AGRICULTURE ALGERIENNE EN 1863
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PRODUCTIONS. CÉRÉALES.
Blé dur. - Le blé dur était la seule variété connue par les indigènes avant la conquête. On le reconnait à la couleur plus brune du grain, à son écorce qui craque sous la dent, à sa cassure vitreuse, à sa farine moins blanche. Quand les premières fortes pluies d'automne ont détrempé suffisamment la terre, c'est-à-dire vers la mi-novembre, les Arabes répandent la semence à la volée sur la terre garnie d'herbe, à travers chicots et souches des broussailles incendiées; puis, avec un araire très-simple, ils tâchent de recouvrir la semence tant bien que mal, tout en donnant une culture au sol. Cette méthode est la plus ordinaire dans les terres faciles, déjà défrichées précédemment et, par conséquent, peu garnies de broussailles, surtout de palmiers nains. Dans les autres, on donne le labour avant les semailles. Quelques cultivateurs soigneux donnent un second labour pour enfouir la semence ; la plupart s'en remettent à la pluie pour cette opération.

La moisson se fait chez les indigènes avec une petite faucille à dents, en laissant la paille sur presque toute sa hauteur. Les gerbes sont battues sous les pieds des boeufs, mulets et chevaux. Le grain, nettoyé et séché, est conservé dans des silos, vastes fosses en terre de la forme d'une carafe. Le rendement de la culture arabe, même dans les terres les plus riches, et par les saisons les plus favorables, varie de 8 à 12 hectolitres par hectare. Les colons qui ne cultivent pas mieux n'obtiennent pas mieux : ceux qui soignent leurs cultures obtiennent de 25 à 30 hectolitres, - quelquefois davantage.
Parmi les blés durs que produit l'Algérie, ceux des environs de Bône et de Guelma, surtout, se font remarquer par leurs qualités essentiellement propres à là fabrication des pâtes, et par la beauté des produits. Ces blés ont le grain allongé, très-aduré, très-fin, très-clair, transparent, d'une grande pesanteur spécifique. Ceux des environs de Constantine sont de même nature et de même poids. Ceux d'Oran et de Médéah sont très-fins et très-clairs. Ceux de Milianah sont aussi des blés de premier ordre. Les environs d'Alger fournissent, en général, des blés durs excellents. - Le gluten, qui constitue l'élément essentiel pour la transformation des blés en pâtes, se trouve dans les blés durs algériens en proportions notablement plus grandes que dans les blés des autres pays, y compris ceux de Sicile et de Tangarog (Russie). Les nombreuses expériences chimiques faites à Paris dans les laboratoires de la Sorbonne ne laissent aucun doute à cet égard.
De nombreuses fabriques ont été fondées à Alger, Blidah, Médéah, et sur différents points des provinces d'Alger et de Constantine, pour la production des pâtes alimentaires, semblables, quant au genre et quant à la forme, à celles que l'on fabrique en France et en Italie.

Blé tendre.
- Le blé tendre est une importation des colons européens. On le reconnait à sa couleur claire et blonde, à son écorce facile à casser sous la dent, à sa farine blanche. Les blés tendres barbus résistent mieux que ceux sans barbes aux influences des brouillards et des fortes rosées; ils s'égrainent, surtout, plus difficilement. -Les diverses variétés qu'on cultive (sessette d'Arles, tuzelle de Provence etc.), donnent une farine plus blanche et plus facile à travailler que celle fournie par les blés durs. Aussi, se vendent-elles 2 à 3 francs de plus par quintal métrique; mais elles sont plus délicates et demandent une culture plus soignée. - Leur poids à l'hectolitre est un peu moindre. Seigle. - La plupart des terres d'Algérie étant propres à la production du froment, le seigle n'y saurait être qu'une culture très-secondaire, motivée par des convenances exceptionnelles de localité, ou par des besoins spéciaux.

Orges.
- La variété d'orges cultivée par les indigènes jusque dans les oasis, et que les Européens ont généralement adoptée comme l'espèce la plus productive, est l'orge " à six rangs. " Quelques colons ont introduit l'orge " nue ou céleste. " - Pour les semences tardives, on conseille la petite orge " carrée. "
On sème, environ, deux hectolitres à l'hectare, et on en récolte en moyenne, de 25 à 30. L'orge en grains est principalement employée pour la nourriture des chevaux et des mulets ; mais les pauvres la consomment aussi pour leur alimentation.
Les orges de l'Algérie sont très-recherchées en Angleterre pour la fabrication de la bière.

Avoine.
- L'avoine a été importée par les Européens ; on sème de préférence l'avoine blanche d'hiver : elle est plus productive que l'orge et constitue pour les chevaux de traits une excellente nourriture, sans avoir l'inconvénient de les échauffer.

Maïs.
- Le maïs produit très-abondamment : il rend, dans de bonnes conditions, 70 hectolitres à l'hectare. Dans les terrains non irrigables, on sème les espèces petites et précoces : le mais quarantain, le maïs à poulet, sur le pied de 50 litres à l'hectare. Dans les terrains irrigables, on sème le maïs jaune ordinaire, le maïs blanc des Landes, le maïs d'Amérique à grains plats, dont la farine est plus blanche et plus abondante. On sème seulement 30 litres à l'hectare. Son principal emploi est comme fourrage vert ou paille sèche. Les indigènes pilent le grain, le délayent dans l'eau avec du beurre et le mangent en bouillie. Les pauvres le font tout simplement griller en épis sur la cendre et le mangent en grains.

Fèves.
- On en cultive deux espèces : la fève de marais et la fèverole ou petite fève de cheval, moins propre que la première à là nourriture de l'Homme, mais plus productive et convenant plus particulièrement au bétail. L'une et l'autre sont toujours des culture s d'hiver. Sorgho.
- On en cultive plusieurs espèces ; les graines servent à la nourriture des hommes et de la volaille ; les liges sont consommées comme fourrage vert en juillet et aout. - Une des variétés produit du sucre; elle est très-riche en principes alcooliques, mais son exploitation est encore à l'état d'essais.

La culture des céréales a pris, depuis quelques années, une grande extension : d'une part, des défrichements successifs ont fourni à la colonisation une plus grande étendue de terres de labour; d'autre part, aussi, et sous l'active surveillance des bureaux arabes, les indigènes d'un certain nombre de cercles ont amélioré leur outillage et modifié leur manière de cultiver.

D'après les documents statistiques publiés par le Gouvernement général de l'Algérie, l'état récapitulatif des ensemencements et dés récoltes est établi comme suit :
ANNÉES.1860 1861 1862 1863
ÉTENDUES CULTIVÉES.
Hectares.
1,821,384
2,040,260
2,079,612
2,451,457

RÉCOLTES.Hectolitres.
8.780,574 12,746,651 12,091,094 25,508,753
Ainsi, d'une année à l'autre, la production augmente : mais en Algérie, comme partout ailleurs, la récolte fait parfois défaut. Une sècheresse trop prolongée, le vent du Sud (Siroco), ou le passage des sauterelles occasionnent trop souvent des pertes énormes. - Ce sont là es fléaux que l'homme peut prévoir, mais qu'il ne saurait conjurer.

