ALBUM PHOTOS.
MARS-AVRIL 2010

Magdeleine Muraccioli

Photos Jean Arrela envoyées à Magdeleine Muraccioli


LES JUDÉO-CHRÉTIENS ET LA RELIGION MUSULMANE EN ALGÉRIE

Le récit qui va suivre relate simplement avec sincérité les observations que j'ai pu faire sur la religion musulmane lors de ma courte présence en Algérie, de ma naissance à mon départ en 1962 à l'âge de 16 ans. Le port du voile par les musulmanes n'a jamais posé, que je sache, de problème aux Français d'Algérie, ni suscité des discussions aussi interminables que stériles. Sur le chemin de l'école, nous étions trois camarades, deux Françaises et une Algérienne voilée de blanc, je ne trouvais pas cela inconvenant. Nous étions sincèrement tolérants.

A la fin du Ramadan, les musulmans attendaient devant l'église de Guelma que la sirène placée dans le clocher ne retentisse pour annoncer la fin du jeune. On voyait alors les fumeurs allumer avec fébrilité leur première cigarette tant attendue de la journée. La présence des musulmans devant l'église ne posait alors aucun problème. Quant aux Français de Guelma ils se précipitaient dans la rue d'Anounah pour acheter les délicieux beignets sucrés (Ftaïr).

Ce que je garde entre autres des images d'Algérie ce sont les fêtes religieuses célébrées par chacune des trois religions monothéistes que sont le judaïsme, le christianisme et l'islam.

Ces célébrations mettaient de l'animation dans la ville. Pour l'Aïd par exemple, les petites filles et les garçons s'habillaient de vêtements en velours et montaient en grappe dans les calèches où ils chantaient et jouaient du Bendir. J'aimais regarder de mon balcon cette foule bigarrée et je me souviens avoir vu des Français donner quelques pièces de monnaie aux enfants endimanchés. J'étais particulièrement déçue qu'au fil des ans ces fêtes perdissent de leur éclat surtout sur le plan vestimentaire.

J'ai personnellement été élevée dans le respect des religions. Je me souviens particulièrement des consignes que me donnaient ma maman lorsque sur mon chemin j'étais amenée à croiser un Arabe en prière. Je ne devais en aucun cas parler ou chanter.

En 1963, alors que je me trouvais à Bordeaux, j'observai à l'arrêt d'un bus, un panneau publicitaire qui représentait trois musulmans prosternés dans le but de vanter les mérites des chaussettes STEM. Je trouvais cette publicité offensante à leur égard, moi qui les avais côtoyés dans mon enfance et que j'avais appris à respecter. On est loin des caricatures qui ont fait débat il y a quelque temps déjà…

Lorsqu'à leur tour, les chrétiens faisaient des processions dans les rues de Guelma, les musulmans qui se trouvaient au café, se levaient respectueusement.

Une de mes tantes aujourd'hui disparue, a eu pour voisines successives des familles juive et musulmane. Elle a toujours entretenu avec elles de très bonnes relations ce qui était réciproque.

Ainsi, à l'approche de la Toussaint, sa voisine juive nous accompagnait tout naturellement au cimetière chrétien, et je me souviens aujourd'hui encore de cet après-midi où avec ma tante, elle nettoyait le tombeau de notre famille. Ce lieu plutôt sinistre quand le vent faisait frissonner les cyprès résonnait ce jour-là de nos éclats de rire.

Lorsque mon frère et moi allions chez ma tante, nous nous amusions avec un jeune enfant de la famille musulmane. Je me souviens du jour où ce gosse avait été circoncis lors de son baptême. Il a passé l'après-midi à relever à notre demande, sa gandourah pour nous montrer son sexe qui, paré de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel avait doublé de volume. C'était spectaculaire.

Ces souvenirs là montrent que nous ne passions pas notre temps à nous étriper, nous insulter et que sais-je encore ? Je n'ai pas embelli mon récit, je n'ai dit que la vérité. La haine est un sentiment que je ne connais pas. Je plains ceux qui la cultivent et l'entretiennent.
M M.

Ce 18 février 2010, pour compléter ce récit, je voudrais ajouter ceci :

Lorsque nous avons rejoint la mère patrie en 1962, nous avons été questionnés sur nos relations avec la population musulmane, plus pour nous faire des reproches que pour connaître nos réponses, quand on sait combien, surtout à cette époque, les métropolitains étaient peu ouverts aux autres… quels qu'ils soient, cela prête à sourire.

Voilà ma réponse aujourd'hui.

Lorsque ma maman est née dans une ferme isolée de Tunisie, c'est une musulmane qui n'était pas sage-femme, qui a accouché ma grand-mère. Faute de pouvoir allaiter, c'est une juive qui a donné le sein à maman pendant quelques jours. C'est pour cela que je la taquine souvent en lui disant qu'elle est une mère juive lorsqu'elle est un peu trop envahissante.

Plus tard en Algérie cette fois, dans l'immeuble où la famille de maman résidait, une musulmane est morte en couche. Ma tante, la sœur de maman a allaité son enfant, et je me souviens avoir entendu ma cousine parler de son frère de lait qui avait grandi en bonne santé.

Aux jeunes Algériens qui n'ont pas connu notre présence sur leur sol, je veux leur dire que même si tout n'était pas parfait, les hommes et les femmes de bonne volonté savaient, de part et d'autre, être solidaires sans aucune arrière pensée.

Et lorsque j'entends aujourd'hui à la radio, dans les médias en général, les problèmes que soulève la présence des musulmans en France, je ne peux m'empêcher de penser aux marques de tolérance que les Français d'Algérie dans leur ensemble ont appliquées, alors que les musulmans étaient majoritaires dans ce pays.

Magdeleine MURACCIOLI


EGLISE SAINT POSSIDIUS


NOËL 1960
à la sous préfecture de Guelma
De droite à gauche :Maddey Zerdoun sa soeur Paulo et Paulette Atyasse.

Plantes grasses École d'Agriculture

Scène typique Gounod jour de marché

Inauguration de la salle de la kermesse paroissiale juin 1961
André Jumelle et Jean-Marie Muraccioli à la fontaine chaude

Monsieur Fenech oncle de Magdeleine et Jean-Marie

Une partie de la famille sur le cours Bertagna à Bône

Andrée Mingalon épouse Pierre Speletta; Mme Camilleri, Mme Marmorato, Sous préfet Leonelli, Blasco et Dimeck devant la buvette

Pierre Spelleta

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE