CAHIER DU CENTENAIRE DE L'ALGÉRIE

Les productions agricoles

1. - Les céréales
De toutes les productions algériennes, les céréales sont à beaucoup près la plus importante. Elles constituent la base même de l'alimentation des populations tant européennes qu'indigènes; sans peser très sérieusement sur le marché mondial des céréales, l'appoint de l'Algérie n'est pas négligeable, et apporte son contingent au commerce d'exportation. A ce titre, les céréales ont joué un grand rôle dans le développement de la prospérité économique du pays.

Leur aire de culture s'étend depuis le littoral jusqu'à la limite des Hauts-Plateaux. Limitée autrefois à une étroite bande de terre proche de la côte, elle a reculé peu à peu devant l'extension de cultures plus riches. plus appropriées à la douceur du climat: primeurs, orangeries, etc.. En s'éloignant de la mer, la céréaliculture a trouvé. dans des régions plus élevées, au climat plus rude, un milieu plus en r apport avec ses besoins: c'est là, dans la dépression médiane de l'Atlas Tellien, depuis Tlemcen jusqu'à Souk-Ahras, en passant par les régions de Sidi-Bel-Abbès, de Médéa, d'Aumale, de Bordj-Bou-Arréridj et de Sétif, que se rencontrent les plus belles terres à céréales qui constituent une des plus grandes richesses de l'Algérie Ces terres à céréales débordent jusque sur les Hauts-Plateaux où le milieu est encore favorable: le Sersou, Boghari, au Nord des Hauts-Plateaux algérois, la région de Batna, sur ceux de Constantine, donnent encore de belles récoltes.

Les céréales occupent en Algérie plus de 3 millions d'hectares: 1.400.000 sont dans le département de Constantine; 900.000 dans celui d'Alger, 7OO.O0O en Oranie. Les emblavures y pourraient, certainement, être plus importantes, mais bien des terres sont encore en friches, el. de plus. la faible pluviométrie oblige les cultivateurs à pratiquer la jachère une année sur deux ou deux années sur trois, c'est-à-dire à laisser improductifs-la moitié ou les deux tiers de leurs terres, pour leur permettre d'emmagasiner l'eau nécessaire à la vie de la plante.

L'irrégularité du climat algérien, les variations extrêmes du régime des pluies exercent une très grande influence sur la production des céréales: en bonne année, si les pluies ont été suffisantes, on récoltera 20 millions de quintaux de grains: si elles ont été exceptionnellement abondantes et bien réparties, la récolte atteindra et pourra même dépasser 25 millions de quintaux. Si l'année a été particulièrement, mauvaise, les pluies rares et peu importantes, la production pourra tomber à 10 millions, parfois .. même descendre au-dessous de ce chiffre.
Ces variations considérables sont heureusement assez rares; tout au plus se sont-elles produites quatre ou cinq fois pendant les vingt dernières années. Mais elles sont la cause que l'Algérie, qui exporte annuellement 4 à 5 millions de quintaux, parfois plus, peut devenir importatrice après une récolte déficitaire.

Les faibles productions, au surplus, seront de plus en plus l'exception. Les procédés perfectionnés de culture tendent en effet à se généraliser, non seulement chez les colons, mais chez les cultivateurs indigènes. Ceux-ci, longtemps réfractaires à l'adoption de nouvelles méthodes, ont dû, en présence des résultats meilleurs et plus réguliers obtenus par les Européens, se rendre à l'évidence. Ils abandonnent de plus en plus leurs primitifs instruments de culture pour des instruments d'un meilleur rendement: l'emploi des engrais s'intensifie: enfin, les labours préparatoires, qui consistent à maintenir la jachère en parfait état de propreté et d'ameublissement, sont chaque année plus importants.

Car les trois quarts des cultures de céréales appartiennent aux agriculteurs indigènes; mal cultivées, ces terres ont des rendements irréguliers, qui influent sérieusement sur la production totale; bien cultivées, elles fourniront une récolte plus abondante et moins sujette à variations. Sur 2300.000 hectares, les indigènes produisent 12 à 13 millions de quintaux; sur 800.000, les Européens en récoltent 7 à 8 millions: pour les premiers, le rendement est de 4 à 5 quintaux à l'hectare, pour les seconds de 8 à 10. Lorsque les cultures indigènes produiront autant que celles des colons, ce n'est pas 15 à 20 millions de quintaux que l'Algérie produira en moyenne c'est au bas mot 25 millions.
On aperçoit tout de suite l'importance que peut acquérir dans l'avenir la culture des céréales en Algérie: la valeur de la production passerait de moins de 2 à plus de 3 milliards, la valeur des exportations de 500 millions à 1 milliard au Moins C'est à cet accroissement des rendements par l'éducation agricole que s'emploie activement l'Administration algérienne, puissamment aidée dans cette tâche par les colons européens. Les résultats acquis sont déjà considérables, mais il reste encore beaucoup à faire ; à un accroissement de la production correspondra un accroissement du bien-être des populations indigènes.

