LA PÉPINIÈRE, LA SOCIÉTÉ AGRICOLE DE PRÉVOYANCE,
LE SECTEUR D'AMÉLIORATION RURALE, LE SECTEUR D'AMÉLIORATION RURALE,
LES SYNDICATS AGRICOLES,
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LA PÉPINIÈRE Au moment de sa création (fin 1843), il s'agit seulement d'aménager une parcelle de jardin et un parc d'agrément : c'est l'œuvre d'un jeune chirurgien de l'armée, davantage dans un but de loisirs, par intérêt pour la science des fleurs et des plantes. Quelques mois plus tard, l'idée d'une pépinière transforme ce "violon d'Ingres" en un projet qui se révèle essentiel à l'agriculture régionale.
Située à 1 kilomètre au Sud-est de la ville sur un terrain d'excellente qualité, alimenté par des sources permettant une très bonne irrigation, sa direction est confiée à des gens compétents, intelligents et à d'excellents ouvriers : M. Weber, un habile et laborieux pépiniériste, M. Kremer, un homme efficace.
Sa superficie de 21 hectares est trop importante au regard des moyens dont dispose le directeur. Il met d'abord 8 hectares en culture.
Les premiers résultats sont encourageants : 3.000 sujets en arbres à hautes tiges sont distribués dans les villages de colonisation alentour autant par souci d'ornementation que dans un but utilitaire.
Les plantations fournissent, chaque année, près de 15.000 arbres d'essence forestière, alors même que les ressources de cet établissement sont réduites et que le nombre d'ouvriers ne dépasse pas la douzaine.
Parmi les essences les plus cultivées, en plus des arbres à fruits, des arbres d'agrément et des fleurs, on trouve le noyer, l'azédarach, l'ormeau, le frêne, les deux espèces d'acacias. Des plantations de peupliers, mûriers, ainsi que de nombreuses espèces de fruitiers parmi lesquelles des cerisiers, généralement assez rares dans les pépinières d'Algérie sont essayées et les boutures de vigne cultivées pour les besoins locaux.
L'eau d'arrosage arrivée par des captages de sources et d'un puits artésien est mise en réserve dans un grand bassin.
Les premiers ouvriers exclusivement des soldats, plus ou moins formés, s'acquittent avec bonheur des tâches de la terre et perçoivent 45 centimes par jour. Cette immense pépinière est à l'origine de très nombreuses plantations ; par la suite son rôle devient moins important et ses terres livrées à d'autres cultures. En 1962, il n'existait plus que l'agréable "petit bosquet" que connaissaient tant de classes lors des promenades accompagnées par les enseignants des écoles de la ville. La "pépinière" a vécu.

LA SOCIÉTÉ AGRICOLE DE PRÉVOYANCE (S.A.P.) Dès 1869, le général Liebert, commandant la subdivision de Miliana, ébauche les premières "Sociétés Indigènes de Prévoyances" (S.I.P.) qui prennent plus tard le nom de Sociétés Agricoles de Prévoyance (S.A.P.).
Dépendant du Paysannat Algérien et fonctionnant à l'origine comme orga-nismes de crédits, les S.A.P. sont habilitées à jouer un rôle de coopératives de céréales à partir de 1937.
Chacune d'elles, dans les secteurs céréaliers, comporte deux sections principales :
- la section crédit ;
- la section céréales.

Le but poursuivi par les S.A.P. est de permettre aux agriculteurs musulmans (fellahs) d'obtenir des prêts en nature et en espèces et de recueillir, ensuite, les produits agricoles pour les livrer à la vente. Pour atteindre ce but, dans de bonnes conditions, elles doivent accroître leurs possibilités de stockage et acheter le matériel indispensable.
Mais la S.A.P. n'est pas seulement un organisme financier. Comme toutes les autres Sociétés Agricoles de Prévoyance, elle intervient auprès des agriculteurs par l'intermédiaire de techniciens, conseillers agricoles qui, en liaison directe et sous la responsabilité des services agricoles, dispensent les conseils nécessaires afin de leur enseigner des méthodes modernes de cultures et d'élevage. Dans le secteur céréalier de la région, ils établissent, en outre, des essais culturaux comportant une partie moderne (effectuée par le technicien) et une partie traditionnelle (effectuée par le fellah). Il faut montrer, de cette manière, les différences de rendements entre les deux modes de culture. (Pour mémoire : l'hectare de blé dur en culture moderne produit 18 à 25 quintaux alors qu'en culture traditionnelle, il n'en rend que 4 à 5).
Par son parc de tracteurs à chenilles et de moissonneuses-batteuses automotrices, la S.A.P. entreprend labours et moissons-battages auprès de ses adhérents.
La plus grande partie des communes de l'arrondissement de Guelma est pourvue en conseillers agricoles.
La S.A.P. possède des docks (construits en 1934) pour le stockage de 12.000 quintaux, insuffisants, semble-t-il, pour la grosse production céréalière de la région.
La mise en application du "Plan de Constantine" demande aux S.A.P. un effort important afin de devenir les instruments valables et indispensables pour le développement agricole du secteur traditionnel.