CULTURES INDUSTRIELLES.
Tabacs.
- Avant la conquête, les indigènes cultivaient deux espèces de tabacs : le tabac rustique (nicotiana rustica), et le tabac ordinaire (nicotiana tabacum). Avec le premier, ils obtenaient le tabac à priser, chemma, objet de trafic important dans le pays de Tlemcen et dans la province de Constântine. Avec le second, ils obtenaient le tabac à fumer, doukkan. Dans cette production, quelques tribus avaient conquis un grand renom, entre autres les Krachenas et les Ouled-Chebel, dans la Mitidja. De ceux-ci venaient le nom et la réputation du tabac chebli.
Avisée par les cultures traditionnelles des Arabes et les essais spontanés des colons, l'Administration française fonda à Alger une Mission des tabacs, chargée de prendre en main la haute direction de ce mouvement.

Le tabac d'Algérie est aujourd'hui classé dans les tabacs à fumer dont la France est absolument dépourvue pour les cigares, et très-insuffisamment approvisionnée pour la pipe, par les départements du Pas-de Calais et du Bas-Rhin. - Au début, on avait importé de l'arrondissement de Saint-Omer la variété dite philippin, reconnue la meilleure de France; mais, sous le climat algérien, elle a dégénéré, et l'on a dû revenir au tabac indigène, acclimaté depuis des siècles, et, surtout, à la variété dite chebli, dont les manufactures françaises proclament, tous les ans, la supériorité, et qui a été adoptée par la Régie comme type à propager.
A l'inverse de ce qui se passe en France, quiconque réside en Algérie a le droit absolu de cultiver ou de faire cultiver le tabac, et de vendre ou faire vendre sa récolte, sans que l'État intervienne en rien. - Culture et commerce sont également libres.

Un hectare en tabacs, convenablement cultivé, peut donner un bénéfice net de 700 à 800 francs. Mais les frais de revient sont assez considérables, et les petits colons feraient sagement, croyons-nous, de n'entreprendre cette culture que sur une échelle restreinte et appropriée à leurs moyens.
Voici l'état récapitulatif des ensemencements des récoltes en 1865. (Européens, et indigènes).
Superficies cultivées 5,255. hectares.
Récolte en feuilles 3,880,499 kilogrammes.
L'Algérie produit sensiblement plus de tabacs qu'elle n'en consomme.

Cotons. - Des essais qui se poursuivent depuis 1844 ont prouvé que le Géorgie longue-soie, le Louisiane et le jumel pouvaient aisément s'acclimater clans les trois provinces.
En présence de l'intérêt national qui s'attache au développement de cette culture, l'Administration a multiplié les encouragements. C'est ainsi qu'elle accorde aux producteurs, à raison des quantités qu'ils exportent, des primes décroissantes dont le Gouverneur général fixe annuellement la quotité. Ces primes seront données jusqu'en 1872 (décret du 25 avril 1860).-
Des primes spéciales ont, en outre, été créées pour les planteurs de la province d'Alger. Il a paru important, en effet, pour vaincre les difficultés économiques qui ont ralenti jusqu'à ce jour la progression de la culture des cotonniers, de fractionner cette culture, autant que possible, dans les petites exploitations, de façon que le travail de la famille suffise et que les plantations, mieux soignées parce qu'elles sont plus restreintes, donnent des profits mieux assurés. -
Dans cet ordre d'idées, une prime de 1 franc par are a été offerte, dans la province d'Alger, pour les cotonnières de 20 ares au moins, et de 1 hectare au plus.

ÉTAT DES CULTURES EN 1863.
Superficies cultivées 3,016 hectares.
Récolte brute. 1,609,382 kilogrammes. nette. 391,012 -

La récolte nette représente le produit obtenu après égrenage des capsules. Le déchet qu'occasionne cette opération est, en moyenne, de 75 pour 100.
Production de la soie. - Le murier prospère en Algérie, même sans irrigations, dans tous les sols, à toutes les expositions et à toutes altitudes. Nul arbre ne croît aussi si vigoureusement; des écussons de greffe donnent fréquemment, dans la première année, des jets de trois à quatre mètres. En coupant ce jet à.un mètre de hauteur, dès l'année suivante, l'arbre est prêt à mettre en place, avec une tige qui a de dix à quinze centimètres de circonférence. A six ou sept ans de plantation, elle peut porter de 40 à 50 kil. de feuilles, qui ne sont que bien rarement atteintes par les gelées du printemps. - Les diverses pépinières du gouvernement en distribuent, chaque année, un grand nombre aux planteurs. Toutefois, la maladie des vers à soie a, depuis 1860, sensiblement diminué les livraisons.

OPERATIONS SÉRICICOLES EN 1865.
Nombre d'éducateurs 241.
Récolte en cocons . . . 8,509 kilogrammes.
Le chanvre, le lin, la garance, le sumac et l'indigotier croissent et prospèrent en Algérie. Une plantation de cannes à sucre, faite récemment à Relizanne (province d'Oran), a même réussi, parait-il, au delà de toute prévision. Mais ces différentes cultures, faites, d'ailleurs, sur une échelle très-réduite, ne donnent encore que des espérances.

CULTURES DIVERSES.
Vignes. - La nature des cépages est variée : ceux qui existaient avant la conquête ont été tirés d'Espagne : tous les autres sont français et proviennent de la Bourgogne, du Languedoc et du Roussillon.

ÉTAT ACTUEL
89 % partie de la récolte est convertie en vins qui jouissent déjà d'une certaine réputation; l'autre partie est consommée en grappes, soit après les vendanges, soit à l'état de conserves.

ÉTAT DES CULTURES EN 1863.
Superficies cultivées 35,151 hectares.
Récolte en vins 70,461 hectolitres.
-: en grappes . 7,557,611 kilogrammes.
De nombreuses plantations ont été faites depuis 1862, aussi bien par les indigènes que par les colons européens.
Orangers. - L'oranger croît dans toute la partie basse du Tell ; mais la province d'Alger en possède sensiblement plus que les autres provinces. Blidah est le centre principal de la production. On évalue à plus de 200 hectares la surface couverte par les orangers qu'on cultive dans cette commune. - Sur la quantité des oranges, citrons, mandarines, etc., expédiés en Europe parles producteurs, les quatre cinquièmes sont papillotes en caisses, et l'autre cinquième est envoyé en vraque. Le nombre des caisses varie peu, et n'a jamais dépassé 10 à 12,000. - La moitié des fruits, environ, est consommée sur place.

ÉTAT DES CULTURES EN 1863.
Nombre de propriétaires d'orangeries. . . 2,
313 Nombre d'orangers en rapport. 110,711
Nombre d'orangers ne produisant pas. . . 47,457
Nombre de fruits récoltés.. 33,163,620
Quantités de fleurs récoltées 75,837 kilogramme
Les fleurs sont généralement exportées dans le midi de la France.

