L'AGRICULTURE EN ALGÉRIE

       Á la mémoire de mon père monsieur Louis Borg, chef de culture à l'Ecole d'Agriculture de Guelma de 1927 à 1954 et de tous les professeurs et chercheurs qui ont œuvré pour le bien de l'agriculture algérienne, et pour Mélanie Martinez, notre petite fille, Ingénieur Agronome

L'ŒUVRE AGRICOLE FRANÇAISE EN ALGÉRIE

1830-1962

            A partir des blés Bidi, populations répandues dans l'est du Département de Constantine, notamment entre Constantine et GUELMA , ont été tirées de nombreuses sélections généalogiques dont deux ont eu un sort digne d'être noté : Bidi 17 et Oued Zenati 368, en raison de leur succès en Algérie et de leur utilisation en France. Il faut savoir que les blés Bidi, Bahi ou Gounod (ce dernier terme signalé par Perrot conseiller agricole et professeur à l'Ecole de GUELMA , étaient employés dans la région de GUELMA, représentant un ensemble de populations particulièrement bien adaptées aux terres noires et fraîches de l'est Algérien: à ces populations se rattachent les Mahmoudi de Tunisie, qui comme les blés Bidi, sont des leucomelan, à ne pas confondre avec les blés Mahmoudi algériens appartenant à la variété botanique Melanopus.
Bien que très voisin de Oued Zenati 368 et ayant sensiblement le même comportement, Bidi 17 se montrait cependant plus sensible à la rouille noire, tout en étant plus résistant que Hedba.
Il était à recommander dans les terres fraîches et riches comme celles de GUELMA .

Dans cette région, il a une productivité légèrement supérieure à celle de l'Oued Zenati 368, mais il fournit un grain plus foncé et plus mitadinant(l) (accident physiologique du blé dur diminuant sa valeur semoulière qui le rend moins apprécié du commerce.

Cette variété de grande culture était appelée, dans de nombreuses situations, à céder la place à Oued Zenati, de valeur générale agricole et industrielle supérieure.
L'Oued Zenati 368 (var. leucomelan Al.) malgré la date récente de son obtention (sa diffusion elle-même a commencé en 1936) couvrait de vastes surfaces dans les départements d'Alger, d'Oran et dans l'ouest Constantinois. Sa sélection est surtout dûe au professeur Laumont
Très légèrement plus précoce que Hedba 3, il s'en distinguait non seulement par sa résistance à la verse, mais surtout par sa résistance à la rouille noire (remarquée en 1936, lors de l'extension considérable de ce parasite, et qui incita à sa diffusion). Par ailleurs ses exigences hydriques et culturales supérieures à celles de Hedba 3 le désignaient surtout pour les régions de bonne pluviomètre et les terres fraîches, fertiles et bien travaillées.
En raison de son grain lourd et gros, il demandait à être semé plus épais que les blés durs ordinaires (110-130 kg/ha).
La qualité de son chaume court et rigide, très peu ou pas versant, jointe à son comportement vis-à-vis de la rouille noire, fait qu'il convient particulièrement aux terres noires ou foncées, riches, d'Aïn-Témouchent, du Tessalah, de Tlemcen, de Kabylie, du nord sétifien, du Tell nord constantinois, de GUELMA
Il est à recommander en Mitidja et dans les plaines littorales, d'où il a chassé pratiquement toutes les variétés anciennement cultivées; il donnait d'excellents résultats à l'irrigation dans le ChélifI et à Perrégaux.
Enfin il fournissait un grain très peu sensible au mitadinage et bon semoulier (malgré une teinte un peu plus foncée que celle du Hedba, mais cependant plus claire que celle du Bidi 17) avec des rendements plus élevés que celui du Hedba.
L'Adjini 9 (var. leucomelan) et Adjini (var. leucomelan) étaient des sélections anciennes de L. Ducellier parmi les multiples formes des blés Adjini qui se rencontraient dans les cultures indigènes de l'ouest constantinois. Elles étaient appréciées pour leur rusticité et convenaient en effet aux terres de fertilité moyenne ou faible, mais ces variétés indigènes utilisaient malles terres riches et leurs rendements restaient moyens.
De plus ils craignaient l'excès d'humidité et ils étaient très sensibles à la rouille noire, ce qui expliquait leur faible extension, malgré des grains recherchés par les industriels en raison de leurs qualités semoulières.
Mohamed ben Bachir 8037 (var. apulicum Korn.) sélection ancienne (1907) réalisée par L. Ducellier à l'intérieur de la vieille variété locale de ce nom répandu dans le nord de Setif, se montrait plus résistante à la verse que le blé de pays, plus productive, moins mitadinante, d'excellente qualité semoulière : elle était malheureusement très sensible à la rouille noire. Dans la région qui lui convenait, elle devait être employée concurremment avec Oued Zenati 368.

