Origine de l'élevage en Berbérie et dans la région de Guelma


             Il est à peu près certain que des boeufs domestiques existaient alors en Berbérie. A Khanguet el Hadjar, dans la région de Guelma, un bœuf, à cornes courtes, est tenu en laisse par un homme Ailleurs, plusieurs bovidés à longues cornes paraissent porter une sorte de bât ou de housse .A l'oued Itel, au Sud-Ouest de Biskra, des signes ressemblant à des lettres de l'alphabet libyque sont tracés sur le cou et la croupe de l'un d'entre eux : ce sont peut-être des marques de propriété Ces animaux domestiques étaient-ils issus de bovidés sauvages indigènes ? ou d'individus domestiques importés ? ou de croisements entre des bœufs étrangers et des bœufs indigènes ? Il nous est impossible de le dire.
             A l'exception du "Bos opisthonomus" de Pomel, nous ne connaissons pas les bœufs sauvages qui vivaient dans le pays à l'époque préhistorique.
             Nous manquons, d'autre part, de bons documents pour instituer des comparaisons entre les plus anciens bœufs domestiques de l'Afrique du Nord et ceux qui existèrent en Égypte et en Europe depuis des temps très reculés. Les bœufs domestiques fournissaient aux indigènes, comme les bœufs sauvages, leur viande et leur cuir. De leur vivant, ils pouvaient servir de bêtes de bât et de selle, et aussi de bêtes de trait, là où le chariot et la charrue étaient en usage. La production du lait se développe par la traite régulière, mais ce n'est pas, nous l'avons dit, une des principales qualités des vaches de Berbérie.

LE MOUTON
             Le "Babalus antiquus", fréquemment représenté sur les gravures rupestres, a-t-il été domestiqué, ou tout au moins dompté ? La puissante stature et la vigueur de ce buffle ne justifient peut être pas une réponse négative, surtout si l'on admet qu'il ait été identique à l'Arni, animal domestique en Inde. Nous venons de mentionner des gravures représentant des bovidés qui portent probablement un bât et qui pourraient être des buffles. Les ossements de suidés qui se trouvent dans les stations préhistoriques ont appartenu à des sangliers sauvages. Quant au porc, qui, dans l'Europe centrale, était domestiqué dès l'époque néolithique, nous n'avons aucune preuve qu'on l'ait élevé en Berbérie avant la domination romaine. Il n'est pas vraisemblable qui il y ait été introduit par l'intermédiaire des Libyens qui habitaient entre la vallée du Nil et la Tunisie, car ceux-ci, à l'exemple des Égyptiens, ne mangeaient pas de cet animal ;les Phéniciens s'en abstenaient aussi On distingue plusieurs " races " parmi les moutons qui vivent dans l'Afrique septentrionale :

1° des races dites arabes, à queue fine, à tête blanche, noire ou brune, répandues en Algérie et au Maroc, dans les pays de plaines : animaux robustes, sobres, dont la viande est bonne d'ordinaire, la laine généralement courte, tassée, plus ou moins fine et presque toujours entremêlée de jarre
2° la race dite berbère, qui se trouve dans les régions montagneuses de l'Algérie : petite, mal bâtie, à la viande coriace, à la laine longue, mais rêche et grossière ;
3° la race barbarine, dans l'Est de la province de Constantine, dans toute la Tunisie et au delà vers l'Orient : caractérisée par sa large queue, que termine une masse de graisse, dont le poids peut atteindre cinq kilogrammes ; la viande est le plus souvent médiocre ; la laine, qui recouvre presque tout le corps, est de qualité variable, rude chez la plupart des individus, soyeuse chez d'autres. Il y a eu naturellement un grand nombre de croisements entre ces divers groupes, Selon une opinion courante, la race barbarine aurait été importée par les Arabes. Il est certain qu'il existe depuis fort longtemps des moutons, à grosse queue dans l'Asie occidentale, mais il n'est pas moins certain que des animaux offrant cette particularité ont vécu en Berbérie dès les époques punique et romaine. On peut du reste se demander s'il convient de faire une race à part des moutons qui possèdent ce réservoir de graisse.

             La race " berbère " serait autochtone, ou du moins extrêmement ancienne. Parmi les moutons dits "arabes", la race à tête blanche aurait été introduite par les Romains, la race à tête brune par les Arabes, qui l'aurait amenée de Syrie. La première serait la souche des fameux mérinos d'Espagne : mais, en Berbérie, elle se serait abâtardie. Ce ne sont là que des hypothèses, très contestables. Nous mentionnerons encore des moutons de race soudanaise, qui vivent au Sud de la Berbérie, dans le Sahara. Ils ont le crâne étroit, le chanfrein busqué, les pattes hautes et fines ; leur corps est couvert, non d'une toison, mais de poils analogues à ceux des chèvres.Les chèvres indigènes actuelles sont en général de très petite taille, avec des poils long et noirs et des cornes dirigées en arrière; elles donnent peu de lait. Cette race est propre au continent africain, où elle a une grande extension, depuis, l'Abyssinie jusqu'à l'Atlantique. Quant aux chèvres, elles ne sont point venues d'Europe, ou l'on ne constate pas l'existence de la race naine africaine. Mais, comme cette race parait se rattacher à la chèvre égare, qui vit encore à l'état sauvage dans l'Asie occidentale, il est probable qu'elle a été importée par le Nord-Est de l'Afrique.
LES ANES
             Nous ne savons pas quel était l'aspect des ânes sauvages qui vécurent dans l'Afrique du Nord jusqu'en pleine époque historique. Des ossements d'ânes ont été recueillis dans quelques grottes à mobilier néolithique , mais il est impossible de dire si ces animaux étaient domestiqués. Les gravures rupestres ne nous donnent pas non plus d'indications certaines. L'âne domestique, issu d'un âne sauvage qui se rencontre encore dans le Nord-Est du continent africain, existait en Égypte dès le quatrième millénaire avant J.-C. Au XIIIe et au XIIe siècle, les Libyens établis entre la vallée du Nil et la grande Syrte possédaient des ânes. Il est permis de croire que les habitants de la Berbérie apprirent d'eux les services que pouvaient rendre ces précieuses bêtes de somme et de selle. Les ânes actuels appartiennent à une race qualifiée d'africaine, dont les plus beaux représentants se trouvent en Égypte. Ils sont petits, avec une tête forte, aux yeux grands et doux, une encolure mince, une crinière très courte, un dos court et tranchant, une poitrine étroite ; la robe est le plus souvent grise, comme celle des onagres de Nubie. Ils vivent vieux et montrent des qualités, remarquables de, docilité, de sobriété, d'endurance et d'agilité. Indépendamment des importations récentes, il y a en Berbérie deux types de chevaux, le barbe et l'arabe.Le cheval barbe a une tête assez forte, un front bombé, des arcades orbitaires peu saillantes, un chanfrein busqué, des joues fortes, des lèvres minces, une bouche petite, des oreilles minces et droites, une encolure arrondie et large, à crinière bien fournie, un garrot élevé, un dos et des lombes courts, une croupe courte et tranchante, une queue touffue, attachée bas, des membres forts, mais souvent assez mal plantés. La taille est peu élevée (1 m. 50 en moyenne). La robe est de couleur variable ; le gris domine. L'aspect général est lourd, sans élégance. Mais cet animal possède de grandes qualités : docilité, vitesse, vigueur, résistance aux privations et aux fatigues. Les barbes, dont le type pur est devenu rare par suite de croisements multipliés avec les arabes, sont apparentés à des chevaux qui ont existé ou existent encore dans le Nord-Est de l'Afrique.
LE CHEVAL
             Le cheval dit "arabe" a le front plat et large, les arcades orbitaires saillantes, le chanfrein droit ou légèrement concave, les joues plates, les narines plus larges que celles du barbe, les oreilles plus petites, la crinière moins abondante, mais plus fine. Les formes du corps sont sveltes, souples, d'une élégance et d'une harmonie qui n'exclut pas la vigueur. Cette race, dont les exemplaires les plus beaux sont en Syrie, se retrouve aujourd'hui dans tous les pays musulmans. C'est elle qui a donné naissance aux pur-sang anglais, par des individus exportés, au XVIIe et au XVIIIe siècle, soit de Turquie, soit des États barbaresques. Il n'est pas vraisemblable qu'elle soit originaire d'Arabie. Jusqu'aux environs de notre ère, les Arabes montaient des chameaux; plus tard, ils eurent des chevaux, qui durent venir surtout de Syrie et qui restèrent en petit nombre jusqu'aux conquêtes de l'Islam. En Berbérie, la diffusion de la race arabe, ou plutôt syrienne, ne parait pas dater de bien loin. On croit d'ordinaire, mais sans preuves, qu'elle n'a été introduite que par les musulmans, à partir du VIIe siècle. En tout cas, la plupart des monuments antiques qui représentent des chevaux de l'Afrique du Nord et les textes anciens qui les concernent semblent se rapporter à la race barbe. Depuis quand occupe-t-elle cette contrée ? Dans les stations paléolithiques, les seuls équidés dont les ossements puissent être déterminés avec certitude sont des zèbres. Nous n'avons aucune preuve que le cheval ait existé alors en Berbérie. Il est également absent ou très douteux dans les stations néolithiques les plus anciennes. Il ne se trouve que dans les couches supérieures des grottes. Il apparaît, mais rarement, sur les gravures rupestres du Sud oranais, contemporaines de l'industrie néolithique berbère. Sur l'une d'elles, un quadrupède, fort mal dessiné, mais qui ne peut être qu'un cheval, est " affublé, dit Pomel, d'une large ceinture, probablement en guise de selle ". Une seconde image non moins grossière, nous montre un autre cheval, portant une sorte de housse. On voit qu'il s'agit d'animaux domestiques. Un cheval, recouvert d'une grande housse et attaché à un tronc d'arbre, est aussi représenté sur un dessin du Sud du Maroc, qui semble bien, comme les précédents, appartenir à la série des gravures dites préhistoriques. Dans l'état actuel de nos connaissances, nous pouvons donc admettre que le cheval était étranger à la faune de l'Afrique septentrionale et qu'il a été introduit par l'homme à une époque assez récente.

-             Il est cependant fort douteux que la race des mérinos ait été, importée d'Afrique en Espagne et qu'elle ait été introduite dans ce dernier pays par les Maures. Il y eut en Espagne, sous l'Empire romain, de très beaux moutons, qui furent probablement les ancêtres des mérinos : Keller croit les mérinos originaires d'Asie Mineure. Ils auraient été transportés en Occident par les colons grecs. Duveyrier, signale des moutons à poil de chèvre en Nubie
             Une autre chèvre, élevée par les indigènes et meilleure laitière, est plus grande et sans cornes. Les chèvres maltaises, espagnoles et d'Angora sont des importations récentes.

          Nous savons que des Africains qui vivaient entre l'Égypte et la grande Syrte possédaient des bœufs au XIIIe et au XIIe siècle avant notre ère. Inscription de Ménephtah, à Karnak (boeufs du chef des Lehou) Boeufs-taureaux,: reproduction assez peu exacte . Dans le Tibesti, Nachtigal, signale des gravures rupestres représentant des bœufs, qui ont une corde enroulée autour de leurs cornes et dont quelques-uns portent des bâts. Mais il n'est pas certain que ces images soient de la même époque que les gravures préhistoriques de la Berbérie. A Khanguel el Hadjar, prés de Guelma, on remarque un signe analogue sur le corps d'un quadrupède qui a paru être un bœuf

              Selon Pomel, il y aurait eu en Berbérie, dès l'époque quaternaire, une espèce qu'il a appelé "Bos eurvidens", Elle parait, dit-il, avoir de grands rapports d'affinité avec le bœuf ibérique. "
             C. Keller croit que la race de Berbérie est originaire d'Asie et qu'elle a passé par l'Égypte ; elle se serait répandue en Europe soit par l'Asie Mineure, soit plutôt par le Nord-Ouest de l'Afrique.
             Le lion, le chacal, le sanglier, la gazelle, l’autruche apparaissent sur des dessins rupestres de la région de Guelma, qui ne semblent pas dater d’un autre âge que les gravures préhistoriques du Sud de l’Algérie.
             Sur les gravures de Khangnet et Hadjar, dans la région de Guelma, les personnages représentés tiennent soit un instrument coudé (hache emmanchée ? boomerang ? hoyau ?),soit un bâton courbe (boumerang ?), soit un objet qu’on a comparé à une raquette carrée : Il y a peut-être aussi des images de chiens à Ksar et Ahmar, à Tazina et à Guebar Rechim, dans le Sud oranais ; à Khanguet et Hadjar, près de Guelma ; On distingue plusieurs types, surtout ceux qui sont désignés sous les noms de race de Guelma et de race d’Oran.
             Cependant il est probable qui il s’agit seulement de variétés et que les boeufs de Berbérie sont tous apparentés étroitement : l’opinion la plus répandue les classe dans la race dite ibérique, qui se retrouve en Espagne, en Italie et dans les îles de la Méditerranée occidentale. observe qu’au rencontre encore fréquemment, dans la race dite de Guelma, des boeufs dont les cornes mont recourbées en avant, mais non pas au point de les forcer à paître à reculons.
             Khauguel el Hadjar, prés de Guelma.Il est à peu près certain que des boeufs domestiques existaient alors en Berbérie. A Khanguet el Hadjar, dans la région de Guelma, un boeuf, à cornes courtes, est tenu en laisse par un hommeDes gravures rupestres d’El Haria (à l’Est de Constantine), de Khanguet el Hadjar (dans la région de Guelma), de l’oued Itel (au Sud-Ouest de Biskra), du Sud oranais montrent des hommes et des femmes, se tenant debout ou fléchissant les genoux, les bras plus ou moins levés. Tantôt les mains sont ouvertes et vides; tantôt elles tiennent des objets qui sont le plus souvent difficiles à déterminer.On signale encore dans la région située entre Guelma et Constantine, des « dessins libyques », représentant deux chevaux, un boeuf à grandes cornes et peut-être un mouton :Il en était sans doute de même dans des temps plus reculés et, malgré l’absence de preuves, nous pourrions admettre que les gravures du Sahara, du sud marocain, peut-être celles du Sud oranais ont été faites par des noirs. Mais nous n’avons point les mêmes raisons de croire que des Éthiopiens aient tracé celles des régions de Constantine et de Guelma. Il n’y a pas à faire intervenir l’anthropologie dans cette question, pas plus que dans celle des dolmens et dans d’autres encore où elle a été imprudemment invoquée. L’exécution de ces dessins exigeait un travail long et pénible

Crédit :Georges-Alexandre Gauthier ; extraits et Bibliographie de Stéphan Gsell Membre de l'Institut Professeur au Collège de France à Alger

Collectif des Guelmois GUELMA FRANCE,