LES FRUITS, LES LEGUMES, LES PRIMEURS

Les hivers doux et humides des régions voisines du littoral algérien sont éminemment favorables à la production hâtive ces fruits et des légumes qui arrivés les premiers sur les marchés de consommation. prennent de ce fait le nom de primeurs. Culture rémunératrice, car les primeurs se vendent cher, elle ne pouvait que tenter les colons algériens. Aussi devons-nous nous attendre à la rencontrer en Algérie partout où cela est possible.
Deux facteurs président à l' établissement des cultures de primeurs: le climat, qui doit être tiède et humide en hiver; l'écoulement facile des produits, par le moyen de transports rapides vers les centres de consommation.
Le climat, dans toute la région littoralienne et en de nombreux points de la dépression sublittoral, est nettement favorable.

Voyons la seconde condition .. Pour que la culture des primeurs soit rémunératrice, il importe que les produits puissent parvenir rapidement, en quelques jours seulement, sur les lieux de consommation, afin de n'y être pas concurrencés par d'autres produits arrivant en même temps. Les lieux de vente sont toute l'Europe du Nord, depuis l'Angleterre jusqu'à la Pologne, en passant par la France, la Belgique, la Hollande, l'Allemagne. Arriver avant les produits de Provence, d'Espagne ou d'Italie, tout est là, sans quoi les primeurs algériennes perdraient la moitié de leur valeur
Il faut donc que les cultures se trouvent à proximité d'un port d'embarquement; que, de ce port, partent fréquemment, à destination de l'Europe, des paquebots rapides; que, depuis le port européen de débarquement, l'acheminement vers les centres de consommation soit effectué aussi rapidement que possible.

Voilà, en somme, qui réduit sérieusement les zones où la culture des primeurs est économiquement possible En Algérie, les conditions ne sont entièrement remplies qu'aux abords immédiats des grands ports: Alger, que des services r:tpides presque quotidiens relient à la France-: Oran, puis Philippeville et Bône. C'est à proximité de ces villes que nous trouverons les cultures les plus importantes, et en particulier les cultures de légumes; plus loin, mais s'en écartant assez peu, se rencontreront les cultures fruitières, dont les produits moins fragiles peuvent supporter des transports plus longs.

Au nombre des légumes produits en Algérie il faut citer, par ordre d'importance: les pommes de terre nouvelles, les tomates, les artichauts, les haricots verts, les carottes, les petits pois, les fèves, les courgettes, le fenouil·, etc ... Parmi les fruits: les agrumes (oranges, mandarines, citrons, cédrats, etc ... ), les figues, les raisins de table, les prune,>, les abricots, les amandes, etc ... Bien que les dattes soient généralement classées au nombre des fruits, c'est à dessein que nous ne les mentionnons pas dans cette liste: d'abord parce qu'elles ne proviennent pas du Tell, mais sont une production saharienne; ensuite parce qu' elles ne sont pas les fruits de primeur et que leur valeur intrinsèque est indépendante de l'époque de leur production; elles feront tout à l'heure, après les fruits et légumes du Tell, l'objet d'une rubrique spéciale.

Les agrumes.

- On donne le nom générique mes aux arbres appartenant au genre botanique des citrus. Cette appellation commode d'origine italienne permet de dénommer, sans confusion possible, toute une catégorie d'arbres, et au surplus leurs fruits. A cette catégorie appartiennent les orangers, les mandariniers, les citronniers, les cédratiers, les pamplemoussiers, etc ...