Presque tous les arbres fruitiers de la métropole ont été acclimatés dans le nord de l'Algérie et donnent des fruits plus ou moins savoureux. Parmi les essences indigènes, nous citerons :
Le bananier, qui donne en abondance des fruits aussi sains qu'agréables au gout. Ces fruits se groupent sur un axe commun et forment une sorte de grappe qu'on appelle régime ; chaque régime porte de 40 à 100 bananes. Les unes, petites ou moyennes, sont mangées crues, quelques jours après avoir été détachées de la plante; les autres, beaucoup plus grosses, sont mangées cuites.
Le dattier, qui est pour les indigènes du Sud ce que sont les céréales pour les peuples des pays tempérés. C'est l'arbre providentiel des Sahariens, car les dattes constituent à la fois la nourriture des indigènes et leur principal produit d'échange.
Enfin, le Cactus (figuier de Barbarie), dont les fruits constituent, pendant plusieurs mois de l'année, la base de la nourriture des Arabes.
Culture des oliviers. - L'olivier croît spontanément-en Algérie, et y acquiert des proportions énormes. Il peuple la plupart des régions de la colonie, soit en épais et magnifiques massifs, soit en bouquets isolés d'une luxuriante végétation, soit en tiges frutescentes perdues au milieu des broussailles. Favorisé par un climat où les gelées ne l'atteignent jamais, l'olivier n'a pu être détruit par la dent des bestiaux, ni par l'incendie, ni par la hache des Arabes. Aussi, peut-on dire de l'Algérie qu'elle est particulièrement la région, sinon la patrie même de l'olivier.

Les Kabyles plantent en terre des rejetons détachés des vieux sujets, labourent au pied des arbres, irriguent le plus abondamment qu'ils peuvent, greffent les sauvageons et taillent les branches. La récolte commence, sur le littoral, dans le mois d'octobre; en janvier, dans l'intérieur du pays, là où la température est plus froide. Certaines tribus gaulent les arbres; d'autres attendent la chute naturelle des olives. Après la cueillette, les procédés varient suivant les localités. Dans quelques villages, les olives sont exposées pendant huit à quinze jours à l'ardeur du soleil et amenées à un état de fermentation qui détériore la qualité de l'huile. Elles sont ensuite disposées dans une auge grossièrement revêtue en maçonnerie, puis piétinées ; ailleurs, elles sont foulées entre de grosses pierres.

- Après avoir extrait toute l'huile que peut donner une aussi faible pression, le résidu est immergé, par petites parties, dans l'eau chaude et manipulé jusqu'à l'obtention de la recense. Il est ensuite jeté ou abandonné, quoique contenant une forte partie de matière grasse. Dans la grande Kabylie, les populations possèdent des vis en bois grossièrement établies, mais donnant des résultats plus avantageux que la pression des pieds, des mains et des pierres. Cependant, même après ces pressoirs, qui font partie du mobilier domestique des Kabyles, le rendement dépasse rarement 10 à 12 kil. d'huile pour 100 kil. d'olives.

Les colons européens ont tenté d'améliorer la culture des oliviers et la fabrication de l'huile, et le concours de l'Administration ne leur a point fait défaut. Une école d'oliviers a été créée à la pépinière d'Alger, et des compagnies de planteurs militaires ont été particulièrement appliquées à la greffe des oliviers sauvages. Enfin, des primes d'encouragement ont été fondées pour les plantations, pour l'établissement de moulins, la fabrication et l'épuration des huiles.

ÉTAT DES CULTURES EN 1863.
- RÉCOLTE.
Nombre d'oliviers greffés. . . . 1,821,097
Quantité d'olives récoltées. . . . 91,526,325 kilogrammes. Nombre de moulins à l'huile. . . 15,424
Rendement annuel de ces moulins 19,686 hectolitres.
L'olive sauvage, qui fournit une huile peu abondante, mais d'excellente qualité, s'achète sur le pied de 5 à 6 francs les 100 kilog. Les olives de greffe se vendent : en première qualité, 15 à 18 francs; en deuxième, 9 à 10 francs; en troisième, 5 à 6 francs. L'huile indigène se vend de 1 franc à 1 fr. 25 cent, le litre; celle de fabrication européenne, 1 fr. 50 à 2 francs.

BÉTAIL.
L'Algérie possède environ un million de têtes de l'espèce bovine, et dix millions de bêtes à laine, y compris le bétail appartenant aux colons. - Un rapport, établi en 1860 par le commandant de la division d'Alger fait ressortir avec une grande clarté les avantages multiples que retireraient les habitants de la colonie s'ils se livraient avec suite à l'élevage des bestiaux. Nous puiserons dans ce rapport une partie de nos observations.
Les Européens et les indigènes réunis (environ 3,000,000 d'hab.) sont, à peu près, par rapport au territoire algérien (46,000,000 d'hect.) dans la proportion d'un individu par 65 hectares.On compte pour toute l'étendue du territoire une tête de l'espèce bovine par 40 hectares environ, et une bête ovine par 4 hectares. Si, en lisant ces chiffres, on songe au climat de la colonie, à l'étendue et à la nature de ses pâturages, aux habitudes pastorales des indigènes, au peu de monde qu'exige la surveillance d'un troupeau nombreux; si on se rappelle, enfin,que chaque année la France porte à l'étranger plus de soixante millions de francs pour acheter les laines qui lui manquent, on arrive à cette conclusion que l'industrie lainière doit devenir pour l'Algérie une source permanente de revenus.
Déjà l'Espagne tire dé nos possessions algériennes un nombre appréciable de bêtes ovines ; mais le bétail des indigènes, mal soigné et sont mal nourri, est d'une qualité très-inférieure. Aussi les acquéreurs sont-ils obligés de l'engraisser avant de le livrer à la consommation.

Les dix millions de bêtes ovines produisent, chaque année, 150,000 quintaux de laine en suint. On en exporte "50,000 environ : les autres laines sont consommées par les fabriques des Beni-Abbès et des autres tribus de l'intérieur," ou employées à la confection des tentes. - En terme moyen, la toison en suint pèse un kilogramme, rend 500 grammes et se vend 1 fr. 50 cent. Il serait facile d'augmenter cette moyenne et de doubler peut-être le chiffre des bêtes ovines sans frais considérables pour les éleveurs. L'expérience, en effet, a démontré qu'un troupeau bien dirigé et placé dans de bonnes conditions a une marche ascendante tellement rapide quant au chiffre de la reproduction, qu'après un certain nombre d'années il donne un revenu égal au capital primitivement engagé.
Mais une cause s'oppose à l'accroissement des troupeaux ;- cette cause, on la trouve dans les méthodes mêmes suivies par les indigènes pour l'élevage du bétail ; et voici comment :

En Algérie, la patrie du bœuf est dans la partie du Tell qui ne s'éloigne pas trop du littoral ; la patrie du mouton est dans le Sahara et dans la portion du Tell voisine des Hauts-Plateaux. Les influences locales ont établi naturellement ce partage. Les troupeaux du Sahara forment les trois cinquièmes de la population ovine ; ceux du Tell, voisin des Hauts-Plateaux, en forment un cinquième environ. Ces quatre cinquièmes de la population ovine sont transhumants, possèdent la meilleure laine et donnent la meilleure viande du pays.
Les troupeaux transhumants avancent dans le Sud pendant l'hiver, et se rapprochent du Tell ou y pénètrent pendant l'été. Cette transhumance fait éviter les pluies froides, la neige et la boue du Tell pendant l'hiver, et la sècheresse du Sahara pendant l'été ; mais elle a eu l'inconvénient de donner à l'Arabe l'habitude de laisser à la nature le soin de pourvoir à l'alimentation de ses bêtes pendant toute l'année.
Les pâturages ont deux végétations bien distinctes : Celle du printemps et celle de l'automne. La première fournit toujours de quoi nourrir les troupeaux jusque dans le mois de novembre, tandis que la seconde est subordonnée aux pluies d'automne Si ces pluies sont abondantes et qu'elles arrivent de bonne heure, le sol se couvre de plantes alimentaires ; si elles sont tardives ou si elles tombent en petite quantité, la végétation est presque nulle et les bêtes ne trouvent guère, pour se sustenter, que les plantes venues au printemps et desséchées par le soleil de l'été.
Cette alimentation insuffisante ou de mauvaise nature fait naitre, principalement dans le Sud, une maladie que les Arabes appellent. bedrouna (disette).

