousse la terre qui recouvrait sa scène, relève de nouveau ses gradins disparus ; il veut renaître enfin à la vie littéraire. Comme autrefois, nous entendrons ses échos retentir et verrons se presser, dans son vaste hémicycle, la foule bruyante et passionnée.

             Nous assisterons curieux, émerveillés, à ces fêtes romaines qui marquaient la grandeur de l'empire et la puissance colonisatrice de ces conquérants d'autrefois. Le vieux théâtre comportait un orchestre et quatre zones de gradins concentriques. Dans l'orchestre, sur des sièges richement décorés, prenaient place les nobles, les dignitaires de l'Etat, les autorités municipales. Sur les gradins se pressait le peuple des citoyens. Sous le portique, qui bordait la partie supérieure de l'édifice, circulaient les gens d'humble condition, les esclaves. Des mâts se dressaient nombreux autour de ce promenoir, fixant des poulies, des cordages, destinés à la manœuvre de l'immense voile multicolore qui devait abriter des ardents rayons du soleil ou des pluies printanières, la foule brillante et tapageuse des spectateurs entassés. De vieux marins, vétérans de la flotte, étaient chargés de la manœuvre du velarium, pendant que les gardes maintenaient l'ordre dans la salle, faisant la police, précisant à chacun sa place. Cette place était indiquée sur un jeton de cuivre ou d'ivoire, indiquant le numéro de la zone, de la tranche et du gradin, et chacun devait le quérir chez l'organisateur des jeux ou près des employés du théâtre. Ce jeton, appelé tessère, c'est la contremarque de nos jours. Des couloirs séparaient les zones, des escaliers divisaient les tranches, des portes nombreuses permettaient facilement l'entrée, la sortie, la circulation. Le fond de la scène représentait une vaste façade décorée de colonnes superposées, divisée en plusieurs étages par de superbes corniches, par des frontons moulurés, enrichie par des marbres africains ou asiatiques, par de blanches statues dues à l'habile ciseaux de quelque l'attitude, les paroles, exprimaient pour chacun les sentiments traditionnels. C'était surtout le geste, le mouvement qui précisaient la scène. La musique était représentée par une double flûte accompagnant les chanteurs du cantique. La danse était aussi fort appréciée du public, et même les Romains abandonnèrent les comédies de Plaute et de Térence pour ne plus admirer que des scènes mimées. Ils n'avaient point, comme les grecs, fixé les traditions, les mythes, le génie de leur race dans l'art théâtral ; l'activité du peuple ne recherchait point les fines impressions ouïes émotions tragiques si chères aux Hellènes, elle appréciait surtout l'aspect de la vie ordinaire, mouvementée, bruyante, la critique facile, les propos pittoresques, et, chez les Africains, ces goûts très ordinaires paraissent avoir été particulièrement développés.

             La reconstruction du théâtre de Calama, les fêtes antiques que son inauguration va ressusciter, nous donneront une idée très exacte de la vie habituelle et de la littérature au temps des Romains, mais l'élégance de nos mœurs actuelles, notre sentiment plus délicat de la beauté de la forme et des couleurs, modifieront, dans une certaine mesure, l'esprit de ces réjouissances. La joie romaine était un peu lourde, un peu brutale, l'art moderne atténuera ce caractère, donnera plus d'harmonie, plus de grandeur décente aux spectacles antiques qu'ils n'en avaient autrefois. Il nous a paru intéressant de fixer la figure d'AElia Restituta. de montrer l'œuvre qu'elle avait accomplie. Comme on le voit, cette femme tient une place importante dans l'histoire de Calama. Riche, elle fut une des causes de la richesse de la ville antique;
son influence rayonne encore sur la cité moderne, elle semble diriger les efforts des Guelmois, qui, certainement, lui devaient l'hommage de ce souvenir

Source Guelma moderne et ancien par Ch.Al.Joly 1908, maire de Guelma

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE