Les Productions Algériennes

- L'olivier, les olives et l'huile d'olive

Extrait des cahiers du centenaire de l'algérie Jean Blottière

L'oléiculture n'est pas une des moindres richesses de l'Algérie; c'est la plus ancienne peut-être. Elle fut introduite par les Carthaginois, bien avant l'ère chrétienne; les Romains la développèrent à tel point qu'il semble que c'est plutôt par ses huiles que par ses céréales que l'Afrique romaine mérita son nom de ( Grenier de Rome ).
Pendant la période barbaresque, l'Algérie exportait de grandes quantités d'huile; enfin, dès les premières années de la conquête, la colonisation française contribua largement à son amélioration et à son extension.

L'olivier est d'ailleurs, dans tout le bassin méditerranéen, une plante spontanée. L'oléastre, qui est sa forme sauvage, se rencontre à l'état d'essence dominante, ou en mélange avec d'autres essences, sur de vastes territoires forestiers; son greffage, qui se fait couramment, permet la mise en valeur de forêts ou de broussailles à peine productives.

Cet arbre, dans le bassin méditerranéen, se complaît dans les climats à hiver doux et pluvieux et à étés chauds et secs. Aussi peut-on considérer que le Tell algérien, dans toutes les altitudes comprises entre 50 et 1OO mètres, constitue son aire de végétation.
En Kabylie, il se rencontre, jusqu'à 1.000 mètres d'altitude, sur quelques versants montagneux tournés vers la mer. Dans la partie orientale de la colonie, l'aire de l'olivier se prolonge sur les Hauts-Plateaux, depuis Constantine jusqu'à Batna, les basses vallées de l'Aurès et Biskra.
On ne compte pas moins, dans toute l'Algérie, de 14 à 15 millions d'oliviers, dont les deux tiers environ sont cultivés. Plus de la moitié des peuplements (7 à 8 millions d'arbres dont plus des deux tiers sont en culture) se trouvent dans le département de Constantine, répartis dans les vallées de Soummam et de la Seybouse, d'El-Kantara à Philippeville, à Gastu et à Jemmapes, et dans les régions de la Calle, Batna, Guelma et Tebessa.
Le département d'Alger compte seulement 4 millions et demi d'arbres répandus dans toute la Kabylie; la proportion d'arbres cultivés est plus faible que dans le département de Constantine, et n'est guère supérieure aux trois cinquièmes du total.
Les peuplements sont moins importants encore en Oranie et n'atteignent pas 2.400.000 arbres. On les rencontre en particulier à Mostaganem, à Saint-Denis-du-Sig, à Mascara, Relizane et surtout Tlemcen, où ils constituent une véritable forêt. Là, l'effort de mise en valeur des oléagineux a été moins considérable, car on ne compte qu'un million d'oliviers cultivés.

Grâce aux bénéfices que procure l'olivier, grâce aussi à l'aide de l'administration, qui encourage par des primes les greffage et les plantations, l'essor de l'oléiculture est remarquable; tout permet de croire qu'il n' est pas près de s'arrêter : depuis 1913, le nombre d'oliviers s'est accru de plus d'un million d'unités, et cela malgré la guerre; en une année, de 1928 à 1929, cent mille arbres étaient greffés, cinquante mille étaient plantés.

Bien qu'elle ait été à l'origine une culture "indigène" l'oléiculture tente de plus en plus les agriculteurs européens, qui possèdent maintenant les deux cinquièmes des arbres: 5 à 6 millions d'oliviers, dont les sept dixièmes (4 millions) sont cultivés; la proportion est importante; elle s'accroîtra encore.

L'augmentation est beaucoup plus lente dans les peuplements appartenant à des indigènes; les trois cinquièmes seulement des arbres (5 millions et demi) sont susceptibles de produire. Sur les 9 à 10 millions d'oliviers cultivés, un certain nombre, nouvellement plantés ou greffés, ne sont pas encore entrés en rapport; les autres, 7 à 8 millions, fournissent chaque année une quantité d'olives variant entre 1 million et demi et deux millions de quintaux : le département de Constantine en produit à lui seul 1 million, celui d'Alger 4 à 500.000, celui d'Oran 2 à 300.000.

L'olive est employée à deux usages, dont le plus important est la fabrication de l'huile, l'autre la conserve.
C'est surtout vers la production d'huile qu'est orientée l'oléiculture algérienne : 90% de la récolte sert à cette industrie très active, qui compte plusieurs centaines de moulins, dont plus de cent sont de véritables usines dotées des appareils les plus perfectionnés. La production d'huile, qui est très variable, puisque, en ces quinze dernières années, on l'a vu osciller entre 150.000 et 500.000 hectolitres, s'établit en moyenne autour de 300.000 hectolitres.

La majeure partie de cette production est employée dans la consommation locale; les indigènes ne connaissent pas d'autre aliment gras; quant à la population européenne, originaire en grande partie du midi de la France, d'Italie ou d'Espagne, elle en absorbe une grande quantité.
Le surplus est exporté; les deux tiers vont en France; l'Italie, l'Angleterre, les Etats-Unis, le Maroc, la Tunisie se partagent le reste avec l'Allemagne, la Hol1ande, la Bulgarie, la Grèce, l'Extrême-Orient et l'Amérique du Sud.
Mais la production algérienne ne serait pas suffisante pour satisfaire aux besoins de la consommation d'une part, à ceux de l'exportation d'autre part, car on évalue la consommation annuelle d'un kabyle à 15 litres, celle d'un Européen à 12, celle d'un Arabe à 2.5; aussi l'Algérie doit-elle importer chaque année 150 à 200.000 quintaux d'huiles de graines. Elle réalise à cette opération un beau bénéfice, car les huiles de graines sont moins chères que les huiles d'olives, bénéfice qu'on peut évaluer de 80 à 100 millions par an.
L'industrie de la conserve présente aussi un sérieux intérêt. bien qu'elle soit loin d'avoir l'importance de l'huilerie.
Elle utilise environ 150.000 quintaux d'olives par an. Une centaine de mille (près du tiers de la récolte totale d'olives du département) sont produits en Oranie, où existent de nombreuses fabriques de conserves; les terres irriguées de Relizane. du Sig. de Perrégaux et de Tlemcen sont les régions de production de ces olives, Dans le département d'Alger, on récolte 40.000 quintaux. dans celui de Constantine, un peu plus de 10,000 Les populations algériennes, et notamment les Espagnols et les Italiens, font une importante consommation d'olives conservées; il reste néanmoins 20 à 30.000 quintaux libres pour l'exportation, et qu'achète surtout la France.
Les exportations algériennes d'huiles et de conserves d'olives ont atteint, en 1928, 176 millions.

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