Les blés durs précoces : Les sélections précédentes, choisies parmi les plus importantes (le cadre restreint de ces notes ne permettant pas de les envisager toutes) étaient dans leur ensemble adaptées aux principales conditions de l'Algérie ; cependant presque toutes étaient tardives et risquaient les accidents d'échaudage à propos duquel a été évoquée l'obligation de recherches des blés précoces.
Si les variétés précoces de blé tendre sont d'acquisition déjà ancienne, l'obtention des blés durs précoces est assez récente, car, au début tout au moins, les sélectionneurs ont dû utiliser des géniteurs originaires de l'est du bassin méditerranéen : Kokini de Chypre, blés Palestiniens ou le fameux blé Bouteille (introduit en Algérie en provenance du Maroc, mais d'origine incertaine, grâce à M. Bouteille, agriculteur à Pont de l'1sser en Oranie).
Mais tous ces blés avaient le grave défaut de manquer des qualités industrielles exigées d'un bon blé dur et conféraient à leur descendance un 'excès de précocité. Aussi étaient-ils dangereusement sujets au gel de l'épi, au printemps, dans les zones d'altitude, domaine normal du blé dur.
L'idéal recherché est celui d'un blé tardif-précoce : tardif dans les premières phases du développement, précoce au moment de la maturation (tardivo-précoce de Dionigi).
Parmi les nombreuses descendances issues des multiples croisements de divers hybrideurs entre Oued Zenati 368 et Dur Bouteille, la lignée 13 953 a été fixée à la Station Centrale de Maison-Carrée à partir du croisement réalisé par G. Cunin.
Le Zenati x Bouteille 13 953 leucomelan aussi précoce que le Florence x Aurore échappait aux accidents de fin de végétation et pouvait donc réussir dans les zones chaudes des plaines sub-littorales (Haut-Chéliff, Chéliff) sans le secours de l'irrigation; il a d'ailleurs connu dans ces conditions un grand succès.
Malheureusement sa trop grande précocité l'exposait aux gelées tardives de printemps et l'éliminait des zones d'altitude.
En outre, dans les zones moins élevées, les pluies d'avril-mai l'exposaient à de sévères attaques de rouille jaune.
Malgré un chaume court, plein, avec des nœuds vigoureux, il est sensible à la verse, et, sous l'action des pluies tardives, les grains présentaient un aspect terne et lavé, d'une très mauvaise valeur commerciale (grains lavés).
Le Saba, issu plus récemment du croisement Syndiouk-Mahmoudi Tunisien par Zenati x Bouteille présente un certain nombre d'avantages sur le Zenati x Bouteille 13 953 qui l'a précédé. Il n'a que 8 jours de précocité sur le témoin Hedba 3 à Maison-Carrée, ce qui lui confère des zones d'adaptation plus étendues en ce qui concerne les risques de gelées de printemps. Il est en outre plus résistant aux rouilles, à la verse, et son grain souffre moins du risque de "lavage". Sa multiplication commencée en 1952 (il figurait sur le "catalogue des blés durs rencontrés et cultivés en Algérie" en 1961) et sa diffusion ont été interrompues par les événements.
ll. L'amélioration des orges:
L'importance de l'orge en culture traditionnelle (cf.l'introduction) justifiait les travaux de sélection dont cette céréale a été l'objet Son importance s'expliquait par sa rusticité et sa compacité qui déterminaient son excellente adaptation aux conditions algériennes. Elle se comportait mieux que les autres céréales aussi bien sur le littoral que dans les montagnes de l'Aurès jusqu'à 1.800 mètres d'altitude, dans les Hautes Plaines de l'intérieur à pluviométrie inférieure à 350 mm que dans les oasis des territoires du Sud grâce à l'irrigation.
Sa précocité la faisait mûrir 35 à 45 jours avant les blés durs ou les blés tendres de pays (voir plus haut) : elle échappait donc à la sécheresse.
Lorsque les conditions climatiques de l'année étaient favorables, l'Algérie se trouvait devant des stocks importants, qui autrefois pouvaient s'exporter vers les brasseries du nord de la France, qui plus récemment, embarrassaient les Sociétés Indigènes de Prévoyance qui ne savaient comment les valoriser ..
Les brasseries algériennes s'intéressant à ces orges, il fallait songer à améliorer leurs qualités brassicoles et l'homogénéité des grains.-
En outre, les cultures comportaient des mélanges de types différents et de comportements variables au point de vue productivité.
DuceIlier avait déjà décelé dans ces mélanges la présence de trois variétés botaniques différentes, expliquant l'hétérogénéité des récoltes.
Des orges à six rangs ou hexagonales (hordéum hexatichum L.),
des orges à quatre rangs ou carrées (hordeum tetrastichum L.), les unes à grains nus, les autres à grains vêtus (les plus répandues), 3) des orges à deux rangs, non répandues et provenant d'introductions.
1) Sélection dans les orges à six rangs
Bien que, d'une façon générale, les orges hexagonales craignent davantage le vent et l'échaudage, la Station d'Amélioration des Plantes de Maison Carrée a isolé un certain nombre de sélections généalogiques intéressantes:
- parmi les populations d'orges cultivées chez M. Martin, agriculteur avisé de Zégla en Oranie, a été isolée l'orge Martin N°839, très voisine par sa compacité du type hexagonal. Il s'agit d'une variété très productive, assez rustique, mais à grains relativement durs nécessitant le concassage avant l'incorporation dans les rations des animaux.
Elle réussissait dans le Chéliff, dans le Sersou de Vialar et en Kabylie.
- Dans le groupe des Tichidrett de Kabylie, très estimées traditionnellement pour leur grain clair, à enveloppes relativement fines, à fort pourcentage d'amande, et convenant bien pour la confection de galettes, ont été reprises par sélection généalogique les Tichidrett 3265 et 3270.
Ces lignées, en raison de leur haute possibilité de rendement et leur résistance à la sécheresse, étaient en cours de diffusion avant 1960 dans les régions de Sétif et Chateaudun du Rhummel, ainsi que sur les Hauts Plateaux Algérois du Sersou.
2) Orges à quatre rangs (Hordeum tetrastichum Kôm. var. pallidum A.).
Epi à section carrée et à faible compacité, à grains vêtus.
Ce sont ces types qui forment le fond des cultures et qui constituent la majeure partie de ce que l'on appelle commercialement les orges d'Algérie, assez voisines de l'escourgeon.
C'est parmi ces types que L. Ducellier a isolé les orges 42, 48 et 183 qui représentent les premières sélections mises en grande culture en Algérie: -l'orge 42 (ou 1 AA 42) est une variété passe-partout, mais elle est surtout utilisée à Perrégaux: c'est elle qui a été longtemps utilisée comme témoin dans les essais variétaux avant d'être remplacée par 1'0.183.
- l'orge 48 (ou 1 A A 48) était surtout répandue dans la région d'AïnTémouchent
-l'orge 183 (O. Saïda 183) légèrement plus précoce a remplacé peu à peu '- les précédentes en raison de son aire d'adaptation assez vaste: Chéliff, Sersou de Vialar et de Burdeau, Kabylie, plaine d'Oran, Aïn-Témouchent, Tlemcen, Sidi-Bel-Abbès, Mascara, Saïda, Tiaret, Montgolfier, PrévostParadol, Relizane, Sig, Mostaganem, Dahra, Sétif, Tell nord constantinois (Recljas, Ain Régada, Oued-Zenati), Q!!.~II.!!ê? Bône. .
- l'orge S - 8 - E (sélection Deloye à l'école de Sidi-Bel-Abbès) était très estimée dans la région de Sidi-Bel-Abbès pour ses épis et ses grains plus os, sa rusticité, et sa paille un peu moins versante.
-l'orge Condorcet était à l'origine une sélection de Perrot conseiller agricole et professeur d'agriculture à l'école de GUELMA. Elle a été reprise plus récemment sous le numéro 3577 ; elle convenait bien dans l'est constantinois.