En 1962, un outil de travail très prometteur s'écroulait comme tant d'autres choses...

LE SECTEUR D'AMÉLIORATION RURALE

Extrait d'un rapport ( )

Gilbert Ménard et son équipe

Au Sud-est de la ville, le douar Khézaras s'étend, en 1957, sur 4.500 hectares ; ses 2.300 habitants sont essentiellement agriculteurs (fellahs). Le douar possède un terrain communal improductif de 270 hectares. Ce terrain, mis en valeur par défrichement, aménagement en banquettes, défoncement, plantation d'oliviers, permet l'installation de 21 familles musulmanes qui, sous la direction technique du Service du Paysannat, et avec les conseils donnés au jour le jour par le moniteur du S.A.R. (M. Gilbert Ménard), exploitent rationnellement leurs lots. Elles payent un prix modique de location (½ quintal de blé dur à l'hectare). Ce communal fonctionne comme "noyau-pilote", et sert d'exemple aux autres cultivateurs du douar.
Par ailleurs, grâce au matériel collectif du S.A.R., de bons labours sont exécutés dans les terres melk ( ). Les façons superficielles sont réalisées à l'aide de l'équipement individuel (charrues légères, herses) que le fellah possède ou peut acquérir par le moyen des prêts de la Société Agricole de Prévoyance (S.A.P.) Sur conseils des techniciens, l'emploi de bonnes semences et d'engrais s'est considérablement accru.
Avant l'intervention du S.A.R. et de son matériel, les rendements moyens étaient de 4 quintaux à l'hectare et la fumure minérale pratiquement inemployée. Dans la même région, et à la suite des conseils donnés, les agriculteurs musulmans obtiennent maintenant, à l'hectare, 10 quintaux de blé dur et 12 quintaux d'orge, moyennes normales en bonnes années avec des maxima de 18 quintaux.

Les efforts portent également sur l'olivier : l'entretien des arbres, la taille, la récolte etc...
Sur les banquettes du communal, plus de 10.000 plants d'oliviers ont été mis en terre depuis 1949. Là, où n'étaient que broussailles et ravinements, s'étalent des kilomètres de banquettes couvertes de cultures de céréales et de légumineuses (fèves, pois chiches..).

LES SYNDICATS AGRICOLES
Face aux innombrables problèmes de trésorerie des agriculteurs et du manque d'information par rapport à la France, le comité du comice agricole de Guelma se réunit le 28 mars 1892 sous la présidence de M. Regnier, le vice-président Bailleuil et les membres : Georget, Girault, Maudemain, Rouselle, Seguin, Varet, Boujol P., Boujol M., Ben Osman, Cheymol, Collant, Guillemet, De Courtois, Keller, Ponçan, Rouyet, Zuretti sont présents. A la suite de l'assemblée générale du 21 novembre 1893, la création d'un "Syndicat des Agriculteurs de Guelma" est décidée par les membres du comité ; tous en font partie. Les statuts se composent de 24 articles.
Le même jour est également créé la "Chambre Syndicale" qui décide de s'affilier à "L'Union des Syndicats des Agriculteurs de France" dans le seul but d'échanges fructueux et rompre l'isolement des agriculteurs sur les nouvelles techniques. Ces dernières seront améliorées et feront l'objet de brevets dont nous pouvons être fiers. ( )
Dans le cadre des missions de luttes engagées sous la responsabilité des "Syndicats de Défense", il convient de citer, en 1922, la lutte contre les étourneaux.
Mais c'est la lutte antiacridienne qui préoccupe surtout les colons. Depuis la haute Antiquité, l'Algérie connaît des invasions d'acridiens aux conséquences dévastatrices.
Après la conquête, en 1844, et les deux années suivantes, l'Algérie subit ses premiers envahissements de sauterelles. La région n'y échappe pas.
En 1845, l'invasion de l'acridium peregrinum est signalée depuis Sousse jusqu'à Orléansville.
Les sauterelles sont de retour en 1874, puis en 1881, 1882, 1883, 1885. En 1889, elles envahissent le département et la ville de Constantine puis à nouveau en 1954 et 1955. Guelma et la vallée de la Seybouse doivent supporter ces invasions successives.( )
Dans un bulletin agricole de 1899, le syndicat des agriculteurs annonce la préparation d'un concours régional et porte à la connaissance des gazettes que, conformément à la décision du 5 février 1899, la commission du "Syndicat d'encouragement à l'élevage" de la région fixe la date du concours au 4 juin à 8 heures pour :
1- Les juments suitées de poulains issus d'étalons du Syndicat hippique de Guelma ;
2- Taureaux et vaches issus de la "race Guelma" ;
3- Béliers et brebis (présentation d'un lot de 5 brebis et un bélier minimum). Les propriétaires sont priés de bien vouloir laisser sur l'épaule de leurs animaux une touffe de laine pour pouvoir juger de la qualité.
La présentation de tous les animaux aura lieu au marché aux grains.

"Le Comice Agricole" est également très actif. En 1904, il demande au préfet la destruction des rongeurs et des oiseaux et plus particulièrement les moineaux qui pullulent, mettant en danger les cultures. Outre les moineaux, les étourneaux saccagent les olivettes et enlèvent une partie notable de la récolte.
En 1905, le premier indigène, M. Mustapha Ben Osmane, entre dans la composition du bureau en qualité de membre dont le Président est M. Pierre Poujol ; le vice-président, Eugène Varet ; le secrétaire, Louis Mauchand ; le trésorier, Louis Champ et les membres du bureau : Georges Bouchet, André Dubois, Henri Guy, et Clouet des Perruches.
Enfin, le lundi 17 septembre 1928, une assemblée a lieu à la salle des fêtes organisée par la "Fédération des Associations de Colons" qui regroupe tous les agriculteurs de la région. A l'ordre du jour : "Eviter toute spéculation sur la vente des céréales". Son président, M. Génisson, propose :
- La création des docks ;
- Un groupement de commande d'huiles, essences, et pétroles pour tracteurs;
- Projet de construction de coopératives pour minoteries ;
- Protestation contre le régime de l'admission temporaire des blés et le trafic des acquits.
Une souscription est lancée le 21 octobre, et l'on peut lire l'encart suivant dans "Le Progrès de Guelma" :
"Colons, souscrivez aux docks coopératifs dans votre intérêt et dans l'intérêt général. Les listes d'inscriptions sont déposées au syndicat agricole ou chez M. Palluel".
Toutes les associations et syndicats agricoles travaillent de concert pour promouvoir, faire connaître et reconnaître les produits de cette activité. Un énorme travail est entrepris pour l'évolution de cette agriculture dont les résultats ne peuvent que concourir à la reconnaissance d'une profession de qualité, souvent pénible et pas toujours rémunératrice comme on a facilement tendance à le croire.

EN CONCLUSION Après cent trente-deux ans d'efforts continus, l'agriculture française en Algérie avait conquit ses lettres de noblesse.
Le goût de l'aventure et la recherche toujours mis en avant par nos valeureux agriculteurs leur permettaient d'être constamment à la pointe du progrès (n'ont-ils pas d'ailleurs, lors de leur réinstallation, souvent difficile, révolutionné certaines zones agricoles métropolitaines et corses ?). Nous savons ce qu'il est advenu de leurs efforts et de toutes les structures existantes abandonnées en Algérie en parfait état de marche. Aujourd'hui, l'agriculture algérienne n'est pas florissante et ne nourrit plus sa population. De belles parcelles cultivées jadis sont abandonnées, laissant renaître jujubiers et flore arbustive naturelle.
L'écrivain algérien Rachid Mimouni n'écrit-il pas, en 1992 dans son ouvrage "De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier" :
"La croissance de l'économie étant inférieure à celle de la population, il est clair que le niveau de vie ne peut que diminuer... Il est exclu que la production agricole puisse satisfaire la consommation nationale. L'Algérie importe actuellement 60% de ses besoins en produits alimentaires. Comme une peau de chagrin, la surface agricole utile n'a cessé de se réduire... Sur les hauts-plateaux, la couche de terre arable ne mesure plus que 10 centimètres. L'alfa qui nourrit les moutons, est devenu nain, alors que trente ans auparavant (en 1962) la plante montait à ceinture d'homme. Il faudra dix lustres pour reconstituer le terreau". ( ) Parlant par ailleurs de l'urbanisation anarchique sur des terres agricoles, il dit aussi :
"En tout état de cause, ces terres ont été soustraites de la surface agricole utile. Dans 20 ans, et si ces constructions anarchiques sont vigoureusement bloquées, la superficie cultivable ne représentera plus que 0,2 hectare pour chacun des cinquante millions d'Algériens. Dans 50 ans, l'eau des barrages ne pourra même pas suffire à l'alimentation en eau potable. Plus un hectare ne sera irrigué dans un pays semi-aride".

Site Internet GUELMA-FRANCE