Le bedrouna n'est pas contagieux. Les animaux meurent, généralement, de maigreur extrême, et quelquefois, d'une inflammation de l'appareil digestif, occasionnée par la nourriture exclusive, ou presque exclusive, de plantes aromatiques desséchées sur pied. Lorsqu'il apparait, c'est toujours vers l'époque de l'allaitement. Alors, dans le but de ne pas épuiser les mères et d'en conserver le plus grand nombre possible, les indigènes égorgent les agneaux. Malgré cette précaution, les pertes sont énormes. Les moindres sont de 50 à 40 pour 100, et il n'est pas rare de voir disparaitre les troupeaux placés dans les plus mauvaises conditions alimentaires.
Les catastrophes reviennent tous les trois, quatre ou cinq ans; à peine les indigènes ont-ils effacé les traces du passage de cette maladie, qu'elle reparait avec son caractère habituel de destruction.

D'un autre côté, quand les pâturages du printemps deviennent abondants, les troupeaux qui ont résisté au bedrouna, passant, sans cette transition insensible qu'il est si utile d'observer dans l'élevage des animaux, d'une maigreur extrême à l'embonpoint, du marasme à la pléthore, sont exposés à contracter" le meurara (sang de rate). - Cette maladie n'est pas contagieuse ; elle est loin d'être aussi meurtrière que le bedrouna ; mais elle fait souvent des ravages assez considérables.
Ce sont précisément ces mortalités périodiques, occasionnées par le bedrouna et le meurara, qui maintiennent indéfiniment stationnaire la population ovine'de l'Algérie. Or, ces maladies étant le produit d'un manque de nourriture ou d'un excès de nourriture, il est indispensable, non-seulement au point de vue hygiénique, mais encore au point de vue de la production de la laine, de chercher les moyens d'établir une alimentation régulière, ne louchant jamais ni à l'excès, ni à la pénurie. Le problème sera résolu, lorsque les éleveurs auront fait un approvisionnement d'orge et de fourrages, suffisant pour nourrir leur bétail pendant l'hiver le plus rude, et qu'ils se seront décidés à construire des abris pour leurs troupeaux.

CHEVAUX. Tout le monde connait et apprécie la vigueur et la sobriété du cheval arabe : nous n'avons donc point à revenir sur un thème depuis longtemps épuisé, et il nous suffira d'exposer en peu de mots l'état actuel de la race chevaline en Algérie, et le mode de peuplement.
La population chevaline, anine et mulassière des trois provinces est évaluée, approximativement, comme suit :
Chevaux 72,703
Juments 92,099
Mulets . 117,164
Anes et Anesses 193,667
Total 470,253
Ces ressources suffisent non-seulement à pourvoir à la remonte des régiments de cavalerie français et indigènes de l'armée d'Afrique, mais elles permettent encore de subvenir à celle d'un certain nombre de régiments qui, après un temps donné, quittent l'Algérie pour rentrer en France.

SERVICE DE LA REMONTE.
Le service de la remonte a, dans la colonie, la même organisation que dans la métropole. Il y existe trois dépôts : 1° à Blidah (province d'Alger). 2° à Mostaganem (province d'Oran). 3° à l'Alélick (province de Constantine).
En outre des achats de chevaux pour le service de l'armée, les remontes sont chargées des étalons impériaux que le gouvernement entretient pour le perfectionnement de la race chevaline. - On a adjoint à ces géniteurs des étalons dits étalons des tribus achetés et entretenus sur les fonds du budget des centimes additionnels à l'impôt arabe. Au moment de la monte, ces différents géniteurs sont conduits dans un certain nombre de stations, où les éleveurs, européens et indigènes, sont admis gratuitement à leur offrir la saillie de leurs juments.

EFFECTIF DES ETALONS EN 1865.
Étalons impériaux (chevaux, baudets et poulinières.. . 208 Étalons des tribus 425 : Total 633
Le prix des chevaux arabes varie suivant les formes, la taille et l'âge de ces animaux. Un cheval de troupe, c'est-à-dire ayant la taille exigée par les règlements militaires (f mètre 44 centimètres dé haut), coule, en moyenne, de 600 à 800 francs : le prix d'un cheval de taille moindre varie, suivant les besoins du moment, de 75 à 300 francs ; - quant aux chevaux de race pure, leur prix est toujours très-élevé.

BOIS ET FORÊTS.
Sous la domination des Turcs, les Arabes avaient coutume d'incendier leurs forêts, tant pour se procurer de nouvelles terres de labour, quand ils avaient été dépossédés, que pour obtenir, parle jet de nouvelles pousses, de la nourriture pour leurs troupeaux.
L'Administration française sut mettre ordre à ces dévastations : elle revendiqua les forêts comme propriétés domaniales et confia à ses agents le soin du reboisement. Grâce à cette prévoyance, les forêts algériennes offriront bientôt au commerce de précieuses ressources.
Les essences forestières couvrent, dans les trois provinces, une superficie de 1,800,000 hectares, dont 1,200,000 sont susceptibles d'exploitation, soit immédiatement, soit dans un avenir assez proche. Parmi ces essences, il en est qui se groupent en massifs plus ou moins vastes; tels sont : le chêne-vert, le chène-liége, le chêne-zéen, l'olivier, le thuya, le cèdre, le pin d'Alep, le genévrier, etc.;- d'autres forment de petits bosquets ; ce sont : le peuplier, le saule, le frêne, le tamarin, l'aune et l'orme ; - enfin, il en est que l'on rencontre disséminés çà et là, notamment le caroubier et l'azérolier.
Ces essences diverses ont, presque toutes, une valeur industrielle; nous signalerons comme les plus importantes :
Le cèdre. - Il peuple les forêts d'Aïn-Talazit et de Teniet-el-Haad, dans la province d'Alger ; celles de Tougourt et de l'Aourès dans la province de Constantine. Il a souvent 18 et même 20 mètres de haut sur 5 et 6 mètres détour. - Les dimensions gigantesques du cèdre le rendent propre à la charpente comme pièce de longue portée : sa roideur est égale à celle des sapins de Lorraine. Il est résineux, sans essence coulante, facile à travailler à la scie, se coupe et se rabotte avec une grande facilité. Comme bois d'ébénisterie, il convient dans les placages d'intérieur par sa couleur, sa veine et, surtout, par son odeur agréable.
Le chêne-liége. - Très-commun, notamment dans la province de Constantine : les forêts de la Galle, de l'Iidough et de Jemmapes en sont peuplées; on le trouve également dans la grande Kabylie, au sud de Dellys. Son bois est très-solide ; son écorce fournit le liège du commerce, employé à tant d'usages divers et particulièrement à la confection des bouchons. - Les Kabyles s'en servent, en guise de tuiles, pour couvrir leurs maisons.
Le Thuya. - C'est le plus beau de tous les bois algériens : " Aucun bois n'est aussi riche de mouchetures, de moires ou déveines flambées que la souche de thuya. Ses dispositions présentent beaucoup de variétés ; son grain, fin et serré, le rend susceptible du plus parfait poli ; ses tons chauds, brillants et doux, passent, par une foule de nuances, de la couleur de feu à la teinte rosée de l'acajou. Il réunit tout ce que l'ébénisterie recherche en richesses de veines et de nuances dans les différents bois des îles. Aussi, les fabricants d'ébénisterie de Paris en font-ils un emploi suivi. "
Nous avons dit que le domaine forestier de l'État comprenait, en Algérie, 1,800,000 hectares, en voici le détail par; Province :
Province d'Alger 260,000 hectares; - d'Oran 440,000 - de Constantine . 1.100.000 -Les essences qui peuplent ces superficies sont réparties comme suit : (Statistique forestière, 1863) :
Chènes-liège Chènes-zéen. Pins et Cèdres, Chênes verts
Thuya Chênes à glands doux Ormes et frênes Broussailles d'essences diverses 325,000 hectares ; 36,809 -1,438,191 -

Mais il y a lieu d'observer que sur cette superficie totale, 600,000 hectares seulement sont immédiatement exploitables; - 600,000 hectares sont en voie de régénération, et les derniers 600,000, comprenant les vides, les enclaves et terres de culture occupés par les indigènes, ne pourront être reboisés qu'autant que ces terres seraient rendues au sol forestier dont elles font partie.

En parlant des forêts, nous sommes, tout naturellement, conduit à parler des bêtes sauvages il n'est point vrai que les voyageurs rencontrent fréquemment sur leur route des lions et des panthères; mais, l'Algérie n'est point absolument purgée de ces hôtes incommodes, et les carnassiers, s peu nombreux qu'ils soient, font encore trop de ravages : aussi, l'Administration donne-t-elle pour chaque animal abattu une prime en argent, dont le taux règlementaire est fixé comme suit :
Lion, lionne ou panthère 40 fr. Lionceau et jeune panthère 15 fr. Hyène 5 fr.Jeune hyène ou chacal ., 1 fr. 50

Quelques Arabes, séduits bien moins par l'appât de ces primes modiques que par le renom qu'ils peuvent acquérir, vont résolument en chasse et se jettent, sans sourciller, devant la gueule du lion; - d'autres, beaucoup moins enthousiastes, dressent sur le passage des bêtes fauves d'invisibles traquenards, et triomphent sans péril.
Parmi les résidents européens, il en est aussi quelques-uns dont les exploits cynégiliques ont fait grand bruit : c'est ainsi que Jules Gérard, Ghassaing et Bombonnel sont devenus dés personnages légendaires.
Sous la rubrique : " Destruction des animaux nuisibles ", nous trouvons dans l'État actuel de l'Algérie (1865), l'état ci-après :

ANIMAUX ABATTUS EN 1863 Lions, lionnes et lionceaux 65, Panthères 70, Hyènes 157, Chacals 1,288; Total 1,578

Hyènes et chacals sont un mince butin : la hyène est lâche, et le chacal fuit devant l'homme; mais 135 lions ou panthères, c'est là, j'imagine, un chiffre assez respectable. Les touristes qui aiment les émotions fortes ou que les lauriers de J. Gérard empêchent de dormir, peuvent donc être certains de trouver en Algérie plus d'une occasion d'exercer leur courage et d'utiliser leur adresse : la chasse au lion est ouverte en tout temps, et il est douteux qu'ils en reviennent bredouille, - si toutefois ils en reviennent.

Européens.
- Les colons se sont montrés, jusqu'à ce jour, plus agriculteurs qu'industriels : à vrai dire, l'agriculture ne demande que du travail et des soins, tandis que l'industrie exige des capitaux et, à défaut de bras, l'emploi de machines toujours dispendieuses. Or, le capital est ombrageux.
Partout, cependant, où ils ont trouvé la matière première, les colons se sont ingéniés à fabriquer, soit pour le commerce intérieur, soit pour l'exportation, les produits dont la vente est, pour ainsi dire, immédiate ; quelques-uns même ont établi des usines qui fonctionnent et prospèrent.

Les minoteries, les tanneries, les briquèteries, les ateliers de charronnage, les fabriques de sparterifi, celles où l'on procède à la fabrication des cigares, à celle de. la soie et à l'égrenage du coton ; quelques hauts fourneaux, où l'on traite des pyrites de cuivre et le sulfure de mercure ; les salines artificielles, etc., occupent un nombreux personnel et sont en plein rapport.'Quand le pays sera plus peuplé, Ta main-d'œuvre moins chère et que les communications seront plus faciles, la grande industrie aura sa raison d'être, et l'Algérie n'aura plus à demander à la métropole les produits qu'elle en retire actuellement.
Indigènes.
- Les industries indigènes se classent en divers groupes, savoir :
Tapis, poterie, tissus et vêtements, broderie ; tannerie et préparation de peaux : cordonnerie, sellerie; teinturerie, vannerie et sparterie; armes, taillanderie et forges; bijouterie et orfèvrerie.
Ces deux dernières industries sont, à peu près, exclusivement exercées par les Juifs, particulièrement à Alger et à Constantine.
Les tapis se fabriquent sous la tente par le soin des femmes, qui se servent pour cette confection du métier arabe,lequel est employé, du reste, pour le tissage de toutes les étoffes de laine : lunch, burnous, fréchia, etc. C'est le métier du tisserand, installé verticalement. Le travail des femmes achevé, une ouvrière, appelée el réguema, est chargée de distribuer les différentes couleurs de laines aux tisseuses, de manière à obtenir des différents dessins de tapis.
Cette ouvrière est payée à raison de 5 francs pour chaque demi-mètre de longueur, quelle que soit la largeur, qui n'a d'ailleurs jamais plus de 2m,50. - Le travail des autres femmes ne saurait être évalué.

Les laines, qu'on préparait autrefois sous la tente même, sont aujourd'hui presque toujours teintes par les Juifs du pays.
L'alun est le mordant dont les ouvriers font usage ; les matières tinctoriales sont la cochenille, la garance et l'indigo achetés dans le commerce. Pour obtenir la couleur jaune, ils emploient la racine d'un chardon commun en Algérie, et que les indigènes nomment redjaknou et qui est la cenlaurea acaulis. - Aïn-Beïda, dans Ta province de Constantine, Tiaret, dans celle d'Oran, sont les centres principaux de cette production.
Les industries de la tannerie, de la cordonnerie et de la sellerie sont pratiquées dans plusieurs villes de l'Algérie, mais leur siège principal est à Tlemcen, où elles occupent un assez grand nombre d'ouvriers.

Quant aux armes, elles sont généralement fabriquées par les Kabyles, qui sont, relativement, très-experts dans beaucoup d'industries pour lesquelles les Arabes sont restés leurs tributaires.
La broderie orientale, ou de luxe, dont on admire au Palais de l'Industrie les magnifiques échantillons, est l'oeuvre des jeunes filles musulmanes placées, par les soins de l'Administration, dans les ouvrons d'apprentissage établis à Alger et à Constantine. (Voy. p. 72.)

Quoi qu'il en soit, les industries indigènes ne figurent que comme appoint dans la production générale, car on ne fabrique guère dans les tribus que les objets de première nécessité : les burnous et les haïcks de prix, qu'on vend comme étant de provenance algérienne, sont tirés, pour la plupart, des fabriques lyonnaises; les bracelets de corail et d'ambre viennent d'Italie ; et ce sont des ouvriers européens qui préparent les fourrures, si justement appréciées, que fournissent les cygnes et les grèbes. Mais cet état de choses n'est que transitoire : les indigènes sont essentiellement observateurs ; ils nous fourniront un jour d'excellents ouvriers.
Voici pour l'avenir ; - voilà pour le présent :
Textiles.
- Parmi les textiles qui trouvent en Algérie un emploi immédiat et lucratif, l'Alfa, le Diss et le Palmier-nain occupent le premier rang. On jugera de leur importance, au point de vue de la production, production, les détails qui suivent :
L'alfa est le nom arabe, passé dans le langage commun, de diverses plantes (famille des graminées) répandues à profusion dans toute l'Algérie, dans le Sahara comme dans le Tell, où elles résistent à la sècheresse et aux chaleurs, pendant que la végétation presque entière s'affaisse sous l'ardeur du soleil d'été. Peu de plantes sont aussi précieuses par la multitude de leurs emplois industriels. Les indigènes, et, à leur exemple, les Européens, particulièrement les Espagnols, font avec les feuilles rondes et aiguillées, longues et tenaces de l'alfa, avec ses tiges droites, fortes et nerveuses; toute espèce d'ouvrages de sparterie : paniers, corbeilles, tapis, chaussures, chapeaux, sacs, même des cordés excellentes; Cette industrie a pris une véritable importance dans les cercles d'Arzeu et d'Oran.

L'industrie européenne vient accroitre la valeur de l'alfa, en constatant l'aptitude de la pâte qui en provient à la fabrication du papier. L'alfa, débarrassé de la matière résineuse qui le pénètre est réduit à l'état de fils nerveux ; ces fils sont broyés par des cylindres, blanchis par des agents chimiques. On en obtient une pâte à papier des plus fines comme des plus grossières, à volonté. Mêlée à la pâte de chiffons, elle lui donné de la consistance et s'adoucit elle-même par le mélange.
Le diss est employé aux mêmes usages que l'alfa pour la sparterie et la corderie, ainsi que pour la nourriture des bestiaux.
Le palmier-nain a fait longtemps, par la profondeur, la ténacité et l'inextricable lacis de ses racines, le désespoir des cultivateurs en Algérie. Les frais de défrichement d'un hectare de terre couvert de palmiers-nains pouvaient couter 300 et 400 francs, très-faiblement compensés par le prix des racines comme combustible ou pour la fabrication du charbon. De fortes primes étaient accordées à son extirpation.

On voyait cependant les indigènes employer ses feuilles et ses tiges, mêlées au poil de chameau et à la laine, à fabriquer l'étoffe des tentes. Ils en faisaient des paniers, des nattes, des corbeilles, des chapeaux, des éventails, des sacs et généralement tous les ouvrages de sparterie, de corderie, de tapisserie, en commun avec l'alfa et le diss.
Ces applications inspirèrent l'idée de travailler le palmier-nain pour en obtenir un crin végétal, ou crin d'Afrique, dont l'exploitation a donné lieu à des établissements importants, munis de brevets. On en a fabriqué; également, des cordages meilleurs que ceux de l'alfa et du disse, et dont l'usage est déjà répandu dans lous les ports de France, ce qui dispense de recourir à l'Espagne pour les cordages en sparterie. On a essayé, avec un égal succès, d'appliquer le palmier-nain â la fabrication du papier. On a découvert que, dépouillés de la substance glutineuse qui les tient agrégés, les fils de palmier-nain sont susceptibles de la plus grande division, et que, malgré leur peu de longueur, qui n'est que de 25 à 40 centimètres, leur filasse est presque aussi fine que celle du lin, et peut être employée utilement par l'industrie du tissage et la fabrication du flax-coton.

Voila donc quatre industries considérables, la sparterie, la corderie, la papèterie et le tissage, auxquelles le palmier-nain fournit la matière première. Dans un autre ordre de travaux, le noyau du fruit du palmier nain, d'une matière très-dure, se travaillé au tour et sert à faire des chapelets, des bracelets, des colliers qui se font remarquer par de jolies veinures de toutes couleurs. Cette industrie, connue des indigènes, a pris pied en Algérie et déjà même à Paris.
Pour extraire du palmier-nain ces diverses substances, on emploie divers procédés brevetés. Voici, entre autres, ceux qui ont été publiés :

En traitant à l'eau les feuilles et en les faisant passer par des cylindres, on obtient des étoupes pour la fabrication des cordages. Pour amener ces étoupes à l'état de bourre à matelas, on les prépare à la potasse; enfin, pour en faire du papier ou du carton, on les traite au chlorure de chaux.
Suivant une seconde manière d'opérer, on met lés feuilles telles qu'elles viennent d'être cueillies dans une cuve en zinc, en bois ou en toute autre substance convenable, ayant un double fond percé de trous. Une fois la cuve convenablement garnie et close, on y introduit un jet de vapeur qui doit fonctionner environ dixi-huit heures sans interruption ; la vapeur condensée s'écoule dans le double fond ; ce fond est muni d'un robinet au moyen duquel on laisse échapper, de temps en temps, le produit de là condensation. On peut aussi, et de préférence employer la vapeur d'eau à une température un peu supérieure à 100 degrés.

Après un temps qui varie suivant l'âge des feuilles, on arrête le jet de vapeur et on laisse les feuilles humides se refroidir lentement, soit dans la cuve même, soit dans tout autre vase clos. Vers le cinquième jour, elles sont couvertes de byssus, sorte de poudre blanche, s'étendant d'une feuille à l'autre comme un réseau. Après quelques jours, ces byssus deviennent verdâtres d'abord, puis bruns, puis presque noirs. Le douzième jour, l'épiderme se ramollit, la couche fibreuse centrale se dégage facilement des deux couches externes, et, vers le quinzième ou vingtième jour, le simple frottement d'une brosse suffit pour désagréger les fibres, qui se présentent dans toute leur longueur avec une finesse et une ténacité remarquables. Les fils ainsi obtenus peuvent .servir immédiatement à faire de la filasse, de l'étoupe, de la charpie longue et fine ; en les soumettant aux procédés connus de battage, de cylindrage, de pressage et de blanchiment, on les, rend propres à tous les usages du lin et du chanvre, et rien n'est plus facile que de les transformer en pâte à papier.