Conclusion:
Dans leur brièveté, ces lignes évoquent seulement les grands axes des progrès de la céréaliculture algérienne dont l'organisation centrale se trouvait à l'Institut Agricole d'Algérie (Ecole Nationale Supérieure Agronomique). Mais en ce qui concerne la vulgarisation des nouvelles variétés, il ne faut pas oublier qu'en dehors du réseau des Stations expérimentales du Service de l'Expérimentation (dont certaines étaient dirigées par des anciens élèves de Maison-Carrée) existaient les écoles d'agriculture de Sidi-Bel-Abbès, d'Aïn-Témouchent, de Philippeville, de GUELMA dont les enseignants se sont intéressés à la sélection ; les premiers Bidi sont nés à GUELMA les premiers blés durs précoces à Témouchent et Sidi-Bel-Abbès en même temps qu'à Maison-Carrée. Elles ont en outre fourni, pour certaines d'entre elles, des élèves pour Maison-Carrée, plus proches peut-être du milieu rural.
L'Algérie était pourvue d'un réseau d'écoles dont professeurs et élèves représentaient des techniciens aptes à propager, avec les services agricoles départementaux, les variétés nouvelles.
Ce n'est pas sans amertume que l'on entreprend de retracer l'histoire des progrès de la céréaliculture algérienne. Plusieurs stations expérimentales ont été attaquées et dans certaines de ces stations, des sacs de semences de céréales sélectionnées (souches de départ) prêts à l'expédition ont été brûlés.