La culture des agrumes est délicate car elle exige une température moyenne élevée et des sols frais ou facilement irrigables, mais s'accommode mal du voisinage immédiat de la mer. C'est donc dans les vallées abritées et dans les plaines de la dépression sublittoral, où le sol est humide qui présentent des possibilités d'irrigation, que nous rencontrerons les principales plantations: les plaines d'Oran, du Sig et de l'Habra. la vallée de la Mina. dans le département d'Oran. la plaine du Chéliff aux environs d'Orléansville et la Mitidja dans le département d'Alger les plaines de Bône et de Philippeville dans le département de Constantine.
Culture d'importation très ancienne, elle s'est vite implantée en Algérie. Limitée toutefois ayant l'occupation française, à quelques vergers, elle a pris un essor remarquable du fait de notre colonisation. Cela n'a pas été sans à-coup, d'ailleurs, car la concurrence des agrumes espagnoles et italiennes, sur tous les marchés européens, est sérieuse. Mais les plantations n'en couvrent pas moins de 8.000 hectares. dont plus de la moitié se trouve dans le département d'Alger, et plus particulièrement dans toute la bordure méridionale de la Mitidja. C'est là que se trouvent les plus anciennes orangeries de la colonie; les agrumes y sont à tel point répandues que les rues de Blida sont bordées d'orangers, comme à Paris on borde les boulevards de marronniers ou de platanes. Les cultures plus récentes des départements d'Oran et de Constantine occupent chacune 2 000 hectares et sont en progression constante : en moins de dix années elles se sont accrues de 5 à 600 hectares.
La production moyenne des agrumes algériennes peut être évaluée à 800.000 quintaux de fruits; assez variable d'ailleurs, elle oscille entre 600.000 et 1 million de quintaux. La plus forte production moyenne est celle du département d'Alger, dont les plantations anciennes donnent 500.000 quintaux; dans le reste de la colonie, les plantations plus récentes. dont une partie n'est pas encore en pleine production fournissent un rendement moindre: 125.000 en Oranie, 140.000 dans le département de Constantine.

L'oranger est, de toutes les agrumes, le plus répandu; plus de 4.000 hectares lui sont consacrés et produisent, bon an mal an, 350.000 quintaux de fruits rigoureusement sélectionnés et fort appréciés sur les marchés de France et de l'étranger; les oranges algériennes, dont les variétés sont nombreuses, sont souvent classées parmi les qualités de luxe, et celles de Blida ou de Bougie font prime sur le marché londonien.
Le mandarinier n'est pas beaucoup moins important que l'oranger. Plus de 3. 000 hectares ont une production voisine de 400.000 quintaux. La mandarine d'Algérie est goûtée du consommateur européen; la première venue sur les marchés extérieurs, où elle fut longtemps la seule, elle a su y conserver, par sa qualité, sa saveur, son bel aspect, une place prépondérante, malgré la concurrence des mandarines espagnoles. Une mention spéciale, parmi les mandarines, doit être faite à la clémentine: très précoce, elle paraît avant les autres agrumes et, de ce fait, se vend à des prix élevés; bien qu'elle soit d'introduction toute récente, elle a été aussitôt adoptée par le consommateur de Paris ou de la province; un bel avenir lui est réservé en Algérie.

Une place bien moins importante est donnée aux autres agrumes: citrons, cédrats, kumquats, chinois, pamplemousses, etc... 700 hectares à peine produisent 40 à 50.000 quintaux de fruits, consommés en grande partie sur place.

Cette consommation locale, on s' en doute, est importante; ces fruits de choix trouvent facilement preneurs dans le pays. Il ne reste libre, pour l'exportation, que le quart environ de la récolte: cela représente un peu plus de 200.000 quintaux de fruits chiffre qui n'est pas négligeable. Les mandarines et les clémentines constituent la majeure partie des exportations 150.000 quintaux; les expéditions d'oranges portent sur 50.000 quintaux; les envois de citrons (3.000 quintaux) sont négligeables. Ces exportations valent 25 millions de francs.

C'est la Métropole qui en absorbe la plus grande quantité; mais l'Algérie trouve à l'étranger d'intéressants débouchés notamment pour ses mandarines: Angleterre, Suisse, Hollande. Belgique, Allemagne, Danemark, etc... sont autant de clients de plus en plus importants.

Extrait du cahier du centenaire

Site Internet Guelma-France