LES CULTURES INDUSTRIELLES EN ALGÉRIE

En un siècle de présence française, l'agriculture en Algérie est passée de l'époque de la féodalité à l'ère moderne
1848-1948

En un siècle l'agriculture en Algérie est passée de l'époque de la féodalité à l'ère moderne, dans le Constantinois, la superficie cultivée était estimée en gros au sixième de la superficie totale possédée par les tribus. Les céréales constituaient les principales productions, mais les procédés de culture restaient primitifs avec comme instruments l'araire et la faucille. Le labour était superficielle un grattage de la terre donc des sillons peu profonds. Quand au rendement ils étaient des plus médiocres.

Dès 1848 les colons ont introduit sur le sol algérien une nouvelle façon de cultiver les céréales en introduisant une semence ignorée des arabes ; le blé tendre. Non seulement ils introduisirent de nouvelles variétés, mais aussi des plantations inconues

C'est en 1857 que furent introduites les premières moissoneuses batteuses à vapeur

LA RAMIE
La culture de ramie est entrée dans l'histoire ; plante textile appelée également ortie de chine cultivée en extrême orient et aux Etats Unis pour ses longues fibres très résistante non urtiquante. Bien qu'ayant disparue depuis la première décade de ce siècle environ, elle n'échappe pas à la règle. Guelma se prête à toutes les productions et toutes les expériences y sont tentées. Après l'apparition du phylloxéra qui détruit les vignobles en France d'abord, en Algérie ensuite, des cultures plus rémunératrices sont à l'ordre du jour. Ainsi, le choix de productions nouvelles se porte sur une plante industrielle dont les essais remarquablement concluants ont été tentés. Elle croît par touffes épaisses formées par de nombreuses tiges droites atteignant 1,5 à 2 mètres selon la nature du sol et le climat. Les industries textiles européennes font de nombreux essais avec ses fibres et concluent aux possibilités de remplacement du chanvre et du lin d'autant que les Anglais les utilisent depuis longtemps dans les mélanges avec la laine et la soie. Quelques filatures françaises l'ont déjà mis en oeuvre. Ses variétés sont très nombreuses mais les deux principales introduites en France, en Espagne et en Algérie sont la ramie blanche (Curtica Nivea), ainsi nommée à cause de la couleur argentée du revers de ses feuilles et la ramie verte (curtica utilis ou Tenacissima).

LE COTON
Plusieurs lettres de 1849 font état de graines de semence et de culture du coton. Cependant, cette production, connaît un succès éphémère. Un arrêté du 2 mars 1855 décide l'attribution de prix aux meilleurs exploitants. Le 11 janvier 1856, le jury chargé de la vérification des plantations de coton propose des prix dont trois sur les quatre premiers, sont attribués à des agriculteurs musulmans du cercle de Guelma.

Manifestement, ces récompenses ont un effet favorable sur la population arabe car, dès le 10 avril suivant, de nouvelles graines de coton sont envoyées en recommandant :
"de sélectionner les planteurs indigènes qui, par leur intelligence, leur bonne volonté à adopter nos méthodes de culture seront les plus aptes à concourir pour l'obtention de prix. Compte tenu de l'état d'esprit de la population, d'établir un état numérique par fractions de tribus, indiquant le nombre d'hectares prêts à recevoir les graines de coton :
1er Louisiane courte soie ;
2éme Géorgie longue soie"

La production de cette plante textile est abandonnée au profit d'autres cultures sans doute plus rémunératrices. Elle s'installe et persiste dans les immenses plaines de Bône, toujours visible depuis la route Guelma-Bône et cela jusqu'à la fin de la présence française dans ce pays. "La Cotocoop", organisme spécialisé, est créé à Bône et commercialise ce produit pendant de longues années.

Pourtant, au cours de la guerre 1939-1945, les agriculteurs sont encouragés à reprendre cette culture en raison de la pénurie de textile. Des incitations sous forme de "bons de tissus" inclinent quelques agriculteurs à relancer la production. Cette courte expérience finit avec la fin du rationnement et nous ne connaissons plus de culture de coton dans tout l'arrondissement.

LE TABAC
Le tabac prit de l'importance dès 1850. En 1923, des zones de plantation se dessinent. La culture du tabac prend une grande extension dans toute la vallée de la Seybouse et sur les bas coteaux limitrophes. Ce tabac de type "Cabot" est toujours considéré par les experts comme un tabac de qualité, dont la couleur claire permet de faire des coupages avec les tabacs d'aspect foncé de certaines régions de la plaine de Bône. Sa culture est pratiquée d'une façon rationnelle par les agriculteurs et nécessite certaines installations. Les producteurs utilisent des séchoirs rustiques ou industriels.

La culture du tabac est délicate non seulement dans la conduite de sa culture mais surtout après la récolte des feuilles, qui, enguirlandées, nécessitent un séchage, de nombreuses manipulations et une surveillance constante afin d'éviter d'une part les moisissures nuisant à la qualité du produit, d'autre part un certain taux de siccité qui les rend friables. Puis intervient le "manoquage", opération qui consiste à rassembler et à attacher, selon une certaine technique, un lot de feuilles sèches. Enfin, après de longues journées de travail, ces manoques, ensachées sont livrées.

L'action de moniteurs qualifiés et de la S.A.P., l'acquisition ou la location de séchoirs métalliques, permettent d'améliorer sensiblement les techniques et d'obtenir une qualité supérieure. Dans les années 1961, une maladie cryptogamique, le "Mildiou", s'abat sur tous les semis de tabac. Non traité, ce champignon attaquant feuilles et plantes, cause de réelles pertes de cultures. De grandes opérations de luttes sont entreprises par une mobilisation générale de tous les moniteurs agricoles de la S.A.P. encadrés par le Service Agricole de l'arrondissement, afin d'enrayer cette grave maladie contagieuse. Des semis entiers de cette plante sont ainsi détruits dans certains cas graves de contamination.

Le tabac, dont la culture exige beaucoup de travail est entièrement livré à la Tabacoop, organisme chargé de sa commercialisation, situé à Bône.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE