L'Algérie exporte ses produits vers la France et l'Europe, mais.... c'était en 1924, aujourd'hui l'Algérie importe 200 000 à 300 000 tonnes de blé par mois »

L' AGRICULTURE EN ALGÉRIE
Campagne Agricole 1924·1925

L'année agricole 1924-1925, malgré ses débuts difficiles déterminés par une faible pluviométrie hivernale succédant à une longue période de sécheresse, s'est traduite, pour les cultures principales, par des rendements supérieurs à la moyenne.
D'une manière générale, l'automne fut assez pluvieux pour permettre aux cultivateurs d'effectuer la majeure partie des ensemencements dans de bonnes conditions; l'hiver, plutôt sec, s'est pourtant montré favorable à la végétation, sauf dans quelques régions (vallée du Chéliff et sud de Sétif en particulier), dont la récolte a été fortement compromise. Au printemps d'abondantes pluies ont favorisé, dans l'ensemble du pays, le développement des plantes cultivées. Les Hauts-Plateaux bénéficiaient encore des pluies au mois de juin. Les pluies du printemps et l'absence de siroco, jusqu'au milieu du mois de juillet, ont permis à l Algérie d'obtenir une récolte de céréales se classant parmi les meilleures de la dernière décade, après celles de 1918 et 1923 .

. Céréales.
Les semailles de céréales, d'abord favorisées par des pluies survenues en octobre, se sont ralenties à partir de novembre et ont dû être suspendues dès la fin décembre, époque à partir de laquelle des froids très vifs et une sécheresse absolue ont limité les ensemencements tardifs.
Les emblavures déjà levées ont été très éprouvées, en particulier dans la vallée du Chéliff, depuis Relizane jusqu'à Inkerman, et dans les arrondissements montagneux de Miliana et de Médéa.

Cette situation qui inspirait, dès les premier mois de l'année 1925 les plus vives inquiétudes sur le résultat de la récolte des céréales, s'est heureuse ment modifiée, grâce aux pluies de printemps, combinées avec une température relativement douce; les· rendements à l'hectare ont été satisfaisants et généralement supérieurs à ceux de l'année précédente.

Les cours des céréales se sont élevés progressivement depuis octobre 1924 jusqu'à la récolte de 1925,les blés tendres sont passés de 120 francs à 130 francs le quintal et les blés durs se sont stabilisés autour de 1-15: francs; les orges et les avoines se sont vendues respectivement de 90 à 100 francs le quintal pour les premières et de 80 à 90 francs pour.les secondes.

Le seigle.
Le seigle n'a été cultivé que sur 143 hectares dans le département d'Alger: la production s'élève à 1.380 quintaux; pour 720 hectares le département d'Oran en fournit 5,413 quintaux. Quant au département. de Constantine, cette céréale n'y occupe que 7 hectares environ.

Maïs, Millet, Sorgho La culture de ces céréales d'été dépend beaucoup en dehors de celles qui sont faites en terrain irrigable, des conditions dans lesquelles les terres ont pu être préparées


La belle récolte des céréales a laissé aux cultivateurs des provisions abondantes de pailles, sauf dans les plaines de la Mina et du Chéliff.
Quant aux fourrages, la production a été variable suivant les régions. Dans les départements de Constantine et d'Oran, les pluies de mars ont permis d'emmagasiner des quantités de foin sec suffisantes pour que le bétail n'ait pas à souffrir du manque d'herbe pendant la saison hivernale. Dans le Sahel d'Alger, la sécheresse relative du sol, malgré les pluies du printemps, n'a pas permis aux prairies naturelles de fournir une récolte abondante de foin. En Mitidja la production de fourrage a été plus importante, mais tardive ; elle a de ce fait, été éprouvée par les dernières pluies qui en ont altéré la qualité.
Dans l'ensemble les pacages et les parcours fréquentés par le cheptel ont pu être pâturés jusqu'en juillet.

Vignes et vins
Le vignoble algérien a largement bénéficié des pluies de printemps; aussi depuis le débourrement jusqu'a fin juin il a présenté une végétation vigoureuse. Les maladies cryptogamiques ont été aisément combattues; le mildiou, plus particulièrement, qui n'est apparu que tardivement et n'a causé que des dégâts insignifiants ou localisés.
La sortie de grappes avait été abondante sur la plupart des cépages. Les souches ont subi un arrêt de végétation nettement accusé, lors des premières fortes chaleurs, dans les terrains compacts et secs plus particulièrement ; le grossissement des grappes, qui marquait déjà un retard d'une quinzaine de jours devint très lent et la maturation des raisins, restée incomplète, obligeait la plupart des viticulteurs à retarder leurs vendanges jusqu'à la mi·-septembre. De fortes journées de siroco à Mascara, Sidi·-bel·Abbès et Tlemcen et une invasion assez forte d'eudémis dans quelques communes du Sahel d'Alger et de la Mitidja, décidèrent les propriétaires des vignobles atteints à vendanger immédiatement.