La production du palmier-nain en Algérie peut être considérée comme illimitée. Son exploitation par les colons est devenue une industrie régulièrement constituée en quelques endroits. Le quintal métrique revient à 2 francs.
On compte dans le seul département d'Alger deux fabriques de sparteries et de paillassons- et neuf fabriques de crin végétal. En 1863, on a exporté d'Algérie 56,672 kilogrammes de feuilles de palmier-nain et 1,427,649 kilogrammes de crin végétal.

HYGIÈNE. - CONSEILS AUX IMMIGRANTS.
Durant les premières années de l'occupation, les troupes furent décimées par la fièvre qui, dans certaines localités, notamment à Bouffarik et à Bone, fit d'épouvantables ravages. On crut, et on dit alors, que le climat de l'Algérie était le plus meurtrier du globe, et l'immigration en fut ralentie. Mais on comprit bientôt que ces maladies provenaient de causes essentiellement locales et transitoires. En effet, les Arabes, peu soucieux d'assurer aux eaux leur écoulement normal, laissant, en outre, s'accumuler sur le sol des détritus de toutes sortes, ne livraient aux colons et aux soldats qu'une terre profondément imprégnée de miasmes pestilentiels, qui s'exhalaient sous les efforts de la pioche et de la charrue. Peu à peu, cependant, le sol fut: assaini : l'état sanitaire s'améliora. -

Aujourd'hui, grâce aux travaux exécutés ou en cours d'exécution, le climat de l'Algérie est, presque partout, d'une salubrité parfaite.
Plusieurs médecins sont venus étudier sur place les maladies qui, au début de la conquête, décimèrent les Européens. MM. Antonini, Baudens, Jacquot, Leclerc, Bpdichon, C. Broussais, Piétra-Santa, Mitchell, Bertherand, etc., ont ainsi visité le littoral ou l'intérieur, et publié, dans des mémoires ou des recueils, le résultat de leurs observations. Un de leurs confrères, M. A. Frison, professeur de pathologie externe à l'École de médecine d'Alger, explique, comme suit, la cause première des maladies qui frappent les immigrants, et donne, sur le moyen de les prévenir, de sages et utiles conseils :
" Celui qui arrive en Algérie, colon, valétudinaire ou touriste, doit savoir, dit M. Frison, qu'il vient de mettre le pied sur une terre où la flore des pays tropicaux resplendit à côté de celle des pays tempérés ; qu'il trouve, enfin, la France et l'Orient résumés en un volume.

" Mais avant tout, il convient de protester contre les récits légendaires que des esprits timorés, prévenus ou malveillants, se sont fait un plaisir de propager. Non, l'Algérie n'est pas une terre pestilentielle ! Non, elle n'est pas fatale à l'Européen ! S'il est vrai que le climat a fait payer cher à notre armée sa magnifique conquête, il faut songer aux conditions exceptionnelles au milieu desquelles vivaient nos soldats. Mais il y a loin de la vie de soldat en campagne à la vie de colon ou de touriste. De plus, les travaux de défrichement, d'irrigation et de dessèchement, les créations de villages,, les plantations d'arbres ont fait disparaitre le plus grand nombre des causes de maladie. Aussi on ne doit pas craindre, aujourd'hui, d'écrire, avec autant de raison que pour n'importe quel pays de l'Europe, au frontispice de l'histoire de l'Algérie : sécurité et salubrité.
" Le climat de l'Algérie est analogue à celui du midi de la France, et l'acclimatement y est d'autant plus facile qu'on vient d'une région moins froide. Mais quelle que soit la contrée que l'on quitte, Normandie ou Provence, on doit, dès son arrivée, ne pas perdre de vue les observations suivantes :

" Chaque jour la température baisse vers les trois ou quatre heures de l'après-midi, d'une manière plus sensible encore pour l'organisme que pour le thermomètre. Il est nécessaire, pour éviter les dérangements d'entrailles, d'être plus couvert à cette heure de la journée. En toute saison, l'oubli de cette recommandation entraine des dangers. " Pendant l'hiver, la beauté proverbiale du soleil d'Afrique séduit et entraine le nouvel arrivant qui se complait, des heures entières, à se chauffer à ses rayons. C'est un plaisir qu'il ne faut prendre qu'en se promenant et en songeant que l'ombre est froide, si on ne veut payer d'un rhume de poitrine ou d'un point de côté le bonheur de se sentir renaitre. Une coiffure à larges bords, qui abrite la tête et le cou, rend le danger moins imminent.
" A peine a-t-on respiré l'air d'Afrique que l'appétit augmente ; il est sage de ne pas le satisfaire entièrement et de rester un peu sur sa faim. Ce phénomène, de courte durée en général, est souvent remplacé par une certaine paresse du tube digestif. C'est alors qu'une nourriture légèrement excitante est avantageuse. Les gens du nord feront bien d'avoir une cuisine plus épicée.
" La femme éprouvera du côté de la menstruation des modifications dont elle doit être avertie. En général, les règles sont plus abondantes, se montrent à des intervalles plus rapprochés ; quelquefois les seins se gonflent, deviennent douloureux, la voix s'enroue. Ces derniers accidents sont passagers. Mais l'abondance des menstrues, leur apparition plus fréquente persistent souvent et s'accompagnent d'une plus grande activité fonctionnelle des organes d'où elles émanent.
" Informée de ces faits, la femme ne s'en effrayera pas. Elle n'aura besoin de consulter un médecin que dans le cas où la perte deviendrait trop abondante et durerait trop longtemps. En attendant, le repos le plus absolu est la première précaution à prendre.

" Le climat prédispose à l'avortement la femme qui arrive grosse en Algérie, ou qui le devient peu après son arrivée ; souvent les règles se montrent pendant les premiers mois de la grossesse. Ce sont là des conditions qui commandent impérieusement d'éviter les fatigues de toutes sortes.
" Il est commun de voir le lait des nourrices nouvellement débarquées,devenir plus aqueux, moins nourrissant. Cet appauvrissement du lait a sa principale cause dans les troubles de la menstruation. Alors l'enfant ne profite plus, et il devient nécessaire de prendre conseil d'un médecin.
" L'immigrant, touriste ou colon, qui s'enfoncera pendant l'hiver dans les montagnes, est sûr d'y rencontrer le froid et ses fidèles compagnes, la glace et la neige. Il n'aura donc pas, pour ainsi dire, de modifications climatériques à subir, d'acclimatement à faire, car il retrouvera l'hiver de France. Les chaleurs de l'été y sont, en général, plus fortes que sur le littoral, où la brise de mer les rend très-supportables.

" La maladie que l'on rencontre assez fréquemment en Algérie, et dont l'imprévoyance seule est la cause, c'est la diarrhée. Évitez les refroidissements brusques, si faciles surtout lorsque le corps est couvert de sueur, l'abus des fruits aqueux, l'usage de l'eau pure ou de mauvaise qualité, et vous n'aurez rien à craindre de cette affection si redoutée. En.cas d'accident, mettez sur le ventre une ceinture de flanelle : abstenez-vous de fruits, mangez un peu moins à chaque repas et buvez dans la journée de l'eau de riz ou mieux de l'eau albumineuse que l'on prépare en délayant dans un kilogramme d'eau froide quatre ou cinq blancs d'œufs. Si la diarrhée n'a pas cédé en deux ou trois jours, et surtout si elle s'accompagne d'un peu de sang, il faut consulter un médecin.Du travail. - (. Les conditions climatériques réagissent sur le physique et le moral des habitants de notre colonie.
" Le travail intellectuel devient difficile pendant les fortes chaleurs, et il faut alors une grande énergie morale pour continuer des études qui exigent une attention soutenue : peut-être même ne sont-elles pas sans quelques inconvénients ; mais en dehors de cette période, on peut en Afrique travailler autant qu'à Paris.

