LA COMMUNE MIXTE DE JEMMAPES

L'article qui suit est extrait de la revue " L'Afrique du Nord illustrée ", laquelle bénéficiait d'une importante audience... d'Agadir à Carthage.
Ils ont paru en 1930, année de la célébration du Centenaire de l'Algérie. Nous aurons l'occasion -dans les numéros à venir -de présenter d'autres extraits de ce périodique, consacrés à différents centres et activités de notre terroir .

La commune mixte de Jemmapes, constituée par arrêtés gouvernementaux des 15 octobre 1874 et 30 mars 18&5, s'étend sur une superficie totale de 124 906 hectares et comprend une population de 30 744 habitants (580 Européens et 30 164 Indigènes).
Ce territoire -qui touche, au nord, la mer -est limitrophe des arrondissements de Bône (Edough mixte), Guelma (Oued-Cherf mixte), Constantine (Oued-Zénati, Khroubs, Condé-Smendou) et des communes d'El-Arrouch, Gastonville, Saint.Charles et Philippeville. Il englobe en outre, entre ses centres et ses douars, les territoires de Jemmapes et de Gastu plein exercice.
Le chef-lieu de cette circonscription administrative est fixé à Jemmapes-ville depuis déjà de longues années. Cette commune mixte s'étale sur une région montagneuse du Tell, coupée de vallées plus ou moins larges. La colonisation européenne s'est développée dans les parties plates ou moyennement accidentées.

De grandes superficies sont recouvertes de forêts de chênes-lièges (qui constituent une richesse et une parure pour la région) ainsi que de végétations arbustives qui sont utilisées pour le pâturage des troupeaux, très nombreux et importants. Le cheptel total est évalué à 20000 bovins et à 30000 ovins.

Quatre centres de colonisation ont été créés sur ce territoire.

Le plus ancien en date (2 avril 1871) est celui de La Robertsau. Il fut créé au lendemain de la guerre de 1870 et peuplé par les Alsaciens- Lorrains. Ce coquet village, situé sur l'éperon constitué par le confluent de l'oued Fendeck et de l'oued Ouldja, doit sa vitalité actuelle à l'énergie de quelques colons descendants des premiers immigrants. Les vignobles de La Robertsau produisent un vin excellent; l'eau de vie de marc extraite des résidus de la vinification peut faire concurrence à celle de Jemmapes. L'olivier pousse naturellement, et de nombreuses olivettes ont été constituées en greffant les sauvageons. Aus- si, existe-t-il deux huileries qui, pendant les années d'abondance, produisent une huile très estimée.

Après La Robertsau, furent créés les deux centres d'Auribeau, anciennement Aïn-Cherchar (décret du 16 septembre 1874) et celui de Lannoy, anciennement Djendel (décret du 28 octobre 1874). Tous deux sur les rives de l'oued Fendeck, leur vie économique s'est développée parallèlement avec les mêmes périodes de prospérité et de difficultés, notamment la crise phylloxérique d'abord, puis la mévente des vins.
Actuellement, chacun d'eux possède une belle cave coopérative qui constituera, pour leurs vignobles en pleine croissance, une cause certaine de prospérité; d'autant qu'avec les perfectionnements de la vinification, leurs vins déjà appréciés, seront encore plus recherchés à l'avenir. Là encore, de nombreux oliviers sauvages peuplent les parties non défrichées et leur mise en valeur, poursuivie sans relâche, viendra encore augmenter la riches générale. Dans ces trois centres, la culture des céréales, tout en ayant une grande importance, cède le pas devant la viticulture qui est la principale source de revenus. Enfin, le dernier créé des centres de colonisation est celui de Roknia, situé à 45 kilomètres de Jemmapes, sur la route d'Hammam-Meskoutine (création en 1908).
Situé dans une partie élevée de la commune mixte, constitué par des terres de première qualité, Roknia a été favorisé, dès ses débuts, par les rendements moyens obtenus, qui sont rapidement devenus rémunérateurs grâce aux prix avantageux pratiqués pour les céréales et les légumineuses. Mais ce qu'il faut admirer -dans ces quatre centres comme dans les fermes isolées, nombreuses dans la commune -c'est le courage et la confiance dans l'avenir qu'ont apportés les premiers pionniers qui ont su mettre en valeur un terrain couvert de broussailles aux racines profondes, et le transformer en une terre de culture où il paraît tout naturel de voir pousser aujourd'hui des récoltes, alors qu'autrefois on ne pouvait y trouver que des broussailles, des chênes- lièges ou des pierres. Ajoutez à ces difficultés du terrain, l'insalubrité du pays à cette époque, l'insécurité dans la région où les bandits comme Bouguerra étaient nombreux et où le colon devait conserver le fusil à l'épaule pendant qu'il tenait le mancheron de la charrue, et vous aurez une idée des difficultés journalières des premiers colons de la commune mixte de Jemmapes. Quelques chiffres de statistiques permettent de se rendre compte de la participation de cette unité administrative dans la richesse économique de l'Algérie. La superficie totale du vignoble est de 532 hectares. La production en vin a été de 44 000 hectolitres en 1924, 44 300 en 1925 et 21300 en 1926, réduite, cette année-là, à la suite du sinistre de grêle survenu en avril, qui a anéanti la récolte du vignoble de Lannoy; par suite aussi de la sécheresse qui a diminué les rendements. La production de céréales par les Européens est évaluée comme suit: blé 5 000 quintaux, orge 1 000 quintaux, avoine 3 000 quintaux. Il faut ajouter à ces productions la culture du tabac qui a prix une extension importante dans la commune mixte, celle du maïs et celle des légumineuses (pois- chiches, fèves, lentilles) récoltées surtout dans la région de Roknia. La commune mixte comprend aussi vingt douars où se trouve répartie une population vivant de l'agriculture et de l'élevage du bétail. Au contact des méthodes employés par les Européens, les cultivateurs indigènes ont amélioré leurs antiques méthodes de culture. Cette amélioration est d'autant plus sensible que les fellahs habitent plus près des centres de colonisation et des fermes européennes.
Une autre mesure qui aura des conséquences heureuses au point de vue du développement de la vie économique réside dans l'ouverture des chemins d'accès et la construction de ponts.

Les principales ressources des indigènes de la commune mixte résident dans l'élevage des bestiaux (19 000 bovins appartiennent aux indigènes), la production des céréales (40 000 quintaux de céréales), la fabrication du charbon de bois, les olives, le tabac, l'exploitation des forêts. On peut évaluer à 30 000 le nombre de quintaux de char- bon fabriqué chaque année par les indigènes. Il reste à signaler enfin l'étendue considérable re- couverte de chênes-lièges dans la commune mixte': Un chiffre suffira à préciser cette importance. En 1926, il a été fait des demandes d'exploitation de chênes-lièges pour le total de 76 000 quintaux. Il semble qu'une industrie de liège pourrait, avec succès, venir s'installer dans la région. Enfin, la commune mixte comprend une minière importante de kaolin, au Djebel-Debbaar, à 15 kilomètres de Roknia, exploitée par une société minière qui a créé - là- un véritable village.
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Collectif GUELMA FRANCE 2006