Les vendanges, portant sur des raisins incomplètement murs, ont donné des vins de constitution anormale, peu nombreux d'ailleurs et qui pour la presque totalité, ont été livrés à la distillerie.
Ces quelques cas mis à part, les circonstances climatiques de la campagne 1924-1925 ont imprimé aux vins récoltés des caractères particuliers se traduisant pour les vins provenant de raisins récoltés avant maturité complète par une élévation du titre de l'acidité totale et, pour l'ensemble de la récolte, aussi bien de la montagne que de la plaine, par une diminution appréciable· du degré alcoolique (1. à 2 degrés de moins que les années normales).

D'autre part, les dernières vendanges, surprises en octobre par des pluies copieusement n'ont produit que des vins faibles en acidité totale sans qu'il en ait résulté une augmentation sensible du degré alcoolique au point de vue du rendement total, la récolte des vins en 1925 est la plus importante que l'Algérie ait connue jusqu'ici.
L'écoulement de cette récolte paraît devoir s'effectuer sans difficulté grâce aux prix favorables offerts par le commerce. Les vins de qualité extra, assez rares cette année, ayant été achetés de bonne heure, la consommation et la distillerie ont absorbé la plus grande partie des vins de qualité ordinaire dont les derniers cours en janvier s'établissaient entre 6 et 7 francs le degré.

Olviers.
La floraison des oliviers se présentait dans de bonnes conditions au mois de mai, quoique bon nombre d'arbres aient ressenti les effets de la sécheresse de l'été 1924. Les mois de septembre et d'octobre ayant été frais et pluvieux, les olives tombèrent moins qu'en année ordinaire, qu'en année ordinaire, mais la maturation des fruits ayant été tardive et parfois incomplète, le rendement en huile a, par suite, été plus faible et l'huile moins fine que l'année précédente. La récolte d'olives est éfinitivement fixée aux chiffres
La culture de l'olivier continue à s'étendre par des plantations assez importantes dans le département d'Oran et par des greffages d'oliviers sauvages dans les départements d'Alger et de Constantine. La production en huile est de beaucoup inférieure à la consommation locale. Il faut espérer que les prix de vente de plus en plus élevés de l'huile d'olive et les primes accordées aux plantations et greffages d'oliviers inciteront les agriculteurs à donner plus d'importance à cette intéressante culture arbustive.

Tabacs
Les plantations de tabac, contrariées au début par la sécheresse du sol, ont pu continuer leur végétation dans d'assez bonnes conditions après les pluies du printemps. Toutefois chez les indigènes du département d'Alger les plants ont été mis en terre trop tardivement et ont été arrêtés dans leur développement. Le département d'Alger a produit 112.862 quintaux de tabac à fumer sur 12.139 hectares cultivés par 8.935 planteurs.
La culture du tabac s'étend rapidement dans le département de Constantine, plus particulièrement dans la région de Bône, grâce à l'influence exercée par la coopérative des planteurs de tabacs de Bône. La production du département de Constantine a été de 150.000 quintaux environ de feuilles de tabac en 1925.
Dans le département d'Oran, il existe peu de terrains convenant à la production de tabac à fumer de bonne qualité, sauf dans les régions de Mascara et de Tlemcen ou quelques hectares appartenant à des indigènes sont irrigués avec des eaux non chlorurées.

Autres cultures
Les fèves, pois chiches et haricots secs, cultivés surtout dans l'arrondissement d'Oran ont donné des rendements satisfaisants.

Fruits, légumes, primeurs. La production des raisins chasselas a été abondante cette année. Bien que les expéditions aient débuté plus tardivement qu'en 1924. les quantités de raisins chasselas exportées d'Alger sur la Métropole et l'étranger ont atteint 57.357 quintaux en 1925, représentant une valeur totale de 8 millions de francs.
Par contre, la récolte des agrumes : oranges, mandarines, n' a pas été aussi généreuse que celle de l'année précédente. Les mandarines et les clémentines ont trouvé un écoulement facile et à de bons prix, de même que les belles oranges, surtout celles de variétés tardives.