Nous passerons maintenant en revue, les principales céréales cultivées en Algérie.

Blé.
Le blé couvre chaque année une superficie très voisine d'un million et demi d'hectares. C'est la plus importante des céréales algériennes, puisque près de la moitié des emblavures lui sont consacrées. La production atteint en moyenne 7 à 8 millions de quintaux, mais peut dans les mauvaises années, descendre au-dessous de 5 millions, et, dans les bonnes années approcher 10 millions.
Deux catégories de blé sont cultivées en Algérie: le blé dur qui domine et le blé tendre.

Blé dur.
- On peut estimer à 1.200.000 hectares les superficies consacrées au blé dur. C'est par excellence une culture indigène, car il est particulièrement adapté au milieu à la chaleur et au manque d'humidité.
La production annuelle atteint en moyenne 6 millions de quintaux et oscille entre 3 et 7 millions .
Les semoules de blé dur a1gérien, et particulièrement celles de la région de Médéa, des plateaux de Sétif et de la plaine du Chéliff, sont de toute première qualité.
Les fabriques de pâtes alimentaires du monde entier les recherchent et les exportations algériennes de blé dur, sous forme de grains ou de semoules, approchent 1 million et demi de quintaux.
Est-il besoin d'ajouter que le couscous, qui est à la base de l'alimentation des indigènes, pour lesquels il remplace le pain. N'est autre que de la semoule de blé dur?
La culture du blé dur a fait naître en Algérie une importante industrie: celle des pâtes alimentaires. C'est une branche très prospère de l'économie algérienne, qui non seulement suffit aux besoins de la consommation locale, mais encore fournit à l'exportation un contingent de 15 à 20.000 quintaux valant plus de 6 millions de francs.

Blé tendre.
- Contrairement au blé dur, le blé tendre est surtout une culture européenne. Les superficies, de ce fait, sont plus faibles, et oscillent autour de 300.000 hectares. Mais aussi les rendements sont plus élevés, et la production est supérieure à 2 millions de quintaux, avec des minima dépassant à peine 1 million et des maxima approchant 3 millions.
Les blés tendres d'Algérie, en raison de leur précocité, sont très demandés sur les marchés de consommation. Ce sont en quelque sorte des blés de primeur que la minoterie recherche dès leur apparition, car ils sont un précieux appoint à l'époque de la soudure, au moment où s'épuisent les stocks provenant de la dernière campagne et où n' ont pas encore été récoltés les blés en terre. Outre leur qualité, qui est excellente - car ils sont très riches en gluten c'est leur précocité qui en fait la réelle valeur économique.
Bon an mal an, l'Algérie en exporte 2 à 300.000 quintaux, mais, la production étant insuffisante pour satisfaire aux besoins locaux, doit en échange importer 400.000 à 500.000 quintaux.

Orge.
L'orge occupe 1.300.000 à 1.400.000 hectares, soit à peu près autant que blés dur et tendre réunis. La production, pour la raison que la culture en est presque exclusivement entre les mains des indigènes, est extrêmement variable; elle peut tomber à 4 millions de quintaux ou dépasser 11 millions; mais elle est, en année normale, de 7 millions de quintaux.
Le motif de la faveur dont jouit l'orge auprès des cultivateurs indigènes réside dans sa grande rusticité et son aptitude à s'adapter à des milieux trop arides pour le blé. Elle est employée en grande partie dans l'alimentation des autochtones et dans celle de leurs animaux. Mais ce n'est pas le seul emploi de l'orge d'Algérie: un important débouché lui est réservé pour la fabrication de la bière, à laquelle elle convient tout particulièrement. Un million de quintaux d'orge sont exportés d'Algérie, principalement pour cette utilisation.

Avoine.
- La culture de l'avoine, bien que moins importante que celle des autres céréales, n'en couvre pas moins 250.000 hectares, dont plus des deux tiers sont ensemencés par les colons européens. Elle tend d'ailleurs à prendre de l'extension, car ses débouchés s'accroissent chaque jour, tant dans la colonie qu' en France et à l' étranger.
En année moyenne, la production atteint 2 millions de quintaux; à part les récoltes déficitaires enregistrées dans les années qui ont suivi la guerre, elle s'écarte assez peu de ce chiffre moyen.
Le sixième environ de cette production (2 à 300.000 quintaux) est exporté en France et à l'étranger.

Autres céréales.
- Le blé, l'orge et l'avoine sont des céréales d'hiver, c'est-à-dire des céréales semées à l'automne ou au début de l'hiver; il faudrait, pour être exact, y ajouter le seigle; mais les faibles superficies qui lui sont consacrées - à peine un millier d'hectares - en font une culture négligeable, que nous ne citerons que pour mémoire.
Il en serait un peu de même des céréales d'été, semées au printemps lorsque les pluies ont été favorables. Elles couvrent au total - maïs, sorgho et millet - une vingtaine de mille hectares. Leur culture est d'ailleurs, depuis la guerre, en régression marquée.

Site internet GUELMA-FRANCE