L'ŒUVRE AGRICOLE FRANÇAISE EN ALGÉRIE
Beaucoup de décideurs n'ont vu l'agriculture en Algérie qu'au travers des articles publiés en Métropole.

Entre 1830 et 1962 des agriculteurs autochtones ou européens d'origine ont participé, selon leurs moyens, à cette œuvre agricole française. Ils ont apporté un attachement viscéral à leur terre, leurs animaux, leurs arbres, figuiers ou oliviers des monts de Kabylie.
Alors que l'on s'étonne aujourd'hui que deux ethnies n'aient pu se rencontrer en Algérie en dépit de 132 ans de présence française, cet ouvrage met en évidence que : villages, champs, associations et coopératives agricoles servaient de cadre à des échanges d'idées et de services entre colons et fellah.
Par l'exaltant travail de chercheurs, de médecins, d'ingénieurs, ce bled algérien aux mille facettes était cependant devenu en 1962 un moderne pays agricole.
En 1957, dernières statistiques valables avant l'indépendance, le rendement moyen de l'Algérie, toutes céréales confondues, était de11,9 quintaux à l'hectare, en culture européenne et de 4,9 quintaux à l'hectare, chez les fellah. Pour la période 1969-1971, selon un rapport de la F.A.O., le rendement moyen de l'Algérie pour toutes les céréales était de 1,6 quintal à l'hectare.
En 1962 la tâche était cependant loin d'être achevée, l'eau maîtrisée, mise en réserve derrière les barrages, dispensée en abondance, n'avait pas encore produit les résultats escomptés.
Rédigé par des ingénieurs, des médecins et des techniciens, ce témoignage veut rendre hommage à toutes les nombreuses et obscures victimes, musulmanes, israélites ou chrétiennes, sans aucune exception, qui, dans un champ ou au détour d'une route, ont trouvé la mort alors qu'elles travaillaient à entretenir la vie.

Site Internet GUELMA FRANCE