" Il est nécessaire d'appeler l'attention des ouvriers sur la diminution des forces physiques qui suit de près leur arrivée en Algérie. ; car le travailleur s'apercevant qu'il est moins fort qu'en France, qu'il se fatigue plus vite, s'inquiète, se décourage. Il croit sa constitution détériorée, alors qu'il n'y a qu'une influence de climat, et la nostalgie le gagne.
" Les règles de l'hygiène prescrivent de ne pas aller aux champs avant le lever du soleil. Que les colons des. plaines ne l'oublient pas.. Que jamais aussi ils ne sortent de chez eux l'estomac vide; ils doivent préférer à tout une soupe avec un verre de vin ou une tasse de café noir. C'est courir à sa perte que de se contenter du verre d'eau-de-vie, sous quelque forme qu'on le déguise.

" Pendant les chaleurs de l'été la sieste est utile ; elle a le grand avantage de soustraire le travailleur à l'insolation prolongée. Sous aucun prétexte on ne devra dormir en plein air, ou dans des granges remplies de foin nouvellement fauché.
" Tout travailleur devrait, à la fin de sa journée, faire des ablutions de tout le corps. La pratique en est des plus simples : elle consiste à se faire arroser à nu d'un seau d'eau froide, et à s'essuyer immédiatement. Que de maladies seraient ainsi prévenues !

Vêtements.
- " Pendant l'hiver, la température commande elle même ce qu'il convient de faire ; mais, l'été, alors que les transpirations sont abondantes, il faut savoir que les vêtements de toile sont toujours dangereux, à cause du refroidissement brusque auquel ils exposent, le corps. Les habits de laine ou de coton sont les plus convenables. Cependant on peut tolérer la toile dans le milieu du jour, à la condition qu'on prendra, le soir, des vêtements plus chauds.
Alimentation. -
" Il faut à l'Européen une nourriture copieuse et fortifiante : La viande est l'aliment par excellence : elle lui est indispensable, au moins une fois par jour; le poisson, celte grande ressource de l'habitant du littoral, ne saurait, chez le travailleur, la remplacer d'une manière absolue. C'est la viande qui fait la chair et donne les forces.
Boissons.
- " On peut dire d'une manière générale que les boissons fortement alcoolisées, même prises en mangeant, sont nuisibles ; car il est difficile de garder une sage mesure dans un pays où les chaleurs activent la soif. Un précepte dont il faut se souvenir, c'est que la modération en France est déjà un excès en Algérie. En dehors des repas il faut boire le moins possible. Le choix des boissons ne doit pas être indifférent. Un usage vulgaire veut qu'on coupe l'eau avec de l'eau-de-vie ou de l'absinthe : on arrive ainsi, à la fin de la journée, à avoir bu, à petite dose, il est vrai, une assez forte proportion de ces liqueurs, ce qui est pernicieux. Pendant les repas, comme dans l'intervalle, le vin coupé d'eau ou le café noir étendu sont beaucoup préférables. Mais la bière est une boisson détestable pour l'Algérie : elle rafraichit, c'est possible ; mais elle coupe l'appétit, rend le tube digestif paresseux et donne bien vite la pituite.

" Les boissons doivent être très-faiblement alcoolisées et légèrement piquantes. Voici une formule qui commence à se répandre : faire fermenter dans 20 litres d'eau 1,200 grammes de figues coupées, ou de raisins secs ou de pommes sèches, en parfumant avec un peu de cannelle, ou de sauge, ou de menthe, etc. Il suffit de laisser le mélange fermenter pendant trois jours. A ce breuvage on aie peut adresser qu'un seul reproche, c'est que, continué pendant longtemps, il rend paresseuses les fonctions digestives, comme le font les eaux de Seltz. Bains. - "En général, dit Montaigne, j'estime le baigner salubre " et crois que nous encourons nos légères incommodités en notre santé, " pour avoir perdu cette coutume. " Le bain est, en effet, un des grands modificateurs de l'économie, car son action ne se borne pas à la surface de la peau. Les habitants du littoral ont à leur disposition les bains de mer ; mais il faut qu'ils sachent que les eaux de la Méditerranée ont une action moins efficace que celles de l'Océan et de la Manche, infériorité qu'elles doivent surtout à leur température plus élevée. D'un autre côté, elles sont plus riches en matières salines.

C'est ainsi que sur 100 parties d'eau, la Méditerranée contient 4,1 de matières salines, tandis que l'océan Atlantique n'en contient que 3, 8, la Manche 3,6, la Baltique de 1,6 à 2,2. Cette composition les rend plus irritantes. Aussi faut-il, en' général, ne rester que peu de temps dans le bain, - 5 à 10 minutes, environ.
" Les principales villes possèdent des bains français et des bains maures. En tout temps, le bain tiède doit être préféré. Nous ne partageons pas pour les bains maures l'enthousiasme de beaucoup d'écrivains. Ce ne sont, en réalité, que des bains énervants, sensuels, incompatibles avec nos mœurs et notre caractère. Il faut les réserver pour les malades.

" On a proscrit les bains de rivière sans motifs légitimes. Nous ne pouvons nous empêcher de faire ressortir combien est nul l'argument tiré des habitudes des Arabes qui, dit-on, ne se baignent jamais dans les rivières. Nous demanderons quels sont les fleuves de l'Algérie qui, en été, ont assez d'eau courante pour permettre à un homme de prendre seulement un bain de pieds? Les plus grands fleuves n'offrent, malheureusement encore, que des lits desséchés, entrecoupés, par intervalles, de flaques d'eau bourbeuse et fétide. Nous conseillons aux colons de prendre des bains froids ou tièdes le plus souvent possible, et pendant les chaleurs de l'été, nous leur recommandons les ablutions d'eau froide, matin et soir.

Fièvres intermittentes.
-" En Algérie comme en France, comme dans tous les pays du globe, existent des foyers d'infection paludéenne dont il faut éviter de subir l'influence. On se trouvera bien de ne jamais sortir le matin à jeun, et de suivre les prescriptions que nous avons faites pour le règlement de la journée du travail.
" Dès qu'un accès apparait, il faut avoir recours au sulfate de quinine, le prendre tous les jours, qu'on ait ou non la fièvre, et le continuer une semaine environ après que le dernier accès a disparu.

Ressources que l'Algérie offre aux malades.
- " L'Algérie n'est pas seulement une terre fertile destinée, pour nous servir d'une expression consacrée, à devenir le grenier d'abondance de la France : elle est encore l'asile de ceux qui souffrent. Son climat est utile aux poitrines délicates, aux phtisiques qu'il modifie si avantageusement, surtout lorsqu'ils arrivent au début, de leur affection ; aux scrofuleux, aux lymphatiques, dont il change en quelque sorte la constitution, enfin aux rhumatisants. "

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