Les prunes japonaises
Bien colorées à chair ferme supportant bien le transport, se vendent facilement et à des prix élevés sur les marchés de Paris et de Londres.
- Les débouchés étant assurés pour les fruits ne pouvant pas être exportés, grâce à la création de confitureries et d'usines de conserves de fruits à Relizane et ·à Boufarik, les agriculteurs des plaines voisines du littoral et des coteaux du Sahel se lancent résolument dans les plantations d'arbres fruitiers. Dans la seule région de Boufarik, plusieurs centaines d'hectares de pruniers japonais ont été plantés en 1925.
Les exportations de légumes primeurs ont marqué en 1925 une forte progression sur celles des années précédentes; elles ont atteint les chiffres suivants : ,pommes de terre : 488.528 -quintaux, artichauts 92.617 quintaux, tomates 86.994 quintaux, haricots verts 35.091 quintaux, petits pois 23068 quintaux. Il y a lieu de noter que la culture des petits pois a pris, en 1925, un développement, important en Oranie. Plus de 10.000 hectares de ce légume ont été ensemencés dans l'arrondissement d'Oran; grâce aux pluies de mars, la récolte a été bonne et le rendement moyen s'est élevé jusqu'à 13 quintaux à l'hectare.

Coton et cultures industrielles.
- La culture du cotonnier est de plus en plus en faveur dans la Colonie, en raison des hauts prix auxquels se vendent les produits. Indépendamment des régions d'Orléansville, de Relizane, Inkerlnann, Saint-Ailllé, Perrégaux, Saint- Denis du-Sig, Le Tlélat, La Sénia, Misserghin, BouTlélis et Bône où le cotonnier occupait près de 5.000 hectares en 1925, de nombreux essais culturaux de cette plante textile ont été tentés en divers points de la Mitidja, ·du Sahel d'Alger, de la vallée des Issers, de la région de Sidi-Bel-Abbès, de la plaine, d'Eghriss et aux environs 'Ain-Temouchent.
Les circonstances climatériques n'ont malheureusement pas été favorables au développement et à la maturation du cotonnier. Les semis entrepris en mars et au début d'avril ont levé, pour la plupart dans de mauvaises conditions; ils ont dû être renouvelés en partie. La maturation des capsules, Contrariée par les pluies d'automne, ayant provoqué un abaissement accentué de la température, a été très lente; dans la plaine de la Mitidja et les environs de Bône, voire dans la région d'Orléansville, Les plants de cotonnier ont perdu leurs feuilles dès novembre, de sorte que bon nombre des capsules qu'ils portaient ne sont pas arrivées à maturité complète et n'ont donné que des fibres dont la qualité laissait à désirer.
Dans la vallée du Chéliff, les cotonniers cultivés à l'irrigation, n'ont donné qu'un rendement peu élevé, dont la moyenne s'établit .autour de 7 à 9 -quintaux de coton brut, soit 2 quintaux 5 à 3 quintaux de coton fibre à l'hectare.
Dans la région de Perrégaux, les rendements quoique inférieurs à ceux des années précédentes ont cependant été meilleurs qu'à Orléansville; ils ont varié entre 10 et 15 quintaux de coton brut à l'hectare.
Le prix de vente des fibres a varié entre 2.000 et 2.400 francs le quintal suivant que les lots étaient plus ou moins homogènes.

La culture du géranium
Elle s'étend dans la plaine de la Mitidja et dans le Sahel d'Alger sur 2.000 hectares environ, n'a donné que des résultats financiers peu intéressants par suite de la baisse qui s'est produite dans les cours de l'essence de géranium à la suite de l'arrivée d'une quantité beaucoup plus importante que les années précédentes de cette essence en provenance de l'Ile de la Réunion. Le rendement en essence ·de différentes coupes de géranium a d'ailleurs été plutôt faible, surtout en ce qui Concerne la dernière coupe effectuée à l'automne.
Enfin, les conditions économiques de la production et de la vente de l'alcool ont amené l'abandon momentané de la culture de la betterave à sucre, dans la région de Sidi-Bel-Abbès où elle avait été tentée. -
Conditions économiques de la production.
L'année 1925 a donné des résultats satisfaisants pour la majorité des agriculteurs de la Colonie. Les rendements des différentes cultures ont été en général, satisfaisants et les produits agricoles se sont vendus à des prix relativement élevés, mais il y a lieu de remarquer que ce n'est pas l'agriculteur qui, dans la plupart des cas, a bénéficié des prix maximum.

Conditions de vente
Les cours, qui s'étaient avilis l'an dernier sur les marchés, se sont relevés d'une manière très appréciable. Les blés atteignent 150 francs le quintal et les vins sont payés de 6 fr. 75 à 7 fr. 50 le degré (vins rouges) et 8 à 8 fr. 25 (vins blancs).
Ces prix rémunérateurs ont amené les colons et les indigènes à étendre de façon notable leurs emblavures et à donner plus d'importance aux cultures industrielles et aux plantations d'arbres fruitiers.

De son côté, l'Administration exerce son action en soutenant l'activité et ·la confiance des agriculteurs des régions déshéritées par l'attribution de prêts spéciaux et par une application aussi large que possible du crédit mutuel et de la coopération agricoles.

Prochainement les Chambres d'Agriculture

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